Alors, qu'est-ce qui marche, qu'est-ce qui ne marche pas? La tension monte autour des coûts de la santé et les psychothérapeutes sont soumis à la pression des résultats. A certains égards, c'est une situation salutaire, note Yves de Roten, chef de l'Unité de recherche en psychothérapie psychanalytique à l'Institut universitaire de psychothérapie à Lausanne. A condition de ne pas se contenter de réponses standardisées. Yves de Roten coorganise dans la capitale vaudoise, à partir d'aujourd'hui, le congrès annuel de la Société internationale pour la recherche en psychothérapie*. Son originalité: toutes les méthodes académiquement reconnues y sont représentées.

Le Temps: Des psychothérapeutes de toutes les obédiences réunis en une même société, ce n'est pas banal. Est-ce la fin de la guerre entre chapelles?

Yves de Roten: Dans certains pays, comme la France, l'ambiance est encore très concurrentielle, voire hostile, entre les différentes écoles. Mais je crois que cette époque touche à sa fin: les psychothérapeutes assument une attitude plus modeste, d'échange et de collaboration. Ils admettent qu'il n'y a pas de bonne méthode en absolu, que telle approche sera plus ou moins pertinente selon le patient, ses besoins, sa situation. La création, il y a deux ans, de l'Institut universitaire de psychothérapie à Lausanne est la concrétisation de cette nouvelle attitude: sous un même toit sont représentées, pour la formation et la recherche, trois approches thérapeutiques différentes – psychanalytique, systémique et cognitive comportementale (lire encadré). Les spécialistes ou futurs spécialistes de différentes écoles échangent et communiquent.

– Quelqu'un qui envisage une thérapie mais ne sait pas laquelle choisir peut-il sonner à cette porte?

– Il s'adresse au Centre de consultation psychiatrique et psychothérapeutique. On y accueille les gens, on cerne le problème avec eux, on envisage les pistes pour le résoudre, on les aide au besoin à trouver le thérapeute adéquat.

– Quelle est, des trois approches que vous venez de citer, celle qui se développe le plus?

– La méthode comportementale était la moins implantée chez nous, il fallait aller à l'étranger pour se former. Ce ne sera plus le cas désormais. Elle se développe beaucoup, notamment parce qu'elle propose des thérapies courtes, très demandées.

– Est-ce le début de la fin de la psychanalyse?

– Pas du tout. Disons que l'approche psychanalytique a perdu la position hégémonique qui a longtemps été la sienne. Elle se retrouve en concurrence, dans une situation de libre marché, et elle est amenée à se remettre en cause, ce qui n'est jamais mauvais. Par exemple, elle reconsidère son attitude très fermée vis-à-vis de la recherche.

– Un rapport qui a fait grand bruit en France affirme que les thérapies comportementales sont les plus efficaces. Qu'en pensez-vous?

– Ce qu'il faut dire tout d'abord, c'est que, toutes méthodes confondues, la psychothérapie est efficace. Nous avons suffisamment de données pour l'affirmer. A court terme, ce choix paraît cher, plus que la prise de médicaments notamment. Mais la psychothérapie a une efficience à moyen et long terme qui la rend concurrentielle même du point de vue des coûts: les patients apprennent à s'aider eux-mêmes, ils font moins appel par la suite au système de santé.

– Mais y a-t-il des approches plus performantes que d'autres?

– Le rapport français dont vous parlez dressait la liste de 17 troubles et affirmait que l'approche psychanalytique n'était efficace que pour l'un d'entre eux, tandis que la méthode cognitive et comportementale en traitait efficacement 16. C'était une étude biaisée, marquée surtout par des intentions politiques: elle a été enterrée. Le fait est qu'on ne peut pas dire: à tel trouble, telle approche. Par exemple: en cas de dépression, telle méthode est la plus indiquée. L'ajustement est plus personnalisé car le patient ne se réduit pas à son trouble: il a une manière d'être, des désirs, des besoins à tel moment de sa vie. En face de lui, le thérapeute ne se réduit pas à sa méthode. L'aspect relationnel est primordial. Une thérapie efficace, c'est d'abord, toutes méthodes confondues, une rencontre réussie. Les études montrent aussi que le meilleur prédicteur de succès réside dans ce qu'on appelle l'alliance thérapeutique: les séances produisent des résultats lorsque le patient et le thérapeute sont d'accord sur le pourquoi de leur présence et le but visé. Là encore, on dépasse la question technique, on est plutôt dans l'éthique de la relation.

– Pour le patient potentiel, le monde de la psychothérapie reste très opaque. Les «centres d'aiguillage» tel que celui de Lausanne vont-ils se développer?

– Il est vrai que le choix d'un thérapeute n'est pas facile et que la profession a un effort de transparence et d'information à faire. Mais je crois qu'il y a aussi des limites à ce que l'on peut organiser. Notre centre fonctionne à petite échelle, mais si on systématise les lieux de ce genre, comme en Amérique du Nord, se pose vite la question: qui doit décider, et selon quels critères, de ce dont chacun a besoin? Nous vivons déjà dans une société «tout-psy», bientôt on ne pourra plus affronter un jour sans soleil sans faire appel à un soutien spécialisé! Je ne crois pas qu'il soit judicieux d'industrialiser le marché de la psychothérapie.

* http://www.psychotherapyresearch.org