«Absolument, les propriétaires d'un téléphone mobile UMTS devront payer la redevance TV.» Carsten Schloter, directeur de Swisscom Mobile, est visiblement satisfait de son petit effet. L'opérateur propose depuis hier une nouvelle technologie futuriste, l'Universal Mobile Telecommunications System, l'UMTS. Un acronyme barbare pour une petite révolution: la possibilité de regarder la télévision en direct sur son téléphone, d'y télécharger des émissions, et de correspondre par visiophonie avec ses amis. Swisscom a investi «plusieurs centaines» de millions de francs pour créer son réseau UMTS fort de 12 000 antennes, parallèle au GSM actuel. L'opérateur compte séduire plus de 20 000 personnes d'ici à fin 2004. «J'espère que les gens dépenseront moins en habits et davantage avec nos services mobiles», avance Carsten Schloter. En valent-ils la peine? Tour d'horizon en sept points.

La visiophonie

Huit secondes, pas plus, c'est le temps nécessaire pour établir une communication vidéo avec un autre possesseur d'un téléphone UMTS. L'image se pixellise de temps en temps, le son grésille parfois, mais l'interlocuteur est parfaitement visible, et le décalage entre la voix et l'image n'excède pas une seconde. L'UMTS permet un débit maximal de 384 kbit/s, soit nettement plus que les 40 du GSM/GPRS actuel, et la moitié des 600 d'une connexion ADSL.

La télévision

Six clics et une trentaine de secondes plus tard, le téléphone se transforme en télévision. Au choix, dix chaînes: TSR1 et 2, SF DRS1 et 2, TSI1 et 2, SFINFO, Eurosport (en allemand), TF1 et MTV (en allemand). Il ne s'agit pas d'une sélection d'émissions, mais bien des programmes en direct – environ 12 secondes de décalage avec le téléréseau. Si le signal UMTS est bon, la qualité de l'image devient véritablement excellente et permet de distinguer des petits détails, même sur un écran si réduit. Par contre, il suffit d'être en mouvement ou dans une zone mal couverte pour que l'image se décompose et suscite immédiatement l'envie d'éteindre son téléphone. La navigation entre chaque chaîne prend une vingtaine de secondes. Les personnes qui ne paient pas encore de redevance pour une TV devront s'annoncer auprès de Billag.

Les vidéos

Une centaine de vidéos, d'une durée de 30 secondes à cinq minutes, sont disponibles. Swisscom en ajoutera 200 par mois, et pourrait proposer l'an prochain des émissions de la TSR à la carte, tel le «19:30». De Fashion TV à MCM, en passant par Disney, il y en a pour tous les goûts. Mais surtout pour les amateurs d'érotisme, avec quatre fournisseurs: Playboy, Max Erotic, Hustler et Lovers TV. Carsten Schloter n'en a pipé mot, mais les opérateurs attendent beaucoup des revenus liés à l'érotisme.

Les téléphones

Pas de miracle: pour profiter de l'UMTS, il faudra acheter un nouveau téléphone. Swisscom en propose aujourd'hui deux, le SonyEricsson V800 et le Motorola V980, alors qu'un Sharp suivra en janvier. Ces appareils sont similaires aux portables GSM les plus complets: plutôt lourds (130 g), grands, mais pratiques à utiliser.

Les prix

D'abord, le téléphone: 199 francs pour le Motorola avec un abonnement de 24 mois (699 sans), 499 francs pour le SonyEricsson (999 sans). Ajoutons-y un pack mensuel de 120 minutes de visiophonie à 45 francs. Puis une demi-heure (4 francs) ou deux heures (8 francs) de télévision. Puis un clip vidéo, de 50 centimes à 6 francs pièce, selon sa longueur. Enfin, un jeu en 3D à 12 francs pièce. Pas besoin de calculer l'addition: l'UMTS est cher, très cher. Seule bonne surprise, le coût de la visiophonie. D'abord parce qu'elle est gratuite jusqu'au 31 janvier. Mais surtout parce que les 120 minutes du pack peuvent être utilisées en minutes de conversations vocales, à un tarif intéressant.

La couverture

Swisscom se vante de couvrir 89,74% de la population en UMTS, soit 45% du territoire suisse. Il s'agit certes d'un record européen, mais il y a des bémols. D'abord parce que seul 55,5% de la population a accès à cette technologie à l'intérieur de bâtiments. Ensuite parce qu'utiliser l'UMTS en déplacement est décevant. En train, inutile d'insister: seule la ligne Berne-Zurich a été équipée. Lorsque l'UMTS fait défaut, la communication vocale n'est pas interrompue: le téléphone bascule sur le GSM. Il sera possible d'utiliser les services UMTS à l'étranger. Mais attention, a prévenu Carsten Schloter, la facture risque d'être très salée.

La concurrence

Ni Sunrise ni Orange ne s'est aventuré à donner une date pour le lancement de son service UMTS – ce devrait être au printemps 2005. Tous deux semblent vouloir étudier l'expérience de Swisscom, et attendre que des téléphones moins volumineux soient disponibles.