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Un étage de la coopérative de logement Zimmerfrei à Bâle.
© Kostas Maros pour Le Temps

Nouveaux habitats

Vivre en cluster à Bâle: seul, mais avec les autres

Les espaces partagés entre les locataires d’un immeuble se développent dans les villes de Suisse, où ils répondent à un mode de vie toujours plus solitaire

Fini le schéma «un appart pour chaque famille nucléaire». Du 23 au 27 juillet, «Le Temps» explore les nouvelles manières de vivre sous un même toit.

Episodes précédents:

Gertrud a grandi entourée de cinq frères et sœurs. Puis elle a habité pendant treize ans en Amérique du Sud. «J’ai connu les grandes maisonnées familiales avec portes et fenêtres ouvertes», raconte-t-elle. Il y a quatre ans, elle perd son emploi et voit à la même période ses trois enfants devenus adultes prendre leur envol. «Me retrouver seule du jour au lendemain, ce n’était pas naturel. Je n’avais pas envie de vieillir ainsi.»

Lire aussi: L’habitat du futur sera partagé

Elle a donc quitté sa maison de 135 m², pour occuper un appartement de 35 m² à Bâle, dans la coopérative Zimmerfrei. «C’est plus petit, mais plus vivant», dit-elle. Depuis son deux-pièces, elle aperçoit la salle à manger, où ses colocataires prennent le café. «Je peux laisser la porte ouverte, personne n’entrera. Chacun respecte l’intimité de l’autre.»

Mode de vie toujours plus solitaire

Le logement «en grappe» consiste en plusieurs petits appartements équipés d’une salle de bains, parfois d’un coin cuisine, reliés entre eux par de grandes pièces communes (séjour et cuisine). Singularité apparue à Zurich il y a quelques années, ce type de logement fait sa place désormais dans les nouveaux bâtiments à Berne, à Bâle et jusqu’en Suisse romande. La Coopérative de l’habitat associatif (Codha), à la Jonction, à Genève, verra bientôt ses premiers clusters habités. Le modèle reste un marché de niche, mais il intéresse aussi des investisseurs privés, comme dans le parc Gustave et Leonard Hentsch, à Genève.

Chaque nouveau projet suscite la curiosité. Depuis que Gertrud et ses colocataires ont emménagé en décembre dernier, le flot de visiteurs ne tarit pas. Des curieux viennent de loin pour jeter un œil dans leur cuisine. «Nous avons l’impression d’être des bêtes de foire!» s’exclame-t-elle. Si ce type de logement inspire tant d’intérêt, c’est sans doute parce qu’il apporte une réplique à une tendance de fond, surtout dans les villes: celle d’un mode de vie toujours plus solitaire. Le ménage d’une seule personne représente la forme d’habitat la plus répandue en Suisse (35%). Dans les centres urbains, ce taux monte à 45%, voire 50% comme à Genève. C’est sans doute l’évolution la plus marquée depuis les années 1960, où il n’y avait que 14% de ménages d’une personne.

Un boom du «micro»

Célibat plus long, parcours de vie moins linéaires, engagement accru dans la carrière professionnelle, travail des femmes: tous ces facteurs contribuent à morceler les schémas traditionnels. Il est révolu, le temps où les jeunes adultes quittent la maison des parents pour s’installer en couple. Aujourd’hui, 40% des 20-28 ans vivent en solo. Conséquence: à l’heure de la densification du logement, on assiste en milieu urbain à un boom des «micro-appartements» de 20 à 30 m², indique l’étude sur le marché immobilier de Credit Suisse de 2017. Or l’exiguïté, à long terme, peut être source de stress. Idéaux comme logements temporaires pendant les études, ces petits espaces conviennent mal à un projet de vie. Dans un logement en grappe en revanche, la réduction de l’espace privé va avec une extension des pièces communes.

L’immeuble de Gertrud, où vivent 110 habitants, se trouve sur l’aire Erlenmatt, sur l’ancienne gare de triage et de marchandises de la Deutsche Bahn, dans le quartier populaire de Kleinbasel. Cette nouvelle zone résidentielle s’inscrit dans la stratégie du gouvernement bâlois pour créer davantage de logements abordables pour les classes moyennes. Elle comprend aussi une école primaire, une crèche, une résidence pour étudiants, des commerces et des surfaces de bureaux.

Plusieurs générations sous un toit

Séparés, célibataires ou en couple, les habitants du cluster de Zimmerfrei ont entre 25 et 68 ans. Comme pour Gertrud, l’arrivée dans cet espace neuf de 350 m² de bois et de béton coïncide pour beaucoup d’entre eux avec un tournant dans leur vie. Il y a là un couple au milieu de la cinquantaine, dont les quatre enfants ont quitté le nid familial, et qui a décidé de vendre la maison pour retrouver une forme de vie plus collective. Une jeune tout juste sorti des études, qui fait ses débuts dans la vie active. Ou encore une dame nouvellement retraitée.

Ils ne se connaissaient pas avant de vivre ensemble, mais beaucoup d’entre eux avancent le même motif pour expliquer ce nouveau choix de vie: le ras-le-bol de la solitude. «J’ai habité seule pendant quinze ans dans un appartement en ville, mais je savais qu’il serait vendu et que je devrais tôt ou tard trouver autre chose. J’ai peur de devenir égoïste et individualiste, à force», explique Rita, la doyenne.

Pour un loyer entre 800 et 1100 francs, les habitants du cluster occupent huit studios d’une à deux pièces avec douche et WC et partagent une grande cuisine, une salle à manger et un salon. Ils ont aussi accès, comme les autres locataires de l’immeuble, à une terrasse sur le toit, un réfectoire au rez-de-chaussée ou encore une chambre d’amis. Mais ils n’ont pas pour autant renoncé à toute intimité. Excédés de voir défiler des visiteurs, les colocataires ont voté à l’unanimité l’interdiction aux curieux de prendre des photos de leur chez-eux. C’est l’une des particularités du cluster: ses membres, réunis en association, prennent des décisions de façon démocratique. Une Suisse miniature, à l’échelle de l’appartement.

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