Il existe, chez certaines espèces d'oiseaux, comme un marché au sperme. Si une femelle copule avec plusieurs mâles, elle est capable d'expulser de son cloaque la semence laissée par le premier prétendant avant de recevoir celle du suivant, dont elle préfère l'harmonie du chant ou l'éclat du plumage. Ce comportement assez bien documenté, qui permet à la mère de choisir le géniteur de ses oisillons, a trouvé une variante surprenante chez la mouette tridactyle (Rissa tridactyla), dont les mœurs monogames feraient pâlir d'envie les prédicateurs puritains du Nouveau Monde.

Dans un article paru dans la version électronique de la revue Biology Letters, des chercheurs français et allemand montrent que les femelles de cette espèce expulsent le sperme de leur partenaire si la copulation a eu lieu trop de temps avant la ponte des œufs. Elles préfèrent réitérer l'opération plus tard, tout en restant avec le même mâle, histoire de disposer de semence plus fraîche au moment de la fécondation.

Les scientifiques ont suivi pas moins de 634 copulations chez 188 couples de mouettes tridactyles fidèles. En moyenne, deux semaines avant la ponte, les expulsions sont très fréquentes et commencent à diminuer progressivement jusqu'au dernier jour. L'hypothèse «sperme jeune», comme disent les biologistes, semble être confirmée par le fait que les femelles dont la couvade a vécu des problèmes (œufs non éclos, notamment) sont aussi celles qui ont gardé le sperme dans leur cloaque durant le plus grand laps de temps. Par ailleurs, les résultats ont montré que les oisillons issus d'œufs fertilisés par du sperme neuf sont en meilleure forme que les autres. A. Vs