Allemagne

A Zorneding, en Bavière, on veut envoyer le curé «nègre» à Auschwitz 

Près de Munich, un village a été catapulté en quelques jours champion du racisme ordinaire au sein de la très conservatrice Union chrétienne-sociale (CSU). Un prêtre catholique, Allemand d’origine congolaise, s’y sent menacé pour cause de désaccord avec le parti sur la question des réfugiés

A 20 kilomètres de Munich, Zorneding est une des plus vieilles paroisses d’Europe. La première église du village avait été édifiée là voici plus de 1000 ans. Zorneding a donc a priori connu plus d’une heure difficile dans sa longue histoire. Mais jamais une chose pareille: Olivier Ndjimbi-Tshiende (voir ici sa page Facebook), le prêtre catholique de la paroisse, a démissionné dimanche en pleine messe, excédé par les menaces de mort et les attaques à caractère raciste dont il est victime depuis des mois.

A son arrivée voici quatre ans, ce prêtre de 66 ans, de nationalité allemande et originaire du Congo, se souvient avoir été «bien accueilli» dans la petite ville de 9000 habitants. Mais tous n’ont pas apprécié dans la paroisse le soutien affiché aux réfugiés par ce prêtre africain titulaire d’un doctorat en philosophie. Il est ainsi devenu à son tour la cible de l’extrême droite. «Et hop, en route pour Auschwitz!»; «Ce sera ton tour après l’eucharistie!»: voilà quelques-uns des messages retrouvés dans sa boîte aux lettres, qui sont relayées par la presse et sur Twitter, notamment:

La démission du prêtre a fait l’effet d’un électrochoc. Les messages de soutien se multiplient dans le livre de doléances de l’Eglise Saint-Martin et sur les réseaux sociaux. «Le village est comme paralysé», estime aujourd’hui le maire, Piet Mayr, élu de l’Union chrétienne-sociale (CSU). Tout avait pourtant commencé par un conflit entre les fonctionnaires locaux de ce parti très conservateur et catholique avec le prêtre, lorsque Sylvia Boher, cheffe locale du parti et conseillère en entreprise, signe à l’automne une colonne dans la feuille locale de son parti, le Zorneding Report – l'article a été effacé depuis – dénonçant «l’invasion» des réfugiés et qualifiant les Erythréens de «déserteurs».

Le prêtre répond par des prêches appelant à la «tolérance». L’adjoint de Sylvia Boher monte alors au créneau, appelant «notre nègre» à faire attention à lui dans une interview. Zorneding est catapultée en quelques jours championne du racisme ordinaire au sein de la CSU; les deux cadres démissionnent. C’est alors que commencent les menaces anonymes.

Un prêtre catholique qui se sent menacé dans la très catholique Bavière pour cause de désaccord sur la question des réfugiés avec la très catholique CSU: «Jamais le fossé n’a été aussi grand entre les Eglises et la CSU que depuis la crise des réfugiés», constate la Süddeutsche Zeitung, et les réseaux sociaux sont sous le choc:

Commentaire de Caritas Deutschland (@Caritas_web), l’organisation sociale de l’Eglise catholique: «La honte de #Zorneding.» Mais #Caritas aide les réfugiés! Une pétition en ligne est lancée sur Change.org, qui récolte plus de 40 000 signatures en un jour. De leurs côtés, les sociaux-démocrates du SPD et les Verts dénoncent le racisme au sein de la CSU via Twitter et Facebook.

Au-delà de Zorneding, l’affaire est révélatrice du climat tendu qui règne aujourd’hui en Allemagne autour des réfugiés. Le nombre des agressions ou des manifestations à caractère raciste a fortement augmenté depuis l’automne dernier. Selon les services de renseignements intérieurs, le BKA, le nombre d’agressions contre des foyers de réfugiés a été multiplié par cinq en 2015 avec plus de 1000 cas – dont 190 incendies criminels – contre 200 en 2014. Cet office dénonce un climat général caractérisé par «une montée de la violence verbale» et surtout une plus grande disposition à recourir à la violence de la part de l’extrême droite.

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