Si les enfants aiment jouer à la «dînette», les chimistes aussi se plaisent à concevoir des répliques de leurs outils de laboratoire. Des chercheurs des Universités d'Oxford et Nottingham sont parvenus à faire se dérouler une réaction chimique dans un récipient tubulaire si mince qu'il en faudrait des dizaines de milliers pour constituer un fagot épais comme un cheveu.

D'un diamètre de 1,2 nanomètre (milliardième de mètre), ce tube ressemble à un pavage de surfaces hexagonales que l'on aurait roulé sur lui-même pour former un cylindre. A chaque angle de ces surfaces, un atome de carbone. Les chercheurs ont donc nommé «nanotube de carbone» cet objet découvert en 1991.

Considérant que ce tuyau pouvait constituer un espace plutôt contraignant, les chercheurs l'ont rempli avec des molécules nanométriques appelées «fullerènes», qui ont l'aspect d'un ballon de football. En soumettant l'ensemble à des conditions particulières, ces fullerènes ont formé des chaînes à l'intérieur du tube – un processus appelé polymérisation – en s'attachant les unes aux autres par un atome d'oxygène. Sans cette canalisation, elles auraient simplement formé des agrégats biscornus.

Selon les scientifiques, qui publient leurs résultats dans la revue Chemical Communications, cette configuration caténaire désormais maîtrisable à l'envi pourrait attribuer aux polymères ainsi créés des propriétés moléculaires inédites. Mais pour cela, il restera à résoudre un petit problème: impossible en effet d'extraire des nanotubes le produit de la réaction chimique. En attendant, les scientifiques peuvent se targuer d'un autre exploit. Celui d'entrer dans le Guinness Book des records pour avoir créer la plus petite éprouvette au monde, dont la contenance est d'un millième de milliardième de milliardième de millilitre.