Pour la première fois, Walt Disney crée un centre de recherche en dehors des Etats-Unis. Et c'est sur l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich que s'est porté le choix du géant américain pour faire évoluer ses technologies d'animation numérique, incarnées entre autre par les réalisations de son studio Pixar (Nemo, Ratatouille,Wall-E). Disney met dans le même temps sur pied un second laboratoire de recherche industrielle, mais cette fois aux Etats-Unis, à l'Université Carnegie Mellon de Pittsburgh.

L'accord entre Disney et l'EPFZ court sur cinq ans. Selon les termes du partenariat, annoncé hier, le laboratoire emploiera une vingtaine de collaborateurs, avec une dizaine de créations de postes de chercheur à la clé (le laboratoire engagera aussi des professeurs, doctorants ou collaborateurs académiques). La recherche portera sur l'animation par ordinateur, la modélisation, l'intelligence artificielle ou la robotique.

La haute école zurichoise intégrera les professeurs et ingénieurs de Disney à son enseignement et ses programmes de doctorat. Disney, de son côté, est intéressé par l'expérience de l'EPFZ en matière d'animation graphique par ordinateur ou de gestion des données. Professeur à l'EPFZ, Markus Gross dirigera le laboratoire Disney, dont l'activité démarrera à l'automne. Nous l'avons atteint hier à Los Angeles.

Le Temps: Pour quelles raisons Walt Disney a-t-il choisi l'EPFZ?

Markus Gross:L'EPFZ a une forte tradition de recherche dans les méthodes de calcul et les systèmes informatiques. L'école compte parmi les plus réputées dans la science informatique: elle était dès lors un partenaire de choix pour Disney. Nous cherchions, de notre côté, des partenaires stratégiques comme Disney pour développer les différentes facettes des technologies du divertissement. Nous avons passé en revue nos stratégies de développement et trouvé que des domaines précis de recherche pourraient bénéficier de nos compétences respectives.

- Qui financera le nouveau laboratoire?

- Walt Disney ne donne pas de détails financiers dans ce genre de situation. Mais, selon les termes de l'accord, Disney financera les postes d'un directeur et de sept à huit chercheurs.

- Quelles applications concrètes sortiront-elles de ce laboratoire?

- Nous explorerons de nouveaux algorithmes nécessaires à l'animation traditionnelle et à l'animation informatisée en 3D. Notre but est d'atteindre un nouveau niveau de perfection graphique. Nous chercherons à mieux intégrer le savoir et les règles artistiques dans les productions graphiques assistées par ordinateur et la création de contenu. Nous avons pour ambition de créer la prochaine génération de technologie cinématographique. Les transferts de technologie aboutiront sur des recherches appliquées et des propriétés intellectuelles communes qui renforceront l'impact de l'EPFZ sur l'industrie.

- L'industrie suisse pourra-t-elle tirer profit du laboratoire Disney?

- L'EPFZ est d'ores et déjà leader dans le nombre de création d'entreprises à partir d'un environnement académique. Notre université continue à affiner les conditions nécessaires à la création d'entreprises. Et elle s'envisage elle-même de plus en plus dans une perspective entrepreneuriale. Avec la création, l'année dernière, de ses 20e et 21e «spin-off», l'EPFZ joue désormais dans la même catégorie que l'Université Stanford et le MIT aux Etats-Unis.