Après la Suisse, l’Europe et le Maroc, ce sont les Etats-Unis, qui seront traversés durant l’été 2013. Bertrand Piccard, président, et André Borschberg, directeur du projet d’avion solaire expérimental Solar Impulse, étaient mardi à New York pour promouvoir leur aventure avant de poursuivre leur périple américain à Washington et à San Francisco. Dimanche dernier, Solar Impulse a eu droit aux honneurs d’un documentaire de douze minutes diffusé dans le cadre de l’émission phare de la chaîne CBS 60 Minutes. Producteur de l’émission, Tom Anderson l’avoue: «Un tel projet d’avion qui vole jour et nuit sans carburant est fascinant. De plus, Bertrand Piccard, psychiatre, et André Borschberg, ingénieur, forment une équipe inédite.» Invités au consulat général de Suisse à New York, les deux aventuriers détaillent la suite de leur périple. Le Temps: Pourquoi vouloir poursuivre votre projet aux Etats-Unis? Bertrand Piccard: Les Etats-Unis sont le berceau de l’aviation. Ce sont les Américains qui ont traversé l’Atlantique en avion pour la première fois. Ce sont eux qui ont dépassé le mur du son les premiers. Ce sont encore eux qui ont été sur la Lune. Pour un projet tel que Solar Impulse, il était logique de venir ici pour montrer ce qu’on est capable de faire en termes d’innovation. Jusqu’ici notre projet était suisse et européen. Nous souhaitons qu’il devienne global. Cela passe inévitablement par les Etats-Unis. – Dimanche dernier, vous avez été l’objet d’un reportage dans l’émission phare de CBS «60 Minutes» aux heures de grande écoute. Cela doit aider, non? – Ce sont les producteurs de l’émission qui nous ont contactés. Ils étaient très intéressés par le projet. L’impact de l’émission est inouï. En deux jours, nous avons déjà eu énormément de réactions. Près de 40 millions de téléspectateurs et 20 millions de foyers ont regardé le reportage. Cela facilite forcément la promotion de notre projet. – Vous compter voler aux Etats-Unis durant l’été 2013… – Oui, nous comptons faire quatre à cinq vols de 20 heures de San Francisco à New York en passant par Washington, avec des haltes où nous présenterons Solar Impulse aux enfants et dans des universités. Le plan de vol n’est pas encore totalement défini. L’avion HB-SIA sera démonté et acheminé à San Francisco avant d’être remonté. – Vous n’utiliserez donc pas le HB-SIB, le deuxième avion que vous êtes en train de construire? – Non, cet avion servira non pas à survoler les Etats-Unis, mais à faire le tour du monde en une vingtaine d’étapes en 2015. – Qui rencontrez-vous durant votre séjour américain? – Des responsables de l’aviation civile américaine (FAA), des aéroports où nous pourrions atterrir, de l’US Air Force et des milieux de l’aéronautique. L’Etat de New York est aussi intéressé par l’innovation technologique que symbolise Solar Impulse. Jeudi, nous rencontrons le conseiller du président américain Barack Obama pour les questions d’innovations technologiques. – L’accueil des Américains est-il différent qu’ailleurs? – Ils voient les solutions avant de voir les problèmes. Les Etats-Unis sont un pays très tourné vers l’innovation. Quand on parle à nos interlocuteurs, une étincelle brille dans leurs yeux. – La Suisse vous aide-t-elle à mener votre projet américain? – Oui, l’attaché à la défense de l’ambassade de Suisse à Washington Peter Egger nous aide beaucoup. En août dernier, la conférence des ambassadeurs est venue voir le projet Solar Impulse à Payerne. Cela a créé un mouvement et un enthousiasme au sein du corps diplomatique suisse qui nous aide à développer le projet à l’étranger. – Les Etats-Unis et la famille Piccard, c’est l’histoire d’une relation qui dure… – Oui, mon grand-père Auguste avait envoyé un ballon dans la stratosphère depuis les Etats-Unis (Minneapolis). Le bathyscaphe qu’il avait conçu en Italie fut vendu à la marine américaine et plongea à 11 000 mètres dans la fosse des Mariannes. Au fond de la mer, mon père Jacques et un Américain agitèrent un drapeau suisse et américain. Mon père a lui-même travaillé avec la société américaine Grumman, développé avec la marine américaine et la NASA un sous-marin pour explorer le Gulf Stream.