L'industrie cosmétique n'a pas tout inventé. Voilà près de deux mille ans, les Romaines de la haute société utilisaient déjà des crèmes de beauté pour se pâlir le teint. Des scientifiques anglais ont pu recréer un tel baume, et montrer que certains composants sont similaires à ceux des produits cosmétiques actuels.

L'an dernier, près de Londres, un récipient cylindrique daté de l'an 150 après J.-C. a été mis au jour sur un site archéologique romain. Il fit l'objet d'un immense intérêt, car son contenu était intact: une crème blanche dans laquelle des empreintes digitales étaient même encore visibles. S'agissait-il d'un onguent médical? D'une pommade dont on barbouillait les chèvres avant de les sacrifier? Ou même d'un dentifrice? Les spéculations allaient bon train. Comme ils l'expliquent dans la revue Nature du 4 novembre, des chimistes de l'Université de Bristol auraient percé ce mystère.

Aucune propriété médicale

Le baume étant dans un excellent état de conservation, les chercheurs ont pu en analyser les composants chimiques. Les deux plus importants sont la graisse animale, probablement trouvée chez les carcasses de bovins ou d'ovins, ainsi que l'amidon, adjoint afin d'atténuer la sensation huileuse sur la peau. Ce dernier composant est d'ailleurs toujours utilisé aujourd'hui dans certains laits corporels et crèmes pour les mains. A ces deux éléments de base s'ajoutait de l'oxyde d'étain. Grisâtre dans son état naturel, il donnait un aspect blanchâtre et une texture translucide à la pommade. L'étain n'ayant aucune propriété médicale particulière, il devait servir de pigment, estiment les chercheurs. Qui sont parvenus à recréer cet onguent à partir d'ingrédients «frais».

Il y a peu de chance que la recette découverte ait un but autre qu'historique, le teint pâle étant – du moins dans les civilisations occidentales – un peu passé de mode. Par contre, même si la crème originale s'est révélée plus dure et granuleuse que la copie, les chercheurs pourraient s'en inspirer pour indiquer à l'industrie cosmétique comment augmenter les délais de péremption des produits cosmétiques parfois (trop) rapidement échus.