Etre au sommet de la chaîne alimentaire ne présente pas que des avantages. Certes, personne ne vous mange, mais vous accumulez toutes les saletés ingérées par vos proies et par les proies de vos proies. Les vautours à dos blanc (Gyps bengalensis) en font l'amère expérience. Leurs effectifs ont chuté considérablement ces dix dernières années: un déclin de 95% des populations du parc national indien Keoladeo d'abord, suivi par celles de l'ensemble du sous-continent. Ces animaux sont maintenant considérés comme menacés d'extinction. Les espèces proches comme le vautour indien (Gyps indicus) et le vautour à bec élancé (Gyps tenuirostris) sont sur la même pente.

La cause de ces morts précoces? Le plus souvent une défaillance rénale, qui est un signe d'intoxication. Dans un article paru dans la revue Nature du 29 janvier, des chercheurs ont pu écarter comme cause principale les empoisonnements classiques aux métaux lourds (cadmium, plomb et mercure) et aux pesticides tout comme les infections aviaires les plus fréquentes. Ils se sont alors tournés vers la première source de nourriture des vautours: les carcasses de bétail.

Les chercheurs se sont rendus auprès des vétérinaires locaux pour tenter d'identifier les médicaments connus pour être à la fois toxiques pour les reins et administrés oralement. Le seul à remplir ces conditions est le Diclofenac. Cet anti-inflammatoire non stéroïdien est utilisé en médecine humaine depuis des décennies, et sa consommation dans l'élevage a considérablement augmenté depuis les années 1990. Sans surprise, des traces du médicament ont été retrouvées dans les reins de tous les vautours morts d'insuffisance rénale.

Pour s'assurer de la relation de cause à effet, les chercheurs ont nourri des jeunes vautours avec de la viande provenant d'animaux traités au Diclofenac avant d'être abattus. Deux charognards sur huit sont morts entre quatre et six jours après leur funeste repas. CQFD.