On ne se méfiera jamais assez des filles de souverains délurées. Prenons Dahut, ou Dahud, l’aînée du légendaire roi Gradlon de Cornouaille. Gradlon a fait bâtir Ys, splendide cité située sous le niveau de la mer, protégée par une digue dont l’écluse ne s’ouvre que grâce à une clé. Séduite par un beau jeune homme, c’est-à-dire le diable, Dahut chipe la clé à son paternel assoupi. Elle ouvre les écluses, et la paisible Ys est engloutie.

Voici pour la légende, abrégée. Ses déclinaisons indiquent par exemple que la terrible Dahut recevait chaque soir un amant différent, au visage caché par un voile de soie qui se transformait en masque de fer au matin, le corps du malheureux étant jeté par les hautes tours à l’heure du petit-déjeuner.

Ys est une Atlantide bretonne. La cité abîmée par les flots se trouverait au large de Douarnenez. Certains se sont essayés à la reconstituer en images de synthèse. En clin d’œil au Festival du film fantastique de Neuchâtel, haut lieu romand de l’imaginaire durant cette semaine, nous explorerons les mots de quelques lieux mythiques. Pour être cohérent, nous nous limiterons au domaine francophone, bien qu’il y ait de belles inventions linguistiques et géographiques ailleurs, chez H. R. Haggard ou Ursula Le Guin, par exemple. Et pour une fois, nous évoquerons des noms propres, choisis toutefois avec notre gourmandise lexicale habituelle. Pour revenir à Ys – on y retourne toujours –, parmi les marins de Douarnenez, il se dit que, parfois, par temps calme, on entend sonner des cloches dans les profondeurs… Qui sait?