Tous les moyens sont bons pour combattre la malaria. Et la vitamine A en est un, depuis que des chercheurs de l'Université et de l'Hôpital John Hopkins aux Etats-Unis ainsi que de l'Institut de recherche médicale de Papouasie-Nouvelle-Guinée ont montré son efficacité. Dans leur article paru dans la revue The Lancet du 17 juillet 1999, il apparaît que le nombre de malades déclarés diminue de 30% chez les enfants âgés de 1 an et plus qui ont pris la précieuse substance. A ce jour, la seule méthode qui ait obtenu un meilleur score est celle des moustiquaires imprégnées d'insecticide. Ce résultat est d'autant plus important quand on sait que la malaria touche chaque année 400 millions de personnes à travers le monde et que 2,5 millions d'entre elles, principalement des enfants en bas âge, en meurent.

L'étude a été réalisée en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans une région où le paludisme est fortement endémique. 480 enfants ont participé à un test en double aveugle qui s'est déroulé sur treize mois. En plus de la diminution du taux de morbidité, les chercheurs ont aussi remarqué que la densité parasitaire dans le sang des enfants diminue d'un tiers chez ceux qui ont pris de la vitamine A par rapport à ceux qui suivent un régime placebo.

Cependant, l'étude montre que la vitamine A n'a aucun effet chez les enfants âgés de 6 à 12 mois. «Cette observation suggère que les enfants doivent déjà posséder un système immunitaire assez mûr pour que la vitamine A puisse agir, explique Blaise Genton, coauteur de l'article et actuellement responsable du Centre de vaccination et de médecine des voyages à la Polyclinique médicale universitaire de Lausanne. Ce qui signifie que la substance n'agit pas directement sur le parasite mais améliore l'immunité spécifique contre la malaria.»

«Dans les régions comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée, tout le monde est infecté, poursuit le professeur lausannois. Là-bas, les gens reçoivent en moyenne 30 piqûres infectantes par année (on estime que 1% des moustiques sont porteurs du parasite). En Tanzanie, ce chiffre peut même s'élever à 100.» Comme toujours, les personnes les plus vulnérables sont les enfants âgés de 6 mois à 5 ans. Quand ils sont plus jeunes, ils bénéficient des anticorps fournis par le lait maternel. Et à partir de quelques années, ceux qui survivent fabriquent leurs propres défenses immunitaires, à force d'être infectés. Mais entre deux, c'est l'hécatombe. La vitamine A pourrait donc aider à réduire cette période dangereuse.

Un autre avantage de la vitamine A dans la lutte contre la malaria, c'est qu'elle est bon marché. Les coûts d'une capsule et de sa distribution ne s'élèvent qu'à 0,25 dollar. De plus, il suffit d'en prendre une fois tous les trois ou six mois pour en ressentir les effets.

On ne connaît pas encore les incidences de la vitamine A sur la mortalité de ces enfants. Les experts estiment cependant qu'elle devrait diminuer de manière significative, au même titre que la morbidité. «Mais pour en savoir plus, il faudrait réaliser une étude plus importante, portant sur au moins 12 000 enfants, explique Blaise Genton. Aujourd'hui, il n'est plus possible de faire cela puisque nous venons de démontrer l'efficacité du produit. Désormais, du point de vue éthique, il est impensable de refuser la vitamine A à des enfants dans le besoin sous le prétexte de ne pas fausser les résultats d'une étude scientifique.»

D'autres substances antimalariques sont aujourd'hui à l'étude. Le zinc, notamment, est sur le point de révéler des propriétés similaires à la vitamine A. Ce produit aurait l'avantage d'agir aussi sur les enfants entre 6 et 12 mois. Seul problème: il faut administrer une dose par jour, ce qui demande une discipline de fer.