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Le col de la Furka, à toute allure.
© Alain Rumpf

Voyage

Le XXIe siècle, ère du cyclotourisme

La petite reine est devenue un moyen de transport prisé des vacanciers. D'abord associée aux vagabonds, elle est désormais appréciée par les amateurs de luxe. Son usage transperce les frontières et les classes sociales

Pédaler. C’est la perspective rêvée que partagent de plus en plus de vacanciers. Allez savoir pourquoi, c’est comme le succès du smoothie avocat-céleri au réveil, le vélo est particulièrement bien placé dans les offres touristiques. Pour visiter une ville ou une région, on préfère désormais adopter ce mode de transport humble, à échelle humaine et les agences l’ont bien compris.

Peu importe où l’avion se pose, le voyageur pourra monter en selle. A New York, à Paris ou à Londres, ce n’est pas surprenant. Mais à la Havane, à Bogota, à Singapour ou encore à Bangkok, là, ça devient exotique. Ces villes que l’on connaissait polluées, voire infréquentables, se visitent désormais à la force du mollet.

Tranquillité et bien-être

Le Guide du Routard présage lui-même sur sont site: «Le XXIe siècle sera cycliste ou ne sera pas». La plateforme EuroVélo, destinée à ceux qui veulent voyager seuls à vélo en Europe, se targue de la visite de plus 4 millions de curieux en 2017. Suisse tourisme à promu 2018 «année du vélo». Et les agences spécialisées se multiplient.

Le nouveau cycliste a moins de temps, mais plus d’argent. Qu’on lui organise le voyage est plus pratique

Alain Rumpf, codirecteur de Grand Tour Project

Les cyclo-voyageurs qui mènent une vie de bohème lors d’un voyage au long cours figurent peut-être à la proue du navire des vacanciers adeptes de la pédale. Derrière eux, une multitude de variantes du voyageur cycliste se déclinent. Car le vélo s’avère être l’équilibre entre le yin et le yang. Plus rapide que la marche, moins effréné que la voiture, il offre, en plus, tranquillité et bien-être. Deux vertus précieuses que le touriste du XXIe siècle se plaît à cultiver.

Ralentir pour mieux voir le monde

Butterfield & Robinson fait partie des premières agences à se spécialiser dans les tours organisés à vélo. Crée à Toronto en 1966, elle vise d’abord les étudiants qui désirent visiter l’Europe à la force du mollet, puis se dirige à partir des années 80 vers le tourisme de luxe à vélo. «Slow down to see the world» (Ralentissez pour voir le monde), la devise de l’agence conquiert d’abord une clientèle nord-américaine, puis les classes aisées du monde entier. Facturé entre 4000 et 12 000 dollars, le séjour en selle, organisé dans le monde entier, permet aux clients de s’affranchir du stress quotidien que leur vaut leur profession. «Nous mettons un accent tout particulier sur la recherche d’hébergement de luxe et de routes que notre clientèle n’aurait jamais pu trouver seule», communique l’agence canadienne.

Grand Tour Project, l’agence suisse que codirige Alain Rumpf attire une clientèle similaire, bien que peut-être plus sportive: «Quand j’ai commencé le vélo en 1985, le cyclisme était un sport populaire. Aujourd’hui, le nouveau cycliste est médecin, architecte, avocat ou ingénieur», constate le patron. Son sport est une passion contagieuse. Et il s’en réjouit.

Dans la roue des professionnels

Toutefois les nouveaux aficionados du deux-roues s’y adonnent sans conditions. «Aujourd’hui, le nouveau cycliste a moins de temps, mais plus d’argent. Qu'on lui organise un voyage est pour lui plus pratique. Les agences se chargent de lui trouver les meilleures routes et les meilleurs restaurants», poursuit le guide. Le confort recherché par ses clients est celui de ne s’occuper de rien d’autre que de pédaler. Les bagages sont transportés en camionnette d’un hôtel à l’autre.

Son agence a construit son identité sur le suivi des grandes courses européennes: le Tour de France, la Vuelta et le Giro. Elle donne ainsi, pour une somme allant de 2500 à 4000 francs, la possibilité au cycliste amateur de vivre, le temps de ses vacances, au rythme d’un professionnel. «Nous nous sommes surtout concentrés sur le Giro où notre statut de tour-opérateur officiel nous permet de parcourir les mêmes routes et le même nombre de kilomètres seulement quelques heures avant les coureurs», explique Alain Rumpf. Le programme impose, certes, un défi physique important, «mais il est à la portée de tous! C’est un challenge dont nos clients ont besoin.» La vue qui s’étend sous les yeux a la saveur du mérite et de la bonne conscience écologique.

L’attrait des routes européennes

Ce sont surtout les routes européennes qui attirent ce mode de locomotion. «La présence des grandes courses fait de l’Europe une terre promise du vélo dans l’esprit des gens», explique Laure, cycliste passionnée et guide depuis dix ans dans une agence spécialisée dans le voyage à bicyclette. «J’ai aussi l’impression que la présence de légendes comme Lance Armstrong ou Christopher Froome stimule les Anglo-Saxons à venir parcourir les mêmes routes que ces sportifs qu’ils admirent. Une fois qu’Armstrong avait quitté le devant de la scène, nous n’avons plus eu de demandes pour suivre le Tour de France».

Ce n’est pas le cas au sein de Grand Tour Project qui, depuis sa création en 2014, attire année après année plus de passionnés. Ce qui permet à Alain Rumpf d’étayer son offre sur les routes helvétiques. «La Tremola ou le col de la Croix n’ont pas le prestige du Galibier ou du Stelvio. Mais elles les valent tout autant et sont beaucoup moins courues», glisse-t-il. Son coup de cœur va au col du Sanetsch qui «rivalise fortement avec le Mont Ventoux, et l’Alpe d’Huez».

La topographie n’effraye plus

Alors que la topographie suisse effrayait les voyageurs à vélo, ils sont de plus en plus nombreux à s’y intéresser. L’avènement des bicyclettes électriques permet de faire fi des appréhensions négatives. En parallèle, sous l’impulsion de Suisse Tourisme, autant les routes que l’offre hôtelière s’adaptent aux voyageurs à vélo. Entre mai et septembre, quelque 18 cols seront fermés à la circulation afin de leur permettre de gravir les pentes plus calmement. Et sous le label Swiss Bike Hotels des hôtels offrent des conditions spécifiques pour accueillir les hôtes cyclistes: local à vélos, paniers-repas, conseils d’itinéraires…

Les montagnes helvétiques n’étant plus une barrière à l’évasion de tout un chacun, le moment est peut-être venu de s’attaquer à des routes plus élevées. C’est du moins la pensée de Grand Tour Project qui profite du développement routier sur la surface du globe et propose de rejoindre le camp de base de l’Everest à vélo sur un bitume flambant neuf. Le monde se prosterne face à la petite reine.

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