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Yann Scussel en grande tenue au bord du Léman, en attendant les Fidji et les requins-tigres.
© David Wagnieres

portrait

Yann Scussel: la maturité, option Pacifique

Un audacieux collégien vient de partir pour la grande aventure. Il a embarqué ce mois-ci, pour son travail de maturité, sur le bateau d'une ONG engagée dans la préservation des requins aux îles Fidji

Dix-huit ans, le regard confiant et animé d’une curiosité sans borne, Yann Scussel est déterminé à suivre les traces de ses idoles, Mike Horn et Nicolas Hulot. Comme ces illustres explorateurs, il est parti pour la grande aventure. Il a embarqué en juin, pour son travail de maturité, sur le bateau d’une ONG engagée dans la préservation des requins aux îles Fidji. Son histoire ne commence néanmoins pas aux fins fonds d’une jungle ou à bord d’un bateau, mais au sein du collège de Madame-de-Staël à Carouge.

Travail de maturité

Un peu impressionné au premier abord, il ne faudra pas longtemps à Yann pour se détendre et commencer à donner une multitude de détails sur la flore marine, avant même d’avoir commandé une eau gazeuse dans un café genevois. On comprend vite qu’il est animé d’un intérêt prononcé pour les sciences telle que la biologie. D’ailleurs, «enfant, il est passé des Télétubbies à Ushuaia directement», selon les propos de sa maman. Alors la science oui, mais pas que: la largeur de ses épaules le montre déjà, il confirme que le sport a grandement contribué à le pousser vers le monde marin. «L’eau, c’est mon élément», raconte Yann Scussel, passionné de sports aquatiques depuis son plus jeune âge. C’est ainsi, dans une volonté de combiner deux passions, qu’il se décide à mener un projet sur l’écologie marine dans le cadre de son travail de maturité.

L’histoire aurait pu en rester là, le travail sur le terrain n’étant pas obligatoire, les élèves se contentent en général d’un compte-rendu effectué sur documents. «On ne peut tout de même pas demander à nos élèves de monter des projets d’une telle envergure», racontera plus tard David Torre, enseignant au collège Madame-de-Staël et responsable du suivi de son travail de maturité.

Notre boisson arrive quand Yann, inarrêtable, nous explique qu’il voulait profiter de ce travail pour faire quelque chose dont l’occasion ne se représenterait peut-être pas plus tard: «Partir à l’aventure.» C’est ainsi qu’il repère le projet d’une ONG anglaise, Projects Abroad, un organisme privé qui organise des missions de volontariat depuis plus de vingt ans.

Préservation des requins aux îles Fidji

Accordant une brève pause, la fougue de Yann reprend le dessus et il continue son récit, expliquant notamment qu’il s’est inscrit en septembre 2017 pour participer à l’un des projets proposés par Projects Abroad: la préservation des requins aux îles Fidji. «Quitte à explorer la flore marine, autant s’occuper du roi des océans directement», rigole-t-il. Cette vénérable espèce est en effet menacée par la pression – grandissante – des humains. Environ 10 000 requins sont tués par heure dans le monde, lit-on sur le site de l’ONG.

J’ai eu de la chance d’avoir été soutenu par ma famille et mes amis, ils pensaient que j’étais fou, mais ils m’aidaient quand même

Parmi les causes de l’hécatombe, surpêche, destruction de leur habitat et pollution, autant de sujets que Yann Scussel va avoir l’occasion d’étudier sur place. «Je vais être accompagné de biologistes marins, pour comprendre au mieux les problématiques liées à l’impact de l’Homme sur cet écosystème», s’enthousiasme-t-il. Au programme, plongées dans les lagons des îles Fidji pour «marquer et recenser les requins-tigres».

N’est-il pas un peu effrayé à l’idée de côtoyer ces derniers? «Non, je ne pense pas que ce soit beaucoup plus dangereux que de plonger dans le lac Léman», dit-il, sérieux. Il nous explique ensuite que «sans visibilité dans le lac, les gens ont souvent tendance à remonter plus vite qu’ils ne devraient». Notre photographe et Yann furent d’ailleurs témoins d’un accident sérieux de décompression durant la séance photo prévue pour cet article.

«Partir à la rencontre des gens»

Pas le temps de s’étendre sur le sujet qu’il est déjà reparti: «Et puis, mon voyage ne se limite pas au monde sous-marin, j’aimerais également partir à la rencontre des gens pour comprendre leur vision du requin», s’enthousiasme-t-il. Il s’empresse d’ajouter ne pas vouloir arriver comme un «colonialiste qui donne la leçon», mais qu’il aimerait juste comprendre ce que le requin représente pour eux.

Le seul problème de son expédition, qui a presque failli affecter son enthousiasme: le coût. Cours de plongée, séjour et billets d’avion font en effet grimper la note. Yann s’étant déjà inscrit pour participer au projet, sans en avoir les fonds, sa quête de sponsors fut un long chemin de croix.

Course aux sponsors

«Il était hors de question de demander de l’aide à mes parents. De toute façon, ils trouvaient que j’étais fou d’entreprendre ce projet. Comme la plupart de mes camarades de classe d’ailleurs.» Il va ainsi passer plus de dix heures par semaine, déterminé, à chercher des fonds. Yann se remémore notamment avoir passé ses «vacances de patates» à faire du porte-à-porte avec ses amis. «J’ai eu de la chance d’avoir été soutenu par ma famille et mes amis, ils pensaient que j’étais fou, mais ils m’aidaient quand même.» En janvier 2018, quatre mois après le début de son travail, sa détermination sera récompensée. D’abord une agence de voyages, OT-Swiss, puis Alpina, Olympus et bien d’autres maintenant croient en son projet.

Voyant peut-être en lui l’aventurier de demain, les sponsors accourent pour soutenir le Genevois. Avec 15 000 francs récoltés, tout est prêt, et il a gagné le Pacifique le 21 juin. Et après? Possible que l’on entende encore parler de lui. «J’ai d’autres projets, mais je ne vous en dirai pas plus!», dit-il, convaincu d’avoir trouvé sa voie: aventurier.


En chiffres

18 Son âge.

15 000 Le budget.

250 Le nombre de réponses négatives.

6 Le nombre de sponsors qui finissent par croire en lui.

30 Le nombre de jours qu’il va passer aux îles Fidji.


Profil

14 avril 2000 Naissance.

Septembre 2017 Début du projet de maturité.

Janvier 2018 Premiers sponsors.

Juin 2018 Etude de la flore marine aux îles Fidji.

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