«On peut dire beaucoup d'une personne d'après ses fréquentations», dit le dicton. Des paléontologues américains l'ont appliqué à la lettre pour étudier l'histoire de l'homme à travers son plus fidèle compagnon durant son évolution millénaire: le pou.

A ce jour, l'une des questions les plus débattues reste de savoir si l'homme moderne (Homo sapiens) est entré en contact étroit, par des accouplements notamment, avec les humains archaïques (tel l'Homo erectus). En bref, deux hypothèses s'opposent: la première avance que l'homme moderne a émergé en Afrique à partir d'un ancêtre archaïque il y a 100 000 ans, puis a remplacé les H. erectus vivant en Asie et en Europe, sans qu'il y ait de croisements génétiques entre ses deux espèces. Le second postulat avance au contraire qu'un tel métissage a bien eu lieu.

Lignées divergentes

Pour percer ce mystère, les chercheurs ont fait parler le pou, qui ne peut survivre longtemps loin de l'homme. Leur analyse phylogénétique (évolution du génome) a montré que les poux de la tête de l'homme moderne (Pediculus humanus) constituent deux lignées qui ont divergé il y a 1,18 million d'années. L'une, distribuée dans le monde entier, semble avoir subi la même évolution que H. sapiens. L'autre, confinée aux Amériques, est restée isolée de la lignée mondiale depuis 1,18 million d'années. Et ces lignées sont si différentes qu'elles ont forcément dû évoluer sur deux espèces différentes, estiment les chercheurs dans la revue PLoS Biology (8.10.04). Selon eux, les poux «planétaires» ont évolué sur la lignée de H. sapiens, tandis que leurs homologues, localisés dans le Nouveau Monde seulement, ont évolué sur H. erectus. Et ont changé d'hôtes en Asie il y a donc environ 100 000 ans, lors de la disparition d'H. erectus, passant sur H. sapiens, qui les a justement emmenés avec lui vers les Amériques. Tout cela pour dire que les H. sapiens et H. erectus ont dû entrer en contact étroit pour se transmettre leurs poux.

Cette étude ne fait toutefois pas l'unanimité. Dans la presse scientifique, un anthropologue allemand estime que tout dépend de l'ancêtre commun des deux lignées de ces insectes, dont il est impératif de connaître la taille de la population avant de tirer de telles conclusions.

Les scientifiques n'ont pas fini de (se) chercher des poux.