Deux heures du matin. Sur les quais bordant la Limmat, des milliers de personnes dansent. Des deux côtés de la ville, de la Paradeplatz au Kunstmuseum, la cité vit au rythme binaire des sonorités électroniques. Les clés de la ville ont été confiées l'espace d'un jour et d'une nuit aux tribus techno. Signe d'une ville qui a réalisé l'impact tant financier qu'artistique de cette nouvelle culture. Grâce à la Street Parade et aux fêtes qui la ponctuent, les commerces de Zurich engrangeraient entre 50 et 80 millions de francs suisses.

Selon certains observateurs de la scène techno, ce profit atteste d'une manifestation vendue au marché. Mais ce succès est aussi celui de toute une scène de clubs, cafés et sociétés liés à la culture techno. Des établissements et des entreprises que la ville et les entreprises notamment bancaires ont préféré aider, entre autres par l'entremise de systèmes d'aide financière et légale, plutôt que marginaliser. Zurich, bien mieux que Genève ou Lausanne, a su prendre en compte la force économique des cultures jeunes et alternatives et le gain en image qu'une parade pouvait avoir pour une cité réputée bourgeoise et rapace. Malgré cette association de l'argent et du fun, que d'aucuns alternatifs indécrottables jugent contre nature, sa Street Parade conviviale et réellement populaire reste l'expression d'une culture vivante. Sans doute parce qu'au bord de la Limmat, autorités et financiers ont non seulement favorisé mais accepté l'arrivée de la culture techno à l'âge adulte.