En matière d’ingéniosité – et de sécurité – Volvo a toujours eu un tour de roue d’avance sur la concurrence. Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si le constructeur de Göteborg arrive aujourd’hui avec une nouvelle idée révolutionnaire. Quelle idée? Concurrencer les avions court-courriers et proposer des vols de nuit… par terre. On s’explique.

L’idée a germé dans le département «Corporate Strategy» en observant le concept-car électrique 360c. «Les trajets en avion ont peut-être l’air cool quand vous achetez votre billet. Mais une fois confronté aux difficultés de l’arrivée avancée à l’aéroport, des contrôles de sécurité et des attentes, ça ne l’est finalement plus tant que ça», explique le vice-président de ladite stratégie d’entreprise, Marten Levenstam.

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Alors qu’avec le concept-car 360c, 100% électrique et dépourvu de volant puisque censé rouler en mode totalement autonome, Volvo dispose d’une sorte de 4 en 1: un bureau roulant, un endroit où se relaxer et se divertir, un salon mobile et, encore plus intéressant, une «chambre à coucher à roulettes». Et c’est sur cette dernière que Marten Levenstam s’appuie pour dire qu'«en l’exploitant bien», Volvo pourrait peut-être s’adjuger quelques parts de marché du juteux business des voyages court-courriers.

Trajet tout confort

L’idée est simple. Au lieu de vous rendre à l’aéroport deux heures à l’avance, de stresser pour trouver une place dans un parking qui vous coûtera cher, de vous plier aux multiples tracasseries des contrôles de sécurité où l’on vous tire les oreilles parce que votre tube de dentifrice contient plus que l’équivalent de 100 ml et vous confisque le couteau suisse que vous avez oublié dans la poche, au lieu de piaffer une heure à la porte d’embarquement, un quart d’heure pour entrer dans l’avion et autant pour en ressortir, Volvo vous apporte une solution aussi confortable qu’individuelle: votre trajet, de nuit, en voiture.

Vous faites votre lit dans votre 360c, vous programmez votre lieu d’arrivée et vous vous abandonnez paisiblement aux doux bras de Morphée pendant que votre automobile vous amène à destination.

La veille, après une soirée tranquille à la maison, vous faites votre lit dans votre 360c, vous programmez votre lieu d’arrivée et vous vous abandonnez paisiblement aux doux bras de Morphée pendant que votre automobile vous amène à destination. Destination où vous arrivez dispo, serein et exempt de tout stress lié au voyage dans les airs. «Notre cabine de couchage vous garantit des conditions optimales et un confort de premier plan, pour un voyage en toute quiétude au terme duquel vous arrivez frais comme une rose à votre rendez-vous.»

Présentée comme ça, l’idée est effectivement tentante. Et pourrait également, à terme, s’avérer fort profitable pour Volvo. Les spécialistes de la marque ont ainsi analysé que le trafic domestique, aux Etats-Unis, concernait près de 740 millions de voyageurs en une année. Un marché qui se chiffre en milliards. Et ce n’est pas tout: l’étude a également pointé que, une fois décomptées les marges nécessaires aux différentes formalités et contrôles inhérents au transit, des trajets du type New York City-Washington, Houston-Dallas ou Los Angeles-San Diego prenaient plus de temps par les airs que… par la route. Et le constat fait pour l’aviation est transposable au train ou au car, la voiture présentant le triple avantage du confort, de l’aspect pratique et de l’intimité.

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Révolutionner la mobilité

Pour autant, Volvo admet ne pas encore posséder toutes les réponses. Et sa solution de trajets de nuit dépend totalement d’une mobilité autonome dont on est loin de maîtriser l’intégralité des paramètres. «Mais en travaillant sur la base de notre 360c, nous sommes amenés à nous poser les bonnes questions et à leur trouver des solutions. Nous ne savons pas encore exactement combien de temps sera nécessaire pour rendre le trafic autonome sûr et performant, mais ce que l’on sait, c’est qu’il aura un impact immense sur la façon dont les gens voyageront à l’avenir, sur l’aménagement de nos villes et sur la façon dont nous en utiliserons les infrastructures», relève Marten Levenstam.

L’élément clé sera de trouver un protocole permettant aux différents modules autonomes de communiquer entre eux, ainsi qu’avec les autres usagers.

Et si l’on est en droit de s’inquiéter pour sa sécurité quand on confie sa vie à un engin qui roule tout seul, on peut se rassurer en se disant que Volvo a toujours été pionnier en la matière. La mobilité autonome n’échappe évidemment pas à la vigilance des Scandinaves. L’élément clé, selon eux, sera de trouver un protocole permettant aux différents modules autonomes de communiquer entre eux, ainsi qu’avec les autres usagers. Par informatique et lasers/lidars en ce qui concerne les premiers, par signaux optiques et sonores en ce qui concerne les seconds. De façon à ce que, en tout temps, chacun puisse anticiper ce qu’une voiture autonome s’apprête à faire.

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Cocon protecteur

Mais Volvo, déjà, va plus loin. Inventeur de la ceinture de sécurité à trois points en 1959 (Volvo a d’ailleurs laissé ce brevet libre de droits pour que tous les constructeurs puissent l’utiliser!) et premier constructeur mondial à en avoir, de série, équipé ses véhicules, la firme de Göteborg s’est fort logiquement penchée sur la sécurité d’un passager… couché. Lotta Jakobsson, spécialiste au sein du département Sécurité et ingénieure mondialement reconnue au niveau de la sécurité des passagers automobiles, a travaillé à l’élaboration d’une «couverture à points d’ancrage» qui devrait permettre d’assurer la stabilité et donc la sécurité des «zones dures» du corps, à savoir le haut du torse et le bassin.

Le projet n’en est encore qu’au stade initial, mais Lotta Jakobsson a déjà imaginé une couverture lâche et confortable qui se «resserrerait» en cas de risque ou d’impact, offrant ainsi un cocon protecteur au passager endormi. Elle réfléchit maintenant à la possibilité d’adapter des senseurs à l’intérieur de la structure de la couverture pour la rendre chauffante ou refroidissante en fonction des désirs de chacun. Un pas, douillet, de plus vers l’objectif que s’est fixé le constructeur: zéro mort ou blessé grave, en cas de crash, à bord d’une Volvo d’ici à 2020.