9h30

A peine posé, l’avion solaire a été pris en charge et stabilisé par l’équipe technique. Le pilote et co-fondateur du projet André Borschberg , après avoir serré quelques mains et s’être fait chaleureusement féliciter par son équipe, s’est rapidement éclipsé pour aller enlever sa combinaison prévue pour supporter des températures de -40°C; il en fait déjà plus d’une vingtaine sur la piste d’atterrissage de Payerne...

Auparavant, il a déclaré: «Ça fait plus de 40 ans que je pilote mais ce vol a été le plus incroyable de toute ma carrière! Observer le niveau d’énergie augmenter en plein vol grâce au soleil... et ensuite quel suspense ! Nous ne savions pas si nous allions réussir à rester en l’air toute la nuit. Et enfin, quel bonheur de voir le soleil se lever et imaginer l’énergie circuler à nouveau dans les panneaux solaires! J’ai volé plus de 26 heures sans aucun carburant ni émissions polluantes !», explique-t-il dans un communiqué.

9h

Précision suisse oblige, Solar Impulse s’est posé à 9h pile à l’aérodrome de Payerne, d’où il était parti quelque 26 heures plus tôt. Dans un ciel sans nuage, aidé par une légère brise, l’aéroplane s’est posé tout en douceur sur environ 200m. Quelques centaines de personnes s’étaient rassemblées au bord de la piste pour assister à ce moment historique. Dont beaucoup d’habitants de la région: «Payerne est le centre du monde aujourd’hui!», s’exclame ce Vaudois rempli de fierté.

«C’est un sacré grand truc, ajoute un autre, non moins orgueilleux, venu de Gossens (dans le Gros-de-Vaud) pour voir l’atterrissage. Ces Piccards, quelle famille! Des gens de la région, qui savent ce qu’ils veulent et vont jusqu’au bout!»

Juste avant que l’avion ne se pose, ce pilote d’ULM, jumelles aux yeux, est enchanté: «C’est magnifique… historique… que c’est beau! On peut même compter les tours d’hélice… on dirait des champs d’éolienne volants!»

6h

«On l’a fait! C’est fantastique!» A 6h jeudi matin, devant la presse, Bertrand Piccard, initiateur du projet Solar Impulse retenait mal son émotion. Quelques minutes plus tôt, vers 5h43, un tonnerre d’applaudissements résonnait dans le hangar de l’aérodrome de Payerne: le Soleil venait de se lever sur la Broye, indiquant que l’avion solaire que l’équipe développe depuis 7 ans avait effectivement passé la nuit entière en l’air, réalisant un cycle complet jour-nuit. «Hier soir [mercredi], nous vous laissions avec un point d’interrogation. Ce matin, nous vous retrouvons avec un point d’exclamation!», soulignait encore l’aérostier.

Aux commandes de l’avion solaire, André Borschberg, CEO et co-fondateur du projet, déclarait, sourire aux lèvres que tout allait bien. «La marge que nous avons est beaucoup plus grande qu’imaginée, explique Bertrand Piccard. Il reste à ce stade environ pour 3 heures d’énergie dans les batteries. L’avion a donc tenu toutes ses promesses, voire plus.»

Pour l’aérostier et psychiatre vaudois, ce succès est aussi une preuve de ce qu’on peut faire avec les énergies renouvelables. «Jusqu’à aujourd’hui, après avoir discuté et convaincu sponsors et politiciens, nous n’avions pas de crédibilité. Si l’on avait failli aujourd’hui, nous aurions livré exactement le message inverse que nous voulions donner quant à la fiabilité des énergies renouvelables. Cette démonstration, avec Solar Impulse, est donc très importante parce qu’elle concerne nos convictions les plus profondes pour le futur!»

Alors que la Broye s’éveille, les ingénieurs de l’équipe se sont d’ores et déjà fixé un prochain objectif, qui semble facile à atteindre d’ici deux petites heures: le moment où le Soleil sera assez fort pour que les batteries puissent commencer à être rechargées. André Borschberg va alors enclencher le système de charge de l’avion. «Ce qui permettrait théoriquement de recommencer pour un nouveau jour et une nouvelle nuit, voire plus, se réjouit Bertrand Piccard. Plus rien n’empêcherait alors d’effectuer un vol perpétuel.»

