Nos vacances en Suisse

En cette période si particulière, Le Temps vous propose une série consacrée à la redécouverte des merveilles helvétiques. En voici le 2e épisode.

L’idée a peut-être surgi d’un apéro pascal virtuel entre amis, axé sur ce qui serait possible de faire en juillet. Avec l’envie d’une nouvelle expérience aussi radicale que celle du confinement. Tout en respectant la distanciation sociale. Loin des bains de foule. A moins que ce soit un rêve de longue date que les restrictions de mouvement poussent à concrétiser cette année… Quelles que soient leurs motivations, les Suisses sont nombreux à choisir de passer leurs vacances en van ou en camping-car cet été.

MyCamper, plateforme de location de véhicules entre particuliers, a reçu 900 demandes de location la semaine dernière, par rapport à 275 la même semaine il y a un an. «Le week-end dernier, nous avions plus de 100 véhicules sur la route, et cela, malgré le fait que les campings n’avaient pas encore rouvert en Suisse et que les frontières étaient toujours fermées», note Sarah Hollederer, en charge des opérations du site lancé en 2015, qui compte plus de 1000 véhicules en location dans tout le pays.

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Nouvelle clientèle

Même observation du côté de Bantam, société spécialisée dans la vente et la location basée à Etagnières. «On a doublé nos chiffres par rapport au mois de mai de l’an dernier. Nous observons l’arrivée d’une nouvelle clientèle habituée aux hôtels cinq étoiles et aux vols long-courriers qui souhaite rester en Suisse ou en Europe, soutenir l’économie locale et passer des vacances sans risque de contagion», relate Dan Wankmüller, directeur général, qui prévoit d’élargir sa flotte pour répondre à la demande.

D’abord spécialisée dans les tentes légères, Bantam a vu le marché se transformer depuis une quarantaine d’années. «Longtemps associé à des vacances pas chères par rapport au voyage en avion, le camping-car a changé avec l’aviation low cost et l’embourgeoisement des véhicules. Des modèles luxueux, avec internet, télévision, climatisation, attirent une clientèle de plus en plus aisée qui les choisit non pas pour des questions budgétaires mais par envie d’être plus proche de la nature, découvrir des paysages et pas seulement profiter du climat», analyse le directeur.

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Avaler des kilomètres

Ce qui plaît désormais, c’est la grande liberté de pouvoir avaler des kilomètres, s’arrêter spontanément et continuer la route. On est loin du cliché de l’emplacement fixe au camping. En Suisse, il est possible de stationner vingt-quatre heures en restant dans son véhicule à peu près partout, en dehors des réserves naturelles et des propriétés privées. Cela permet de profiter du bord d’un lac ou d’une rivière, de la campagne ou d’un col, loin des touristes. Très consulté par les habitués, le site Park4night recense par exemple les coins de charme où parquer son véhicule pour une pause ou une nuit dans le monde entier.

Notre petite maison ambulante assure le confort de l’aventure. On ne se sent jamais à l’étroit.

Eva Buchs, propriétaire d'un camping-car

L’engouement pour les vans Combi Volkswagen vintage prisé des hippies et le modèle récent California a poussé une clientèle plus jeune sur les routes. La «vanlife» devient un mode de vie hypervalorisé sur les réseaux sociaux. «Elle s’inspire de ce qui se fait depuis longtemps en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Beaucoup de jeunes adultes y ont un van et un surf pour sortir des villes les week-ends», explique Pauline Musy, fondatrice de Van-it-Up. Depuis deux ans, elle loue des vans dont elle a conçu elle-même l’intérieur dans un atelier à Montreux. De nouveaux modèles sont aménagés chaque printemps avec une kitchenette, banquette-lit, douche extérieure. Ils sont loués pendant l’été puis vendus en fin de saison. «On propose une version moins industrielle de l’expérience en van. Il y a toute une réflexion esthétique derrière et le recours à des matériaux écologiques comme du bois flotté», détaille-t-elle.

Nuits nomades

Pour répondre d’une manière unique en Suisse à cet engouement pour des nuits nomades dans des cocons de caractère, Anne-Françoise et Claude Buchs, à la tête de l’hôtel Bella Tola à Saint-Luc, viennent d’acquérir un modèle Volkswagen de 1978.

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«L’idée est d’offrir une chambre historique ambulante, comme un bout du Bella Tola qui s’en va. Nous avons redécoré le bus avec le dernier garnisseur du canton du Valais. Pour les banquettes, nous avons choisi un beau velours bleu nuit avec motifs vintage ton sur ton, les boiseries sont d’origine et rafraîchies et les autres parois seront recouvertes de papiers peints à petits motifs historiques comme dans certaines chambres de l’hôtel. Les luminaires sont une réplique d’anciens abat-jour à motifs bucoliques aux franges dorées», développe la directrice. Il sera à louer une ou deux nuits dès la mi-juillet, avec un panier de victuailles et boissons, pour visiter des lieux insolites dans le val d’Anniviers, comme le pied du glacier de Moiry.

Faire avec moins

Vivre quelques jours sur les routes invite à appliquer les valeurs qui touchent de plus en plus de gens. «On est forcé de s’habituer à faire avec moins. Dix cintres pour deux. Une réserve d’eau de 100 litres. Des batteries solaires limitées. Un tout petit frigo. Cela nous pousse naturellement vers plus de minimalisme et d’écologie», explique Eva Buchs, la fille du couple hôtelier. Avec son ami, elle a fait le choix de passer une partie de l’année dans un camping-car, racontant leur expérience sur les réseaux sociaux. 

Basé au camping de Vidy de mars à novembre, le couple s’enfonce tous les week-ends dans des régions méconnues. «On se laisse porter. Pas besoin de toujours planifier. On reste là où l’on se sent bien. Qu’importe la météo. Notre petite maison ambulante assure le confort de l’aventure. On ne se sent jamais à l’étroit, parce qu’on a un nouveau jardin chaque jour. C’est très addictif», conclut la vingtenaire qui travaille dans la communication pour le Swiss Space Center à Ecublens et qui prévoit d’acheter un camping-car plus grand pour y vivre à l’année.

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Réduire la distance entre les champs et son canapé, entre la voûte céleste et son lit, entre le frigo et un marché fermier, voilà de belles perspectives pour découvrir la Suisse de manière inattendue cet été. En suivant l’envie d’une liberté totale après deux mois de semi-confinement, et peut-être pour nourrir ce nouveau regard porté sur les choses, la vie, les gens.