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Yann Marguet à Rivaz, en ce mois de juillet 2017.
© Vanessa Lam

En voiture, Simone! (4/4)

Yann Marguet, un type comme les autres

L’humoriste trentenaire n’a pas le permis de conduire. Qu’à cela ne tienne, il fait du stop. Sur la route du lac, de Lausanne à Rivaz, il philosophe

Il tend le pouce depuis sa fenêtre au premier étage de l’avenue de France à Lausanne pour nous faire rigoler. Yann Marguet prend des faux airs de fainéant blasé afin de se donner un genre mais c’est un bosseur. Et un passionné. L’humoriste lausannois, auteur des Orties sur Couleur 3, est au seuil de sa renommée – «cela fait six mois que les gens m’arrêtent dans la rue» –, et cette fraîcheur dans le métier se marie avec son enthousiasme. Avant d’arrêter sa destination au plongeoir de Rivaz, «parce que c’est un joli endroit et si l’on se retrouve là-bas ensemble, on va vraiment dire de belles choses», Yann Marguet hésitait à nous emmener à Sainte-Croix.

De Sainte-Croix à Lausanne

Sainte-Croix, commune reculée du Jura nord-vaudois et capitale de la boîte à musique, est la ville sur laquelle son père fribourgeois jette son dévolu jusqu’à en devenir syndic, radical, de 1975 à 1985. Yann y vivra jusqu’à ses 18 ans mais déjà, à 15 ans, il descend à Yverdon suivre son gymnase et remarque qu’il étouffe un peu sur les hauteurs de son bled d’enfance. «Je suis un urbain. J’ai vite senti que j’étais appelé dans des endroits un peu plus expressifs, culturellement.» Dès qu’il peut, il part s’installer à Lausanne.

Petit, Yann Marguet a de la facilité sur les bancs de l’école. Il fait le malin. «Dans toutes les classes, tu retrouves une fille qui chiale tout le temps et un gars qui fait des gags, le schéma se reporte d’un groupe à l’autre.» La fille qui pleure tout le temps a fini par faire l’école technique à Sainte-Croix, le gars qui raconte des blagues est assis à côté de nous, à la place du passager.

«Notre prof, c’était un drôle de type un peu fou et attendrissant. En classe, il nous criait dessus: «Saucisse, t’as encore rien compris!» Il disait: «Bébé emprunté.» Il était affreux. Quand la fille commençait à pleurer parce qu’elle ne trouvait pas la réponse, il hurlait: «Ouvrez les fenêtres, sortez les bateaux, y a Nenuco qui chiale!» Il l’appelait Nenuco, comme les poupées à qui tu peux donner à boire et qui pleurent. Il avait un côté tyran mais on l’aimait vraiment bien. Alors on avait beau être terrorisés, on lui racontait nos blagues à la récré. Ça, c’était mon enfance à Sainte-Croix, j’y retourne parfois.»

La voiture* a quitté le quartier bobo lausannois où Yann Marguet réside, exactement entre l’appartement et le café de sa copine avec qui il partage sa vie depuis quatre ans. «Je ne me pose pas trop de questions mais oui, j’ai des longues relations, je dois être quelqu’un d’assez posé. Je suis resté trois ans avec mon ex avant cela, elle faisait de l’impro, c’est comme ça que j’ai connu le milieu humoristique lausannois.» A 32 ans, Yann Marguet est content du chemin qu’il a parcouru. Après des études de droit à l’Université de Lausanne, il se lance dans une thèse en criminologie. «Il m’a fallu trois ans et demi pour réaliser que je n’étais pas fait pour ça, j’ai arrêté, j’ai commencé la Haute école pédagogique (HEP) mais on est venu me chercher pour écrire des blagues à la radio.»

La scène en ligne de mire

«J’ai longtemps cru que j’étais quelqu’un de chanceux. Autour de moi, je remarquais plein de gens marrants et je me demandais: pourquoi moi? Mais plus je vois de personnes qui essaient, plus je réalise la part de travail, de talent, de persévérance que j’y ai mis pour y arriver. Aujourd’hui je me dis que je ne suis pas là par hasard.»

Non, il n’est pas là par hasard. A le regarder en coin alors que défilent les bourgs de Lavaux, Villette, Cully, Epesses, on devine l’être sensible. Qui touche son rêve mais n’a pas encore vraiment saisi le potentiel de ses facultés. Il ne fait pas encore de scène, ça lui «fout les jetons», mais il aurait envie d’écrire un spectacle, quelque chose de bien léché. Il continuera ses chroniques radio à la rentrée, qui lui prennent tout son temps. Après un an et demi sur Couleur 3, il a peur d’être abonné au même exercice trop longtemps et d’être cantonné à un style d’intervention: «Quand tu as un produit qui marche bien, les gens attendent que tu le fasses tout le temps.» Il réfléchit à la suite, il se dit bien entouré.

En descendant de la voiture, il croise deux potes qui lui font des remarques sur ses chroniques. «La sentence du public, on s’y fait, c’est le jeu. On ne fait pas un job comme les autres et j’ai l’impression d’appartenir un peu au public.» Arrivé devant le rocher de Rivaz, il se tait un instant. «C’est joli.» Puis l’humour reprend le dessus: «Typiquement une photo qu’il pourrait y avoir sur un livre de Guillaume Musso

Yann Marguet aime montrer – malgré son intelligence et sa sensibilité affûtées – qu’il est un mec comme les autres. «On tient parfois des théories politiques ultra-engagées le temps d’une soirée, puis on se sent bête en rentrant chez soi, en réalisant qu’on ne maîtrise finalement pas tant que ça le sujet.» Il dit alors que ce n’est pas grave de ne pas savoir que penser, que voter. «On est beaucoup à être plus bêtes que ce qu’on veut laisser croire. Vous voulez un exemple? Moi.»

* La voiture a été prêtée par Tesla.


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