Ce pourrait être une parabole pour ces temps de crise. Pour offrir un cadeau de mariage à son frère malgré un salaire très faible, Kath Kelly, professeur d'anglais à Bristol, a décidé de se serrer la ceinture, en s'imposant pendant un an un budget drastique d'une livre sterling (2 francs) par jour. Cette extrême rigueur lui a permis de changer profondément sa vision de l'argent, de tomber amoureuse, et d'offrir à son frère le mariage dont il rêvait. Le tout en économisant 117 livres...

Une livre par jour, pari impossible? Oui, bien évidemment. Kath Kelly, qui enseigne l'anglais à des étrangers à mi-temps à Bristol, avait payé d'avance son loyer et ses factures de gaz et d'électricité. Elle possédait aussi un vélo pour ses déplacements. Mais même en enlevant cela, il reste à payer nourriture, habits, produits de toilette et loisirs, pour environ le quart du prix d'un sandwich dans les rues de Londres. Elle raconte dans un livre qui vient de sortir comment elle a réussi son défi.

L'histoire débute en juin 2006. Kath Kelly partage quelques verres avec des amis, se lamentant de ne pas gagner assez d'argent. Avec un salaire de 10000 livres par an (20000 francs), elle craint de ne pas pouvoir payer de cadeau de mariage à son frère. Etait-ce un verre de trop? A la fin de la soirée, Kath Kelly avait décidé de s'imposer un régime financier draconien.

Rapidement, sa journée commence toujours de la même façon: aller voir le boucher, qui lui donne les restes des carcasses de poulet. En les mélangeant avec les légumes les moins chers qu'elle a trouvés la veille, Kath Kelly se prépare une grande soupe, base de son régime.

Le reste de son alimentation vient d'une chasse à toutes les ristournes imaginables. Kath est devenue une habituée des boîtes de conserve abîmées et des produits frisant la date de péremption. Elle a découvert les incroyables rabais des grandes surfaces: 18 pence pour trois savons, 27 pence pour un litre de shampooing... «A la fin d'une journée, j'allais chercher toutes les bonnes affaires dans les supermarchés et je sortais avec une brassée de produits pour 50 pence, confie-t-elle à la BBC. Les gens me regardaient de travers comme si j'étais une clocharde, mais ça ne me gênait pas. J'ai progressivement perdu toute honte, n'hésitant pas à entrer chez les coiffeurs pour savoir s'il n'y avait pas une nouvelle recrue qui souhaitait s'exercer.»

L'enseignante ramène aussi un conseil clé pour réussir à vivre peu cher: il ne faut pas rester chez soi, mais sortir un maximum. Elle s'est mise à fréquenter les vernissages d'exposition, les conférences, les événements publics... Bref, tout ce qui pouvait comporter un buffet gratuit, et potentiellement un verre de vin. «Ma vie sociale s'est améliorée. Je sortais presque tous les soirs. Mes amis pensaient que je passerais mes journées devant la télévision ou à la bibliothèque et que ça serait ennuyeux.»

Avec une livre par jour, l'idée de regarder dans les vitrines n'effleure même plus Kath. Elle se met donc à marcher en regardant le trottoir... et y découvre un trésor. Un peu partout se trouvent des pièces d'un ou deux pence, que les gens ne prennent pas la peine de ramasser. «Les arrêts de bus sont un bon endroit, de même que là où les gens prennent des taxis. Les supermarchés aussi: les gens ne font pas toujours attention à la livre qu'ils mettent dans les caddies.» A force de thésauriser, Kath a réuni ainsi 117 livres (dont un billet de 20 livres trouvé par terre). Cette somme étant hors budget, elle l'a donnée à la fin de son année à une association caritative.

La recherche permanente de bonnes affaires l'a aussi poussée à se porter volontaire dans une ferme de légumes bio. C'est là qu'elle a rencontré l'homme qui allait devenir son amoureux. Comme quoi l'argent ne fait effectivement pas le bonheur...

Au bout d'un an, Kath a pu réaliser son objectif. Elle a acheté pour son frère et sa future femme une carte de membre à vie de National Trust, les monuments publics britanniques, pour 1300 livres. Elle a aussi pu participer aux frais du mariage.

Surtout, sa vision du monde moderne a profondément changé. «Avant, j'aimais autant que les autres dépenser de l'argent, mais aujourd'hui, je ne vois plus l'intérêt des choses chères. Je mène une vie encore très frugale, même si je dépense probablement plus d'une livre.»

Enfin, pour ceux qui sont tentés par reproduire son expérience, deux avertissements. D'une part, Kath elle-même reconnaît qu'un régime d'une livre par jour n'est pas tenable à long terme. D'autre part, si vous achetez son livre, à 6,99 livres, cela vous coûtera sept jours de budget.

How I lived a year on just a pound a day, de Kath Kelly. Ed. Redcliffe Press