Mais André Borschberg ne va pas aller si loin. «Même s’il se plaît en l’air, nous l’aurons bientôt avec nous», s’est félicité Bertrand Piccard. Le retour sur le tarmac est prévu autour dès 8h30. A moins que le pilote ne décide de profiter encore quelques minutes de son vol historique.

4h

Solar Impulse est en passe de réaliser son premier vol de nuit! L’avion solaire, parti de Payerne mercredi à 06h51, devrait atterrir jeudi matin vers 8h30, selon les dernières indications tombées durant la nuit. «Nous n’avons jamais été aussi proches du succès», s’est enthousiasmé Bertrand Piccard lors d’un point de presse mercredi à minuit.

Après plus de 21 heures de vols, l’aéroplane piloté par André Borschberg, co-fondateur du projet, disposait encore d’assez d’énergie pour rester 6 heures dans les airs. Cette expérience montre qu’un vol perpétuel à l’énergie solaire est possible, a ajouté Bertrand Piccard.

Peu avant minuit, le prototype HB-SIA est redescendu à 1500 mètres et devait conserver cette altitude de vol horizontal durant une bonne partie de la nuit en profitant des vents porteurs du nord-ouest. Les batteries de l’avion chargées durant la journée étaient encore quasi pleines à cette heure-là, maintenant intactes les chances de réaliser l’exploit, selon l’ATS.

A bord, le pilote André Borschberg se sent bien, selon l’équipe au sol. Seule surprise: il a été privé d’eau durant dix heures, son ravitaillement ayant gelé lorsque l’avion se trouvait à 8700 mètres d’altitude par -20°C.

21h30

Feu vert pour aller au bout de la nuit! Mercredi soir, sur le coup de 21h30, Bertrand Piccard a indiqué que l’avion Solar Impulse avait toutes les cartes en main pour tenter de passer la nuit dans le ciel broyard. Ce qui constituerait une première mondiale pour un avion propulsé à l’énergie solaire! «La décision a été prise: nous allons tenter de voler toute la nuit!», a déclaré l’aérostier devant la presse: «Maintenant, c’est la vraie aventure qui commence! André Borschberg, le pilote, va rester en l’air aussi longtemps que possible. Il n’est plus question de le faire rentrer ce soir. Il se sent très bien. Et de toute manière, qu’il soit affamé, assoiffé, ou que sais-je, il ira bien. Mais il est clair que maintenant commence la phase de solitude pour lui, la plus difficile».

Sans autopilote, André Borschberg n’a pas le droit de dormir. S’il s’assoupit, des manchons vibreurs installés sur ses bras sont censés le réveiller. «Mais il aura alors certainement perdu un peu d’altitude», explique Bertrand Piccard. Par contre, impossible d’interviewer le pilote en direct à ce stade, car le fait qu’il s’exprime longuement lui fait consommer beaucoup d’oxygène.

Situé à 5500 mètres d’altitude, l’avion vol en gros à 33 nœuds (environ 50 km/h), ce qui correspond à la vitesse optimale en terme de consommation d’énergie. Il perdra progressivement de l’altitude pour rejoindre l’altitude de 1500 mètres, à laquelle il tentera de voler horizontalement jusqu’à jeudi matin. Reste la question de l’heure «perdue» à cause des vents qui ont forcé le pilote à réorienter plus vite que prévu l’avion (lire ci-dessous), et qui n’a peut-être pas permis de rechercher complètement les batteries avec l’énergie solaire. «S’il nous manque un peu d’énergie demain matin, ce sera à cause de cela. Le suspens est immense», conclut Bertrand Piccard, en assurant qu’il ne va pas fermer l’œil de la nuit.

19h

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. L’équipe de Solar Impulse avait indiqué qu’elle déciderait vers 18h si elle allait maintenir l’avion en l’air pour lui faire passer la nuit, ce qui constituerait une première pour un avion propulsé uniquement à l’énergie solaire. Mais les choses se passent si bien que la décision finale a été repoussée à 21h, a indiqué au Temps Bertrand Piccard.

