Nous entamons la semaine de manière studieuse, c’est le moins que l’on puisse dire. Et même, par un saut dans l’inconnu. Car on ne sait rien, en fait, de l’origine d’«yteira», ou «aitaira». Pour ces quelques jours dédiés à des mots de Suisse romande, on déniche cette ytaira dans le Glossaire du patois de la Suisse romande, patiemment collecté par le doyen Bridel, publié à Lausanne en 1866, et disponible sur la Toile.

L’ytaira, donc, se rencontrait fréquemment dans les actes notariaux des greffiers et des tribunaux fribourgeois des XVe et XVIe siècles. Le terme désignait une aide, un secours, un subside ou un dédommagement, déclinait le doyen Bridel dans son glossaire. Un octroi public, en somme, dont on peut supposer qu’à l’époque, il se limitait à un appui individuel, au cas par cas. Alors que nous sommes à deux mois exactement d’une votation sur l’AI, cette ytaira acquiert une résonance fort contemporaine. Ce joli legs de Fribourg à la langue, évoque d’interminables séances dans les tribunaux de la cité, dans les greffes improvisés de la campagne, pour déterminer s’il fallait dédommager tel plaignant, ou accorder à tel indigent – celui à qui il manque le minimum vital, le terme est attesté dès 1265 – l’allocation que la collectivité lui consentirait. Qui sait, d’ici au 27 septembre, la Suisse politique refera peut-être, à une échelle nationale, le débat houleux de ces intrigantes ytairas fribourgeoises.