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Les WikiPermanences accueillent les contributeurs novices durant la pause de midi

Comment participer au plus grand ouvrage jamais écrit? L’association Wikimedia CH lance des rendez-vous mensuels pour éclairer les néophytes

«Beaucoup de gens ne s’en rendent toujours pas compte: si vous repérez une faute d’orthographe sur Wikipédia, vous pouvez la corriger. Pas besoin de demander la permission.» Cela a beau exister depuis treize ans, on ne cesse d’en être émerveillé: l’encyclopédie en ligne est la plus vaste somme de savoir jamais rédigée par l’humanité, et il suffit littéralement d’un clic pour mettre la main à la pâte et contribuer… Afin d’éclairer le néophyte qui souhaite faire ce pas ou qui vient de le faire, les wikipédiens de la région tiennent désormais une WikiPermanence mensuelle à Lausanne – et bientôt dans d’autres villes romandes.

«Ma première contribution, il y a dix ans, a été effacée», reprend Stéphane Coillet-Matillon, membre du comité de Wikimedia CH, association ayant pour but de soutenir les contributions suisses à Wikipédia. Effacée, pourquoi? «Comme beaucoup de débutants, j’ai commencé par mettre en ligne tout un pavé, sans liens hypertexte. Les patrouilleurs qui surveillent les modifications pour s’assurer qu’il n’y a pas de copier/coller – car Wikipédia respecte le droit d’auteur – ont vu ma tartine arriver et se sont dit: il a dû copier quelque part…» Le néo-wikipédien ne se laisse pas démonter. «Mon investissement a évolué en suivant les phases de croissance de Wikipédia. Au début, il n’y avait rien: un grand vide, de la matière à faire. Aujourd’hui, je fais plutôt du travail de finition. Améliorer le style, mettre de plus jolies photos, corriger les coquilles.» Le secret de l’ouvrage géant est dans cette petitesse. Une somme de petits riens fait le grand œuvre.

A Lausanne, le rendez-vous mensuel est pris dans la salle de formation de la Bibliothèque cantonale et universitaire à Dorigny, au premier étage du bâtiment Unithèque (qui s’appelait autrefois «la Banane»). Pour cette première permanence, les novices ne se bousculent pas. «Ça a été fait dans d’autres pays, c’est partout la même chose. Il faut garder la régularité et les gens finissent par venir.» Tiens, un néophyte entre. Il cherche des conseils pour la rédaction d’articles en arabe. Charles Andrès, directeur scientifique de Wikimedia CH, le prend en charge. «Le défi: retenir les nouveaux contributeurs», commente-t-il.

Sur quoi écrivent ces encyclopédistes? «Ça dépend des humeurs du jour. Souvent, le déclencheur est l’horreur du vide, lorsque je cherche une chose et que je ne trouve pas», répond Stéphane. «C’est un réflexe: quand nous revenons de vacances, ma conjointe et moi, nous développons les articles sur la géographie et l’histoire du lieu. Après les Balkans, nous avons remanié les guerres d’ex-Yougoslavie. Après la Tanzanie, nous avons refait la géographie du pays. Là, j’organise une balade au-dessus de Zermatt et je suis en train de créer les articles sur les sommets, les cols, les cabanes», ajoute Ludovic Péron. Quoi d’autre? «C’est rare que les gens écrivent sur leur domaine d’activité professionnelle. C’est un hobby, on a envie d’autre chose.»

Au-delà de ces élans individuels, Wikimedia CH se charge de lancer ou de soutenir des projets plus systématiques concernant la Suisse. Exemple: Wikivillage, une initiative du contributeur Gilbert Conus: «Les communes suisses ont toutes leur article, prérempli d’après les donneés officielles sur la population, la densité, tout ça. L’idée, c’est de les enrichir avec des informations sur la culture, le sport, et cetera, à travers un concours ouvert aux classes de gymnase. Les élèves viennent à la bibliothèque, cherchent des ouvrages pour extraire des contenus, complètent les articles.» Autre ressource humaine inexploitée: «Il faudrait toucher les seniors, qui ont du temps et des connaissances, mais qui sont intimidés par le côté technologique.»

Pour aider les contributeurs à développer des contenus suisses, Wikimedia CH obtient des accréditations et paie des frais de transport. «Je suis en train d’organiser un bivouac dans une gare de téléphérique au-dessus de Verbier pour photographier la Patrouille des glaciers», annonce Ludovic. D’où vient l’argent? «De dons. Parfois de la Loterie Romande, qui a financé le scan d’un herbier du Musée d’histoire naturelle de Neuchâtel: 120 000 planches.» Une fois produit, le travail circule librement. «Vous pouvez prendre les photos de Wikipédia, en faire un calendrier et le vendre, si vous voulez. Pour nous, la valeur réside dans la diffusion du savoir. Seule contrainte: citer l’auteur. Une politesse.»

Wikipédia, long fleuve tranquille, donc? Pas tout à fait. Un clic sur l’«historique» permet de suivre les modifications et les conflits suscités par un article: tentatives d’influence, de censure, ego-trips… «Tout s’autocorriger via le travail collaboratif.» Quant aux «Jennifer je t’aime» ou «Cécile t’es cuite» insérés par des ados pendant un cours d’informatique, Salebot s’en charge. «C’est un robot qui détecte et annule les incohérences. Lui aussi a été créé par un contributeur lambda.»

WikiPermanences à Lausanne les 1.05, 3.06, 3.07, 4.09, 2.10 et 6.11, de 12h à 14h. www.wikimedia.ch

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