Le voile islamique, non. Le bandana, peut-être. Après des mois de controverse et le vote de la loi interdisant le port de tout signe religieux «ostensible» à l'école, l'heure est aux modalités d'application. Les services du nouveau ministre de l'Education, François Fillon, viennent de livrer un premier texte, encore provisoire, qui devrait être discuté et amendé avant d'être adopté, le 6 mai, par le Conseil supérieur de l'éducation.

«Dimension excessive»

«Les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse» confirme la circulaire ministérielle: voile islamique, kippa ou croix «de dimension manifestement excessive» sont donc proscrits.

Mais les signes «discrets» sont autorisés. Comment distinguer un signe ostensible d'un signe discret? Par «les dimensions». On n'en saura pas plus et les chefs d'établissement risquent d'avoir du mal à s'y retrouver. Les «accessoires et les tenues qui sont aussi portés communément par des élèves en dehors de toute signification religieuse» sont acceptés. Les jeunes filles pourront donc mettre un bandana à la place du voile… sauf si le règlement intérieur de leur établissement exige, comme le souhaite le ministre, qu'on s'y présente tête nue.

Plus étonnante est la décision du ministère de l'Education d'autoriser le port de «tenues traditionnelles», preuves de «l'attachement de ceux qui les portent à une culture ou à une coutume vestimentaire». Il s'agit de ne pas froisser les jeunes des départements et territoires d'outre-mer, qui ont leurs propres coutumes. Mais qui empêchera une jeune fille musulmane voilée d'affirmer qu'elle ne porte pas sur la tête un signe d'appartenance religieuse, mais un accessoire folklorique?

Le débat sur le voile, que l'on pouvait espérer enterré par la loi, pourrait bien resurgir dès la rentrée de septembre 2004. Si la circulaire reste en l'état, certaines associations islamiques ne laisseront pas passer la chance qui leur est donnée de contourner une loi qu'ils ont combattue.