«Dès 19h30, le soleil ne sert plus à grand-chose pour recharger les batteries», explique le «savanturier». Vers 19h, l’avion se trouvait à l’altitude maximale de 8700 mètres, avec les batteries complètement chargées. «L’idée est ensuite de le faire descendre aussi faiblement que possible, avec donc ce qu’on qualifie de «meilleur» taux de chute». Pour ce faire, les hélices ne seront pas complètement immobiles, car elles créeraient une résistance fixe à l’air, et feraient plonger l’aéroplane. Elles ne seront pas libres non plus, car en fendant l’atmosphère, elles se mettraient à tourner et entraîneraient les moteurs, ce qui n’est pas souhaité. «Nous leur appliquerons dès lors une toute petite puissance, d’environ 150 Watts par moteurs»; il y en a quatre. «L’objectif est vraiment d’arriver le plus tardivement possible à l’altitude de 1500 mètres, entre 23h et minuit.»

Avant cela, l’objectif est tout de même d’orienter l’avion de telle manière que les derniers rais du soleil puissent encore venir lécher les cellules photovoltaïques de l’engin. Pour ce faire, celui-ci doit prendre un cap particulier. Or, problème: dans cette direction imposée, le vent souffle. Si bien que le Solar Impulse parcourt la distance trois fois plus vite que prévu. Les ingénieurs avaient pensé le faire voler 90 minutes avec cette orientation; ils ne peuvent compter désormais que sur 30 minutes… «Si demain matin il nous manque une heure de charge, ce sera peut-être celle-là», a dit Bertrand Piccard à la presse, en disant craindre, en plus, «la présence de vents descendants en altitude, qui en feraient perdre beaucoup à l’avion. C’est LA grosse question de la soirée.»

L’aérostier redoute-t-il un nouveau report de la tentative de passer la nuit en l’air avec le Solar Impulse? Au risque de décevoir les représentants des sponsors de l’aventure, qui s’étaient déjà déplacés en masse la semaine dernière aux aurores; l’avion était alors resté cloué au sol à cause de la défaillance d’un élément technique. «A aucun moment nous ne sentons la pression des sponsors, assure Bertrand Piccard, en mangeant son repas aux abords de la tente VIP, sur la terrasse de goudron construite au bord de la piste de l’aérodrome de Payerne. Nous leur avons toujours dit que ce projet expérimental pouvait prendre du retard. Qu’on ne faisait rien d’autre que d’essayer quelque chose qui n’avait jamais été tenté avant. Et qu’on ferait le mieux possible, sans garantie. Et tous nous ont répondu que c’est justement pour cela qu’ils nous soutenaient. Et que s’ils avaient recherché la sécurité, ils se seraient dirigés vers le football ou la Formule 1»

A propos de sponsors, où en est la quête du fameux quatrième sponsor principal, qui devrait permettre de construire l’avion avec lequel l’équipe tentera le tour du monde par étape dès 2013? «Beaucoup de gens attendent de voir si le vol de nuit est un succès ou non. Mais nous sommes en contacts sérieux avec trois entreprises pour les trois premiers niveaux de partenariat. Pour le niveau de sponsor principal, elles sont actives dans les domaines de l’industrie et de l’électronique.» Et Solar Impulse ne chercherait-il pas un partenaire dans le domaine, justement, des énergies? «Nous le souhaitions au départ, mais visiblement, ce ne sera pas le cas. Car nous nous sommes aperçus que si toutes ces sociétés communiquent effectivement dans le domaine des énergies renouvelables, dans le concret, ce n’est qu’un alibi…»

■ 16h «Tout se déroule toujours exactement comme on le prévoyait». C’est avec un immense sourire que Bertrand Piccard est venu livrer les dernières informations à la presse, sur le coup de 16h, sur l’avion Solar Impulse, en l’air depuis ce matin à 6h51. «André a toujours très chaud dans sa combinaison, mais il va bien.» Il se trouve désormais à 8000 mètres, donc non loin de l’objectif qui était d’atteindre une altitude maximale de 8500 m en fin d’après-midi. Surtout, les batteries sont désormais complètement pleines. Plus tôt dans la journée, les ingénieurs avaient pris la décision d’interrompre leur mise en charge à travers les 12000 cellules photovoltaïques situées sur l’aile. «Elles auraient été totalement remplies trop tôt. Et nous ne voulions en effet pas qu’elles se trouvent inactives à haute altitude, où il fait froid», explique le psychiatre et aventurier vaudois.

