Porte-parole du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Laure-Christine Grandjean contribue au changementde style de l’évêché

A 33 ans, elle rafraîchit l’imagede l’Eglise catholique

Porte-parole de Mgr Morerod depuis deux ans et demi, Laure-Christine Grandjean s’est donné pour mission de dépoussiérer l’image de l’Eglise catholique. Sa simple présence entre les murs de l’évêché aura fait la moitié du chemin. Déjà, la sévérité séculaire des saints de pierre, gardiens du temple, s’efface devant son air gracile, ploie sous ses pas de ballerine, abdique à chacun de ses éclats de rire. «Cette responsabilité est un défi, le sujet est peu glamour et ça me plaît», dit la jeune femme, dont l’effronterie de la robe rouge contraste avec le classicisme du petit salon dans lequel elle s’est installée, au premier étage du siège épiscopal. «Je m’occupe avant tout du grand public. Celui qui ne va pas forcément à l’église. Evangéliser peut être un gros mot lorsqu’on l’utilise dans le sens d’imposer sa religion. Mais si par mon travail et ma communication je peux faire connaître l’Eglise, et voir des gens s’y intéresser, tant mieux.» Croyants et athées franchiront ainsi la porte de l’évêché lors de la visite guidée humoristique de la Nuit des musées.

Particulièrement amène, la «voix» de Monseigneur aime sortir, rêve de voyages et apprécie les rencontres internationales entretenues par son poste. Ce décor ascétique lui pèse-t-il? Première leçon, Laure-Christine abhorre les étiquettes. «Il y a tant d’idées préconçues qui circulent sur l’Eglise catholique que j’aimerais démentir! Je ne me suis jamais autant amusée qu’en discutant avec des religieux, et il n’est pas un seul jour ici où je ne ris pas.» Preuve en est, la complicité qui règne entre l’évêque et elle. Tous deux Gruériens, ils se chambrent comme des enfants. L’évêque qui déplorait le manque de culture bédéphile de son auxiliaire lui a prêté sa collection de Lucky Luke.

«Quand j’étais à Rome, commence l’évêque, je ne comprenais pas pourquoi le porte-parole du Vatican devait forcément être un homme. Lors de mon arrivée à Fribourg, j’ai embauché Laure-Christine. Du point de vue de l’image, c’est bien, ça rajeunit. Mais il ne suffit pas d’avoir un visage jeune et charmant pour rafraîchir l’Eglise, il faut avoir quelque chose à dire! Laure-Christine ne se contente pas d’écouter ce que je dis pour le reproduire ailleurs. Elle participe à la compréhension de la situation et à sa communication.» De plus, elle supplée au manque de «créativité artistique» de Monseigneur en envoyant ses vœux de Noël sous forme de rébus, en proposant un clip musical pour le 1er avril ou en repeignant un mur en couleur sous prétexte que celui-ci était trop fade.

Dans ses réponses, Laure-Christine s’embarque avec vivacité dans des raisonnements en arborescence et perd le fil: «Quelle était la question?» Est-ce pour pouvoir ordonner cette pensée foisonnante qu’elle s’attache à des exercices particulièrement rigoureux: la danse classique, l’ordre ecclésiastique et de prochaines études juridiques?

Qu’on se le dise: Laure-Christine Grandjean n’est pas une grenouille de bénitier. Petite fille, elle se rendait à la messe le dimanche avec ses parents. Son père dirigeait la chorale de la paroisse de Sâles (Fr), sa sœur en était l’organiste. Croyante, la jeune trentenaire l’a toujours été, mais sans zèle. Son travail n’a pas changé grand-chose: pas d’apparition mariale, ni d’aspiration à rejoindre les ordres. «Je suis plutôt quelqu’un de sceptique. Lors de mes études en sciences des religions, j’étais entourée de personnes qui cherchaient leur foi mais ça n’a jamais été mon cas. Ce qui m’intéresse, c’est d’interroger les religions.» Transparence et modernité, dites-vous?

Bien que représentante de l’autorité papale, la porte-parole plaide avant tout pour la tolérance et la liberté de penser. «Je soutiens le droit des catholiques à être catholique et transmets le message que l’Eglise a le droit d’exister. Je pourrais aussi défendre une autre confession du moment où je suis en accord avec sa doctrine.» Deux principes sont capitaux pour la jeune femme, qui s’embarque avec entrain dans une réflexion. «Quelle était la question, déjà?» s’interrompt soudainement Laure-Christine, visiblement embarrassée mais non sans un petit rire amusé.

Jamais elle ne mentira pour couvrir le clergé, et elle tient à partager la conviction de ce qu’elle défend. Pour cela, l’évêque et elle discutent beaucoup. Dernièrement, la bénédiction d’un couple gay par le prêtre Bucheli a suscité l’émoi des médias. «L’évêque lui-même trouve que c’est un sujet difficile. Le sacrement du mariage catholique ne peut se faire qu’entre un homme et une femme, mais je me mets à la place des personnes homosexuelles qui entendent ça et je trouve dur! Je suis là pour rappeler qu’on ne rejette pas la personne homosexuelle et qu’on la bénit en tant que personne.»

A 33 ans, Laure-Christine est célibataire et la situation embarrasse certains fidèles. «Je ne rentre même pas dans le débat», lâche celle qui incarne sa génération au sein d’un milieu qui peine à lâcher ses idées conservatrices. Des enfants? Pas d’envie particulière. Les amis de la jeune femme se sont familiarisés avec son milieu professionnel et s’enquièrent à chacune de leurs rencontres de la vie de l’évêque: comment va Charles? «J’ai toujours des anecdotes à raconter, ça les fait beaucoup rire.» Lorsqu’elle sort à l’Ancienne Gare, sa fonction étonne et suscite parfois le débat. «Il n’est pas non plus rare que des amis se confient à moi sur leur style de vie et leurs habitudes… comme s’ils devaient se confesser», révèle-t-elle, amusée, avant d’ajouter que «les gens sont beaucoup plus religieux qu’il n’y paraît».

Midi sonne à la cathédrale Saint-Nicolas. Laure-Christine Grand­­jean tourne instinctivement la tête et plonge son regard dans la rue piétonne animée par le mouvement des passants. «Quelle était la question?» répète-t-elle, en riant, pour la 3e fois.

Il y a tant d’idées préconçues sur l’Eglise catholique que j’aimerais démentir!