Le détail qui fait chavirer, c'est la peau de mouton glissée dans le lit à la tombée du jour. Dehors, le silence d'après 4 heures et demie aurait repris la montagne. Le télésiège de la Rasse, à quelques poussées de bâton, finirait sa dernière course. On aurait allumé la lampe à pétrole, glissé les bûches dans le fourneau à triple combustion et on se ferait un petit thé tranquille, seuls à deux à 1700 mètres, en face des Dents-du-Midi. C'est du moins comme ça que l'on s'imagine la première nuit dans les «whitepods», ces igloos sans neige construits il y a quelques jours sur les hauteurs de Villars.

Sans neige, voilà qui était déjà tendance. Le «whitepod» – que l'on pourrait traduire par «enveloppe blanche» – est un concept tout nouveau. Un abri en forme de dôme, une structure métallique géodésique recouverte de trois couches: du polyester-coton couleur neige à l'extérieur, du polyester isolant à l'intérieur et une couche d'aluminium-plastique entre deux. Un abri inédit, résistant au vent et à la neige, paraît-il. Tout est fait pour qu'on y passe la nuit sans frissons (de froid): de bons matelas sur un sommier double, une couette douillette que l'on peut assortir d'une couverture en laine du pays de Galles (antique et tissée à la main), une belle cheminée en pierre ollaire, une réserve de bûches jetées dans une vasque de métal. L'ensemble est trendy, à l'image de la mignonne coiffeuse en sapin surmontée d'un miroir de brocante et supportant un lavabo rond – le même que dans les boutiques-hôtels chics. Devant la baie, plastifiée, qui ouvre sur le panorama, une peau de vache acquise chez le boucher du coin et posée sur le sol en mélèze. Cinq igloos pour deux personnes ont été construits à Villars. Chaque whitepod est surélevé de quelques centimètres, sur une plate-forme plane en sapin. Pour manger, pour passer la soirée avec d'autres «campeurs», voire pour aller aux toilettes, on se rend au chalet central construit en dur.

Un camping de luxe mais écologiquement correct. On pourrait dire de Sofia de Meyer, l'instigatrice du projet, qu'elle incarne le luxe concerné. La jeune femme, qui a grandi dans la station, a quitté la Suisse il y a dix ans pour Chicago puis pour Londres, où elle a suivi des études de droit anglais. Elle s'est installée comme avocate internationale dans la capitale britannique, a vécu dans le quartier chic de Hampstead, tout en développant sa conscience écologique dans un monde urbain saturé de consommation. L'idée d'offrir un retour à la nature aux citadins a germé dans sa tête il y a plusieurs années. D'où le retour à Villars et la construction des whitepods autour du chalet d'alpage familial. «J'ai étudié plusieurs formes d'hébergement temporaire, comme le tipi ou la yourte. L'igloo me semblait le plus adéquat. Sa forme, magnifique, est en plus celle qui optimise l'espace par rapport à la quantité de matériau de construction. C'est aussi celle qui peut fournir le plus de lumière et la meilleure distribution de chaleur à moindre énergie.» La plupart des matériaux sont recyclés. Et les whitepods sont nés pour disparaître: visuellement d'abord sous la neige de cet hiver, matériellement ensuite, le printemps venu. «En avril, je démonte tout, il ne restera rien.»

Le concept a beau être novateur, bien vendu, écologiquement correct, il reste cher pour une nuit sans eau courante, sans électricité et sans toilettes: 550 francs par personne. Mais le prix comprend le transfert depuis l'aéroport de Genève-Cointrin, les repas au chalet concoctés par une cuisinière amoureuse des produits du terroir et de leur histoire, le vin des coteaux régionaux, l'abonnement de ski, ainsi que les services d'un guide-moniteur, qui prévoira aussi des balades en raquettes et des descentes en luge. Sofia de Meyer ne cache pas qu'elle vise avant tout la clientèle britannique, urbaine et aisée. Celle à qui le Financial Times donne chaque mois des idées insolites pour dépenser son argent. Celle qui fait son marché de produits biologiques dans ces épiceries-boutiques, onéreuses ambassades de la campagne à la ville. Celle qui vit avec deux voitures et un quatre-quatre pour quand on sort en famille. «Ce sont justement ces gens-là qu'il faut éduquer, explique Sofia de Meyer. L'expérience qu'ils vivront ici leur fera mieux prendre conscience de ce qu'ils consomment à la maison.» A ce mode d'hébergement-là, elle a donné un nom: le «hype-eco-tourism».

Par l'intermédiaire d'une société de relations publiques londonienne, le concept «whitepod» est promu presque exclusivement outre-Manche. Les réservations commencent, paraît-il, à arriver pour les Fêtes. Pressée par la clientèle locale, Sofia de Meyer a introduit un tarif moins cher, 150 francs par nuit et par personne, sans petit déjeuner, ni dîner, ni activités. Mais une nuit sur une peau de mouton délicate, atteignable seulement à skis ou en raquettes une fois la neige tombée.

Info et réservations: http://www.whitepod.com ou tél. 079/744 62 19.