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Wikipédia: cinq aspects méconnus de la plus célèbre encyclopédie du monde

L'encyclopédie collaborative en ligne fête son 15e anniversaire. «Le Temps» a rassemblé cinq histoires méconnues sur Wikipédia 

«Wikipédia est comme un grand-père qui a réponse à tout». Les hommages s’accumulent sur le site spécial ouvert pour son 15e anniversaire. Lancée en 2001 par l’homme d’affaires américain Jimmy Wales et le philosophe Larry Sanger, la célèbre encyclopédie collaborative ne cesse de s’épaissir. Wikipédia compte plus de 36 millions d’articles et 100 000 contributeurs quotidiens.

Une ressource que les internautes plébiscitent: l’encyclopédie a intégré le top 10 des sites les plus consultés dès 2007. Mais qui connaît toutes les petites histoires de Wikipédia? Peu de monde semble-t-il. La preuve: l’an dernier, c’est la page consacrée à Wikipédia elle-même qui a été la plus consultée, selon une étude publiée jeudi par le centre de recherche américain Pew. Mais celle-ci n’est pas exhaustive.

Le Temps a rassemblé cinq aspects méconnus de l’encyclopédie participative.

1. Wikipédia organise des ateliers pour donner plus de place aux femmes

Les petites mains de Wikipédia, celles qui débattent de la place des contenus dans l’encyclopédie, sont surtout des grandes mains d’hommes. Il n’y a que 10 à 15% de femmes parmi les contributeurs, selon des études réalisées entre 2011 et 2013 et relayées fin 2015 par le projet «Let’s Fill the Wikipedia Gender Gap» («Comblons l’écart de genre sur Wikipédia»).

«Dans mes souvenirs, quand je suis arrivée sur Wikipédia, fin 2001, j’étais la seule femme dans la version francophone de l’encyclopédie. J’ai spammé des forums de discussion pour rameuter d’autres femmes, je me suis fait bloquer… Puis, petit à petit, on a commencé à en parler sur le plan international», a raconté Florence Devouard, ancienne présidente de la Wikimedia Foundation, au Temps. Le problème concerne également les personnes qui ont l’honneur d’avoir une page Wikipédia à leur nom. Les articles concernant des hommes sont plus nombreux et occupent une place centrale dans le réseau.

Pour lutter contre ces inégalités, les coordinateurs de l’encyclopédie ont mis en place des «éditathons», des marathons pour renforcer la visibilité des femmes sur le site. Une série d’ateliers est même organisée en Suisse romande jusqu’en juin 2016.

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2. Elle en dit parfois trop, et tue le suspense d’une pièce de théâtre d’Agatha Christie

Le spoiler, ce fléau du Web qui touche les séries TV à succès du moment et consiste à en dévoiler les intrigues, a ému le milieu théâtral en 2010. Cette année-là, l’encyclopédie Wikipédia a dévoilé l’intrigue de la pièce la plus populaire d’Angleterre: La Souricière.

Dans cette œuvre policière d’Agatha Christie, il est question de meurtres et de présumés coupables. Le dénouement inattendu a fait le succès de la pièce. La fréquentation du St Martin’s Theater, à Londres, n’a d’ailleurs jamais faibli depuis sa première représentation. A la sortie de la salle, le public était prié de garder le secret.

Sauf que Wikipédia a commis une faute irréparable. Dans un passage de son article sur La Souricière, l’encyclopédie fait des allusions si évidentes que l’internaute peut deviner l’auteur du crime. L’affaire a offusqué Matthew Prichard, neveu de l’écrivaine et unique propriétaire des droits de la pièce, qui a publié une tribune dans les colonnes du journal The Independent on Sunday.

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3. Elle est investie par les escrocs d’Internet

L’escroquerie révélée à l’été 2015 est sans équivalent dans l’histoire de Wikipédia. Au terme d’une vaste enquête interne, les responsables de la version anglophone de la plateforme ont bloqué 381 comptes détenus par des pirates informatiques.

Ces hackers malveillants sont parvenus à récupérer les pages supprimées par Wikipédia faute de notoriété. Ils ont ensuite contacté les personnes et entreprises à qui les articles étaient consacrés. Leur proposition? Maintenir la publication et promouvoir la page moyennant une somme d’argent. Une escroquerie qui aurait touché plus de 200 articles.

«Le fait de se faire payer pour éditer des articles n’est pas le problème. [Mais] il faut le dire en toute transparence et suivre des règles claires», indiquait au Temps le Suisse Nicolas Ray, l’un des plus importants contributeurs à l’encyclopédie depuis 2005.

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4. Elle permet à des chercheurs de prédire des épidémies

C’est une méthode étonnante qu’ont découverte en 2014 des chercheurs du Laboratoire national de Los Alamos, au Nouveau-Mexique. L’analyse des pages vues de Wikipedia pourrait constituer une méthode de détection précoce des épidémies. Et ses données pourraient même permettre de les anticiper.

Les auteurs de l’article ont sélectionné sept maladies et neuf pays. Des mots-clés ont été déterminés pour chaque maladie et la langue a été utilisée comme outil de localisation géographique. Les épidémies ont été prévues avec une avance allant jusqu’à 28 jours dans les cas de la grippe et de la dengue. Selon les chercheurs, Wikipedia constitue une source de données très utile pour la surveillance des maladies.

5. Elle recense des centaines de fromages avec son projet WikiCheese

Les Wikipédiens apprécient les produits du terroir, au point de vouloir recenser l’entier de la production fromagère suisse. Lancé fin 2015, «le projet n’a toutefois pas pour vocation de créer un catalogue commercial», précise Guy Waterwal, un wikipédien fribourgeois qui a la lourde tâche de photographier les produits.

De l’emmental helvétique au Bleuchâtel, des centaines de fromages apparaissent déjà dans la banque d’images de Wikipédia. Un recensement hors du commun qui n’est pas limité dans le temps. «Je pense qu’un tel projet peut contribuer à augmenter la visibilité de la production fromagère suisse, puisque Wikipédia est devenue l’encyclopédie la plus consultée de nos jours», se réjouit Guy Waterwal.

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