Samedi soir, dans une petite commune de la campagne genevoise. Le bruit déchire la nuit. Il vient de l’annexe d’une ferme. A l’intérieur, scène presque irréelle: une quinzaine de personnes dansent. Chacun a invité quelques amis. Ils sont étudiants, viennent de rendre leur mémoire, alors, lassés d’être isolés et l’espace d’une soirée, les règles, ils les ont oubliées. Personne ne porte de masque. «Cela n’aurait aucun sens, on se fait la bise, on boit dans les verres des uns et des autres, explique Emma*, 27 ans. On m’avait prévenue avant la soirée: si je préférais garder les distances, il ne valait peut-être mieux pas que je vienne. Mais c’était plus pour la forme, car honnêtement, depuis que la règle de cinq personnes a été réintroduite par le Conseil fédéral (elle est repassée à dix depuis le 19 mars dernier), je ne connais personne qui la respecte.»

Vivre dans l’attente

Quelques semaines plus tôt, Louise* a été conviée à une soirée par un ami musicien. Dans une maison de la Riviera vaudoise, ils sont près de 200. Là non plus, pas de masques, pas de distances, «mais qu’est-ce que ça fait du bien de faire la fête, d’écouter de la musique fort, de rencontrer des gens qu’on ne connaît pas! raconte Louise. C’était quelque chose que j’avais l’impression d’avoir complètement perdu dans ma vie.»