Travail en ligne, sport en ligne, culture en ligne, loisirs en ligne et, bien sûr, communication en ligne – le trafic sur les réseaux sociaux a augmenté de plus de 60% depuis le début de la quarantaine. S’il y a un grand gagnant du confinement, c’est bien l’écran. On le trouve partout et on annonce déjà des risques de saturation, notamment chez les enfants et les adolescents.

La force est en toi

Dès lors, sur internet – ce qui est en soi une ironie – apparaissent des conseils pour vivre la quarantaine liée au Covid-19 en dehors de la technologie. Le site Doctissimo liste par exemple 11 activités du temps jadis. Des propositions classiques comme lire, dessiner, cuisiner et jouer à des jeux de société. Et des défis plus originaux comme tenir un journal de bord ou customiser ses vêtements. J’ajouterais: écouter les oiseaux et tenter de les identifier à leur chant. Ces êtres ailés, qui se moquent du coronavirus, diffusent une énergie incroyable en ce début de printemps!

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Un confinement sans écrans, vertigineux non? En imaginant ce scénario catastrophe qui pourrait être lié à un bug à l’échelle mondiale, on a tremblé, avec mon fils aîné, le week-end dernier. En fait, on a plutôt frissonné. Quelque chose entre la crainte et l’envie. Car, s’est-on dit, ce serait une sorte d’épreuve de vérité. On réaliserait qui a le mojo ou non. Confronté à son moi le plus profond et sans l’ombre d’une distraction, l’individu 4.0 serait renvoyé à sa seule force intérieure, à ses uniques ressources, innées ou acquises, pour transcender un quotidien subitement vide après avoir été très plein.

On aurait intérêt alors à devenir épicurien. Non pas au sens actuel du terme signifiant bombance et fêtes à gogo, mais au sens originel, qui vise le moins pour le mieux. Quand, au IVe siècle avant Jésus-Christ, le philosophe Epicure préconisait de profiter du silence, de la nature, de la simplicité et des liens de proximité, sans se tracasser inutilement avec des nouvelles du monde et des préoccupations sur lesquelles l’homme n’a de toute façon aucun pouvoir d’action.

La fin de l’anxiété?

La fin de l’écran en plein confinement, ce serait le début de la solitude et de l’oisiveté forcée. Triste. Mais ce serait aussi beaucoup moins d’anxiété et une sérénité retrouvée. Plus gai. On l’a lu et relu, l’information en continu fait monter la pression. Pour Epicure, de nouveau lui, la peur est l’ennemie. Sans ce flux incessant d’injonctions nées de nos écrans, on se réinventerait à notre rythme, on se façonnerait sans impératif. Il y aurait un vertige, oui, mais ce vertige ne serait pas que négatif.


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