Comme si, en un an, la porte d'entrée pour la Chine avait rétréci. L'été dernier, le visa valable une année pour les étrangers résidant sur le sol chinois avait été supprimé. Pile un an avant les Jeux olympiques de Pékin. Ensuite, les conditions d'obtention du visa d'affaires se sont durcies (lire Le Temps du 29.03.08). Le 27 mars dernier, les visas de 3 et 6 mois à entrées multiples ont à leur tour disparu. Depuis, les infos circulent, contradictoires. Certains voyagistes vont jusqu'à affirmer qu'ils ne peuvent plus obtenir de visas collectifs. Mais les spécialistes, pris de court, ne sont pas tous d'accord entre eux. Quant à l'ambassade de Chine en Suisse, elle n'a pas répondu à nos demandes d'informations répétées durant une semaine.

A priori, il reste donc, pour le touriste, la possibilité d'un visa de 30 jours, à une seule entrée. Pour l'obtenir, un document supplémentaire est requis depuis le 15 avril: la preuve de l'hébergement (réservation d'hôtel, invitation). Bref, c'est encore possible d'aller en Chine. Mais la démarche est plus lourde. Et le séjour, plus court.

«C'est le bazar!»

«Les tensions actuelles ont une incidence bilatérale. La modification des conditions d'obtention d'un visa chinois en Suisse en est assurément une des conséquences. On ne peut pas remettre en cause aussi sèchement la politique de la Chine et s'attendre à ce que tout continue comme avant», analyse Gérard Béroud, directeur des Services et études du monde chinois (SinOptic), à Lausanne.

Les premiers à en subir les conséquences sont les organismes spécialisés dans l'obtention des visas. Gérante d'Homevisas à Paris, Ingi Tager relève: «Fournir les nouveaux documents demandés est particulièrement contraignant pour nos clients qui font le tour du monde. Ces voyageurs-là n'ont pas de billet aller-retour (ndlr: désormais systématiquement demandés), et encore moins de réservations d'hôtels.»

Chez Consulat Service Fly à Berne, la directrice Regula Perrenoud déplore le surcroît de travail que les nouvelles modalités entraînent: «C'est un bazar sans nom. On a 150 demandes de visa en attente. Maintenant, on doit scanner les passeports pour le Ministère chinois. Pour l'instant, on n'a pas répercuté l'augmentation des frais sur les clients.»

Côté tourisme, Hotelplan assure que les réservations à destination de la Chine - qui ne constituent qu'un infime segment de son marché - n'ont pas pâti du déficit d'image de la Chine, depuis les manifestations dans la capitale tibétaine Lhassa, le 14 mars. Même son de cloche pour le tour-opérateur officiel des JO en Suisse, Tour Asia. Wolf Kennel affirme qu'il n'y a eu aucune annulation: «Certains ont réservé depuis un an, et ce sont des séjours six étoiles de 30 000 à 50 000 francs.» En revanche, pour lui, seuls les demandeurs de visa qui rendent visite à des citoyens chinois sont soumis aux nouvelles modalités. Pour les autres, «il n'y a pas plus de tracasseries qu'avant».

Tracasseries pour les Jeux

Des tracasseries qui ne manquent pas, par contre, du côté de la billetterie. Même s'il n'est pas autorisé à donner des chiffres, le directeur de la sous-agence officielle de Suisse romande FSI, André Aubouy, explique: «Pour les JO d'Athènes, on avait autant de billets que l'on voulait. Pour Pékin, c'est extrêmement difficile. Seuls 15 à 20% de nos demandes sont satisfaites. C'est quasi impossible d'obtenir des tickets pour les épreuves où les Chinois sont très forts: la gymnastique artistique, le badminton...» Le billet, quand il a été payé d'avance, est remboursé intégralement, malgré les frais.

Voilà pour la billetterie et les visas. Mais même à Hongkong, corridor habituel pour passer en Chine, Pékin a serré la vis. Sandrine Boussin, responsable Chine chez Fert Asie à Genève, raconte ce contretemps récent: «Obtenir son visa à Hongkong pour la Chine était aisé. C'est en train de changer. Récemment, nous avions deux personnes qui devaient rejoindre un groupe en Chine. Le visa leur a été refusé.» Quant à ses clients qui devaient cumuler tourisme culturel et Jeux olympiques, «ils réfléchissent et leur réservation est en stand-by».

Si, en Suisse, l'impact des événements tibétains est limité, le tourisme français dédié à la Chine semble assommé. Selon l'Association des tour-opérateurs français, les réservations pour des voyages forfaitaires vers la Chine ont baissé de 38,8% en février; les réservations sont en recul de 50% pour les deux premiers mois de l'année, et ont régressé de 75% par rapport à l'an dernier.

Une tendance lourde confirmée par Dominique Colliot, directrice générale adjointe de la Maison de la Chine à Paris: «Avec les événements au Tibet, et le passage désastreux de la flamme olympique à Paris et à Londres, il n'y a carrément plus de réservations. Et le déficit ira en augmentant d'ici à août.»

Cela sans compter le tourisme au Tibet même. Fermé aux visiteurs depuis mars, il devait rouvrir le 1er mai. Mais le 17 avril, la Chine a repoussé son ouverture. Sans fixer de nouvelle date.