PALEONTOLOGIE

Il y a 800 000 ans, il n'existait pas de fossé technologique entre l'Europe et l'Asie

La découverte en Chine d'anciennes pierres taillées démontre que l'Homo erectus n'était pas moins avancé à l'Est qu'à l'Ouest

Un cliché tenace en anthropologie vient de subir un coup. Un coup de hache, pour être précis. Des chercheurs américains et chinois sont parvenus à fixer à 800 000 ans l'âge d'une centaine de pierres taillées découvertes dans le sud de la Chine. Cette donnée contredit la théorie selon laquelle il aurait existé une barrière technologique séparant le monde de l'âge de la pierre en deux: d'un côté, les populations d'Homo erectus vivant en Afrique et en Europe et maîtrisant les dernières avancées dans le domaine de l'ingénierie des galets; de l'autre, celles d'Asie, isolées et ignorantes, ne possédant pas de tels outils. Les travaux récents, présentés en couverture de la revue Science du 3 mars, montrent au contraire que les pierres taillées étaient à cette époque aussi sophistiquées dans ces deux parties du monde.

Les galets qui font vaciller cette «ligne de Movius» – du nom de l'anthropologue américain qui a postulé l'existence de ce fossé technologique il y a cinquante ans – sont des bifaces. C'est-à-dire des pierres taillées sur les deux côtés pour former des racloirs ou des «haches» tenant dans la main. Elles proviennent toutes du même site de la région autonome de Guangxi Zhuang. A cet endroit précis est tombée une météorite, il y a 800 000 ans justement. Une chance à la fois pour les hominidés de l'époque et les chercheurs de maintenant.

Les premiers ont profité du fait que l'explosion a mis à nu une couche géologique remplie de galets. Ils n'avaient plus qu'à se servir. Les anthropologues suggèrent même que cette abondance aurait entraîné le perfectionnement de la taille de la pierre.

Les seconds ont pu tirer parti de morceaux de roche, fondus sous l'effet de l'impact et retrouvés dans la même couche géologique que les outils. Ce type d'échantillons permet l'utilisation d'une méthode de datation basée sur la désintégration radioactive de l'argon. Résultat: l'âge des outils est établi à 803 000 ans avec une erreur de mesure de 3000 ans. «Une précision exceptionnelle», assure Reto Jahger, collaborateur scientifique à l'Institut de préhistoire de l'Université de Bâle.

Ces nouvelles données sont précieuses car les renseignements sur l'Asie de cette époque sont très rares. Les fouilles y sont moins nombreuses qu'en Afrique et en Europe, ce qui a probablement mené à la création de cette «ligne de Movius» artificielle. «Il était de toute façon absurde de conclure que la culture des H. erectus d'Asie était en retard sur la seule base des pierres taillées, estime Reto Jahger. On ignore totalement ce qu'ils faisaient avec le bois ou les os.»

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