Rien n'est épargné à la République démocratique du Congo (ex-Zaïre). Une épidémie du virus de Marburg s'y est déclarée depuis plusieurs mois. Cette maladie s'apparente beaucoup à celle d'Ebola qui avait notamment fait 244 victimes il y a quatre ans à Kikwit, au sud-ouest du même pays. De son côté, le virus de Marburg aurait déjà contaminé 72 personnes dans la ville de Watsa et la région minière de Durba, situées dans le nord-est, à cent kilomètres de la frontière ougandaise. Parmi les malades, une soixantaine sont décédés, dont l'officier médical du district qui s'était rendu à Watsa pour enquêter sur la nature de cette flambée de fièvre hémorragique. Le taux de mortalité s'élève donc à plus de 80%.

Le déroulement de la maladie est dramatique. Il débute généralement par une montée de fièvre, des malaises et un mal de tête. Des hémorragies apparaissent alors dans la peau et les muqueuses des voies respiratoires, digestives et urinaires. A ce moment, le malade commence à saigner littéralement par tous les pores. La mort survient brusquement après quelques jours. Il n'existe aucun traitement et encore moins de vaccin.

S'il ne fait aucun doute que le virus de Marburg a sévi à Durba, il sera impossible de savoir avec exactitude si tous les décès enregistrés lui sont imputables. Pour l'instant, seulement 5 cas ont été rigoureusement identifiés comme tels. «La majorité des décès ont eu lieu entre janvier et fin mars, explique Cathy Roth, virologiste à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les hôpitaux de la région n'ont pas voulu garder les corps pour des raisons évidentes d'hygiène. Les morts ont donc été brûlés avant que l'on ne puisse enquêter.» Pour s'assurer du contrôle de l'épidémie, les experts sur place ont effectué des prises de sang sur des habitants apparemment sains de la zone infectée et sur le personnel soignant. Un millier d'échantillons sont pour l'instant en cours d'analyse. Les résultats devraient tomber durant les prochaines semaines. Une unité de surveillance et d'isolation a également été organisée.

L'épidémie aurait débuté en janvier, bien que, selon des informations collectées sur place, des petites flambées de fièvre hémorragique seraient apparues dans la même région depuis 1994. Elles sont connues là-bas sous le nom du «syndrome de Durba» et pourraient être associées au virus de Marburg. Le mal a d'abord touché des chercheurs d'or – les environs de Watsa sont connus pour leur richesse en ce métal – mais s'est étendu ensuite aux habitants de Watsa qui n'avaient aucun lien avec les activités minières.

Fin avril, l'OMS est enfin alertée. Elle tente alors d'envoyer une équipe pour enquêter sur place. L'endroit est extrêmement reculé et l'accès très difficile. L'équipe de l'OMS, accompagnée de membres de Médecins sans frontières, y parvient début mai. Très vite, des échantillons de sang sont envoyés à l'Institut national de virologie en Afrique du Sud. L'analyse de l'un d'eux atteste la présence du virus de Marburg.

Dès ce moment, des experts du Center for Disease Control and Prevention d'Atlanta aux Etats-Unis, de l'Institut Pasteur de Paris et de l'Institut de médecine tropicale d'Anvers – la crème de la crème de la virologie – se ruent vers Durba et Watsa. Tant est fort le pouvoir attractif du nom du virus. Et pour cause. On ne connaît presque rien de lui et jamais une épidémie de cette ampleur n'a été observée en Afrique.

Il apparaît pour la première fois en 1967 à Marburg, en Allemagne. A cette époque, un laboratoire médical de cette ville utilise des primates pour confectionner des vaccins contre la rougeole et la poliomyélite. Des singes verts (Cercopithecus aethiops) sont régulièrement importés d'Ouganda. En été 1967, une maladie mystérieuse se déclare parmi les collaborateurs du laboratoire. Elle se répand rapidement au personnel du reste de l'hôpital. En trois semaines, 25 personnes sont contaminées, dont sept décèdent. Cette flambée ne manque pas de provoquer dans la ville une vague de panique frisant l'hystérie.

Pour la première fois, les médecins se rendent compte de la faculté redoutable que peuvent avoir des maladies tropicales à se répandre dans un milieu aussi protégé qu'un hôpital. Toutefois, l'épidémie disparaît aussi rapidement qu'elle est arrivée. Et depuis, presque plus rien. En tout et pour tout, quatre autres cas ont été enregistrés. Deux au Zimbabwe en 1975, et deux au Kenya, en 1980 et 1987. L'événement de Durba est donc une occasion inespérée – et dramatique – pour étudier l'épidémiologie d'une des maladies les plus terrifiantes que l'on connaisse.

Identifier le réservoir naturel du virus est l'une des questions les plus urgentes à résoudre. Tout comme pour l'Ebola, il est encore totalement inconnu. Depuis mi-mai, une équipe «écologique», composée de chercheurs du Laboratoire d'infection de la peste de Copenhague et de l'Institut national de virologie du Cap, prélève des animaux aux alentours des mines pour des études virologiques. Il est possible que les chercheurs d'or se soient infectés en entrant directement en contact avec le sang des animaux qu'ils chassaient. La contamination s'effectue ensuite lors de contacts proches avec une personne infectée et par les fluides corporels (salive, sueur, sang, etc.). Un mode de transmission facilement évitable avec des mesures d'hygiène adéquates.

«La situation au nord-est du Congo est maintenant stable, estime Ray Arthur, du département des maladies contagieuses de l'OMS. Il faut encore attendre les résultats des laboratoires mais je pense que l'épidémie est maîtrisée.»