Portrait

Yan Luong, Mister smiley

Il est évangélisateur des réseaux sociaux, un pionnier en Suisse romande. La RTS et le CICR lui doivent la réussite de leur virage digital. On a pris un café, sans sucre mais avec smartphone

On le verrait bien dans une série policière américaine dans le rôle du petit génie tenu à distance de la scène de crime mais apte à confondre le coupable grâce à son bouquet d’ordinateurs. Intello, vif d’esprit, connecté. Là s’arrête notre casting car Yan Luong n’est pas un solitaire et n’a rien d’un ténébreux. Il est jovial, aime la fête, l’échange et les lieux de passage.

Il donne rendez-vous dans une gare (Cornavin), lieu d’arrivées, de départs, de tous les possibles, amour, travail, flânerie, errance, hasards… Dans sa main, son smartphone: le seul objet qu’il emmènerait volontiers sur une île déserte. Et qu’importe s’il n’y a pas de réseau, il peut en inventer un. Yan Luong (37 ans) est un social media manager, un évangélisateur des réseaux sociaux, un pionnier en Suisse romande.

Efficaces

Des institutions comme la RTS, le Montreux Jazz Festival ou le Comité international de la Croix-Rouge lui doivent en partie la réussite de leur virage digital. Yan se reconnaît en son grand-père maternel, un autodidacte, hémiplégique hyperactif, l’un des premiers possesseurs d’un Apple, passionné de l’informatique naissante. Ado, Yan tend à prendre comme exemple son aïeul, il aime le snowboard, la musique, veut faire des études de dessin mais les parents opposent un refus.

«Dans les familles asiatiques on dit: fais des études efficaces», résume Yan. Il fera HEC à Lausanne. Son père, vietnamien, est, selon les termes de Yan «un juste pas réfugié de guerre». Il est arrivé en Suisse en 1969, avant les boat people, pour faire des études. Il sera biologiste chez Nestlé. Sa mère est indonésienne et est venue faire ses écoles chez Piaget, «un Erasmus avant l’heure». Elle décroche une licence de pédopsychologie, sera traductrice puis chercheuse de têtes. Le Vietnamien et l’Indonésienne tombent amoureux à l’Uni de Genève au début des années septante. Ils s’en vont vivre au Brésil, à Madagascar, à Vevey.

Parachuté

Yan naît à Meyrin, son petit frère aux Pays-Bas. Son père cherche à s’enraciner: Migros le recrute en qualité de technicien alimentaire à Yverdon. C’est à British American Tobacco (BAT) puis à Parisienne que Yan fait ses classes dans le marketing avec cette impression, dit-il, «d’avoir été parachuté au cœur du capital». «J’étais déjà un gros fêtard alors promouvoir une marque de cigarette dans le milieu de la nuit m’allait.» Il enchaîne deux ans (2006-2008) à Couleur 3.

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Les médias sociaux mainstream débarquaient, MySpace, Facebook, Twitter. «Je balançais entre l’aspect analytique du marketing et le monde de la nuit, en amenant le côté managérial de la BAT.» Yan lance ensuite la WebTV du Montreux Jazz Festival (en travaillant avec son caméscope de vacances), puis celle du Lausanne Underground Film & Music Festival. Il explique: «Nous avons commencé à établir la présence des festivals sur les médias sociaux. Nous voyions là un futur espace de débat citoyen. Nous étions cinq à l’époque en Suisse romande, on s’est formé seul et on a mangé de la vache enragée.»

Yan est chargé de cours à la HEC, job alimentaire mais pas seulement: il transmet aussi une passion. En 2010, la RTS, grâce à Gilles Marchand «très à l’écoute, très au fait de l’air du temps» et Blaise Duc, créent rien que pour lui un poste. Yan participe à l’élaboration du site web de l’entreprise. «Il me fallait être à l’écoute des médias sociaux pour rapporter à la rédaction ce qui se disait. Le vendredi, je rendais mon rapport hebdomadaire sur les tendances, les discussions des gens. Notre retour du terrain digital conseillait les émissions. J’ai vraiment pris cela à bras-le-corps.»

Comment se positionner sur les réseaux sociaux? Voilà la question élémentaire posée par Yan à ses employeurs, qui du coup le salarient. Parce que l’interrogation est judicieuse. Il s’agit donc de garder un œil sur lui. Mais en 2012, Yan file à l’EPFL en cellule média-com puis en 2013 à Présence Suisse pour ses campagnes internationales (sites web pour les JO de Sotchi, de Rio puis pour l’Exposition universelle de Milan). Gros coup en 2015: le CICR l’appelle. Une solide équipe (15 collègues) l’attend. Il est social media manager, responsable de la communication digitale.

Le site du CICR

Fabrique d’idées

Il raconte: «Le truc passionnant a été l’aide directe aux bénéficiaires. Les récoltes de dons ont été facilitées grâce à Internet, Facebook nous connectait avec l’Irak et les délégations locales. Et puis nous avons pu poster des cartes pointant par exemple des lieux de distribution de vivres, des points d’eau ou plus dramatiquement la présence de mines.» Yan a rejoint depuis le think tank Foraus qui regroupe des passionnés de la politique étrangère, sous forme de billets de blog ou de débats publics. «C’est une fabrique d’idées tournée vers un libéralisme pragmatique, en ne passant pas par les partis politiques. Une sorte d’Airbnb ou d’Uber de la politique.» Foraus a récemment rempli Uni Mail pour parler des 50 premiers jours de Donald Trump. Et vient de se poser la question suivante avec le concours du CICR: «Comment créer la confiance dans le monde digital?». Yan promet une réponse sinon rapide du moins dans les vingt ans à venir.

Profil

1979 Naissance à Meyrin.

2006 Entrée à Couleur 3.

2010 Commence à vivre de la communication digitale.

2016 Entrée à Foraus.

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