A l'entrée du planétarium – le premier jamais embarqué à bord d'un bateau, s'enorgueillit la Cunard au nom du progrès –, la coupe de cheveux «à la garçonne» d'une sculpture métallique et son drapé léger évoquent les Années folles de l'après-guerre. De part et d'autre de la scène, les personnages des hautes compositions murales en relief ont les pectoraux conquérants façon années 30. Le long des coursives, à la proue du bateau, des galeries de photos participent elles aussi à cette remontée dans le temps proposée aux passagers, à ce retour vers l'âge d'or des transatlantiques, quand ils étaient le seul moyen de transport entre les mondes, un passage obligé.

Dans l'une, on voit les célébrités hollywoodiennes à bord des paquebots de la compagnie, passés comme elles à la postérité: Charlie Chaplin et sa femme Oona, Elizabeth Taylor accoudée au bastingage, Burt Lancaster faisant la causette dans des salons Art déco qui n'avaient rien d'artificiel. Plus loin, une clinquante procession murale d'animaux exotiques rappelle les heures glorieuses de l'empire, sur lequel le soleil ne se couchait jamais. L'effort est colossal. Il a coûté une fortune. Evidemment, les puristes croisés à bord rappellent qu'à l'époque du Normandie, les compagnies donnaient carte blanche aux artistes les plus en vue du moment…

Ballet clopin-clopant des visiteurs

Les responsables de la Cunard prétendent vouloir rajeunir leur clientèle, et visent désormais les cinquantenaires. Majoritairement des Anglo-Saxons, en particulier des Américains. A observer le ballet clopin-clopant des visiteurs conviés à bord ce jour, on se dit qu'il y a encore des efforts à faire. Les avis, en tout cas, sont enthousiastes devant cette débauche ostentatoire.

La remontée dans le temps se matérialise aussi au travers des activités proposées à bord. Un immense centre de soins corporels et de fitness, où l'on pourra combattre les effets de l'âge en contemplant le large ou courir sur un tapis roulant devant son écran de contrôle; dans la piscine à remous de la partie sauna, une naïade en maillot de bain bleu passe sa journée à faire des ronds dans l'eau sous les yeux des visiteurs.

Quelques ponts plus bas, loin de ces frivolités corporelles, l'université du bord, en partenariat avec Oxford, propose de ramener les voyageurs sur le banc de l'école – «Pas de frais d'inscription, pas de devoirs», vante le responsable du programme avec une verve barbue et professorale. Pas de diplôme non plus. Mais tout le savoir qu'il faut pour nourrir l'esprit, prodigué par des professeurs spécialement détachés par l'éminente institution. Ceux qui voudraient faire du zèle pourront s'attarder à la bibliothèque et feuilleter, entre autres, Les Nouveaux Maîtres du monde de Jean Ziegler.