La Fédération suisse des agences de voyages (FSAV) demande à l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) de disposer de la liste des avions interdits de vol et d'escale en Suisse. Cette exigence, déjà exprimée auparavant, sera réitérée fin janvier, lors d'une réunion spéciale demandée hier à l'OFAC par la FSAV, dont le directeur, Walter Kunz, ne veut pas donner la date précise. Cette demande de rendez-vous fait suite à la polémique autour des avions de Flash Airlines et à l'annonce faite par l'office fédéral que 23 avions au total ne sont pas autorisés à desservir les aéroports suisses. Pour l'heure, l'OFAC n'entend pas répondre positivement à cette demande.

«Nous nous rencontrons une fois par année, mais nous avons demandé cette réunion particulière pour tenter d'obtenir cette liste, souligne Walter Kunz. Je comprends fort bien les raisons de l'OFAC de ne pas la publier, notamment en raison du risque de plaintes que cela pourrait provoquer, mais il serait très utile pour nous d'en disposer. Si l'OFAC maintient son refus, nous souhaitons au moins que les tour operators puissent se renseigner pour savoir si telle ou telle compagnie avec laquelle ils envisagent de travailler se trouve ou non sur cette liste. En revanche, je pense qu'il ne serait pas opportun que le grand public puisse consulter cette liste, les critères d'interdiction étant difficiles à évaluer pour les voyageurs.»

De son côté l'OFAC, par la voix de sa porte-parole, Célestine Perissinotto, répond qu'en l'état il ne sera pas possible de répondre au souhait des voyagistes: «Leur donner ces listes reviendrait pratiquement à les rendre publiques. Or nous ne pouvons le faire, en fonction des dispositions de protection des données sur le plan national et du gentleman agreement de confidentialité qui est la condition de la circulation de ces données au sein des 41 pays membres de la Conférence européenne de l'aviation civile (CEAC) et de son programme SAFA de sécurité des aéronefs étrangers.»

La représentante de l'OFAC admet qu'une plus grande transparence sur les avions à risque serait légitime pour les voyageurs soucieux de leur sécurité, mais craint «une paranoïa totale» pouvant être fatale pour des compagnies ne le méritant pas. Cela rejoint la position du secrétaire exécutif de la CEAC, Raymond Benjamin, qui estime risqué de porter à la connaissance du grand public les résultats d'audits de sécurité: «Vous allez créer une situation d'incertitude qui serait une catastrophe, parce que vous allez mettre dans les mains du public, aussi respectable soit-il, une information dont il n'est pas capable d'apprécier la pertinence», a-t-il déclaré à l'AFP. «Pour divulguer ces données aux agences de voyages, tous les pays membres du programme SAFA devraient être d'accord», ajoute à Berne Célestine Perissinotto. A la question de savoir si l'OFAC et la Suisse pourraient intervenir pour modifier ces règles vers plus de transparence, elle ne l'exclut pas, mais reste prudente: «Nous sommes disposés à étudier la possibilité de modifier les dispositions de la Conférence européenne.»

De son côté, dans un communiqué, la Fondation pour la protection des consommateurs (FPC) «exige que l'OFAC publie la liste des compagnies utilisant actuellement des appareils interdits». Elle a en outre envoyé une lettre au conseiller fédéral Moritz Leuenberger lui demandant d'agir «au niveau national comme international», et demandé aux agences de voyages «de ne plus proposer à leurs clients» des vols avec des avions qui pourraient ne pas répondre aux critères de sécurité suisses. Pour sa part, la Fédération romande des consommateurs (FRC) encourage en tout cas les voyageurs à demander au moment d'acheter leur billet le nom de la compagnie avec laquelle ils vont voler.

Même son de cloche du côté de l'IATA, l'Association internationale pour le transport aérien, dont le siège est à Genève: «La transparence doit venir de la part des voyagistes, affirme son porte-parole, William Gaillard: ils donnent le nom et les photos de l'hôtel, mais la compagnie aérienne n'est jamais mentionnée. Or c'est tout aussi important, et le transport est la partie la plus risquée des vacances. Par ailleurs, quand les voyagistes passent un contrat avec une compagnie d'aviation qu'ils ne connaissent pas, ils devraient exiger un audit de sécurité.»

L'IATA regroupe des grandes compagnies de ligne, et pas de charters, mais l'incertitude peut aussi exister au sein des grandes alliances: «Mais nos règles stipulent que si vous achetez un billet d'une compagnie et volez avec une autre, cela doit être clairement indiqué. D'ailleurs les compagnies qui pratiquent le partage de code font des audits de sécurité mutuels pour offrir les mêmes garanties de sécurité que les leurs à leurs clients.»

«Nous recommandons que le PDG de la compagnie soit le premier responsable de la sécurité, ajoute William Gaillard, et que les mesures prises aillent bien au-delà des prescriptions nationales et internationales.» Pour devenir membre de l'IATA, les compagnies aériennes doivent d'ailleurs se plier à des audits de sécurité très approfondis, non seulement sur le plan technique, mais aussi sur celui de l'organisation et de la culture de sécurité. Pourtant, l'IATA veut aller plus loin en instituant des audits obligatoires et réguliers, tous les deux ou trois ans: «Une décision finale doit être prise à notre prochaine assemblée générale, en juin.»