Selon lui, il est clair que «le défi concernant la journée est complètement atteint. Reste le challenge pour la nuit…» Outre la charge des batteries, qui doit donc être optimale, quels critères pourraient compromettre ce vol nocturne, et imposer à Solar Impulse de se poser avant la nuit?

– Les orages d’abord, qui contraindraient le pilote à fortement changer son plan de vol. Et qui – pire – pourraient cacher le Soleil et empêcher une bonne charge des batteries.

– Le niveau d’oxygène ensuite: à haute altitude, André Borschberg utilise pour respirer convenablement un masque relié à une bonbonne du gaz vital. Or la quantité a été réduite au strict minimum, pour des questions de poids. «Si André en consomme trop, nous serions contraints de le faire rejoindre plus tôt que prévu une altitude plus basse, ce qui mettrait en péril la mission», explique Bertrand Piccard. Avant de préciser: «La situation est pour l’instant satisfaisante, au pire un tout petit peu critique.»

– Les conditions de vent devront aussi être étudiées de manière très précise: «Il se peut que des courants descendants fassent perdre trop vite de l’altitude à l’avion, qui devrait alors compenser en puisant dans ses réserves d’énergie». De très nombreuses simulations ont été réalisées pour tenir compte au mieux de ce paramètre, mais rien n’équivaut à une situation réelle. Et bien sûr, la situation inverse peut aussi se produire, avec des vents ascendants portant l’oiseau technologique.

– Enfin, le président du projet souligne que «la longévité des composants constitue une inconnue». Ceux-ci n’ont-ils pas été testés et retestés? «Oui, mais tout est à la limite… Il ne faut pas croire que nous avons beaucoup de marge», répond Bertrand Piccard, avant d’indiquer que pour l’heure, clairement, tous les voyants sont au vert. La décision finale doit toujours être prise vers 18h. «Mais je suis très optimiste».

Et si, tout de même, quelque chose se passe mal, et que l’avion doit se poser, peut-il le faire de nuit? Dans quelles conditions?

«En cas de panne des moteurs, ou de manque d’énergie, le prototype peut tout à fait planer sur de longues distances. Et pour se poser de nuit, il a besoin de la piste d’un gros aéroport, qui ne doit pas forcément être longue, mais large. Comme ici à Payerne. Nous nous sommes entraînés aux procédures d’urgence nécessaires, notamment pour éclairer la piste de manière optimale.»

A l’entendre, on se demande à quel point l’aérostier ne souhaiterait pas être en l’air à la place de son compère André Borschberg. «Auparavant, je pensais que je pouvais être à la fois l’un des pilotes et le leader de ce projet. Mais je me suis aperçu que c’était trop difficile», répond-il. Avant d’expliquer qu’il se focalisait désormais avant tout sur la promotion du projet et de son message (la valorisation d’un mode de vie énergétique plus durable) et ne souhaitait pas, pour l’instant, consacrer son temps à sa formation de pilote. «Nous avons un pilote chevronné, c’est André Borschberg». Et de résumer: «Mon rêve d’enfant était de piloter un avion. Mon rêve d’adulte est de promouvoir les énergies renouvelables. J’ai décidé, pour l’instant de concrétiser le deuxième. J’aurai du temps l’an prochain pour partager [avec André] les missions de vol.»

13h00

A la mi-journée, après environ six heures de vol, l’avion Solar Impulse se comportait à merveille, selon le pilote André Borschberg, cofondateur du projet avec Bertrand Piccard. L’aéroplane a décollé le matin vers 6h51 de l’aérodrome de Payerne, pour un vol qui doit durer au moins 24 heures, et donc s’achever demain matin, après une nuit qui risque d’être remplie d’incertitudes.

L’équipe au sol a indiqué en fin de matinée qu’elle prendrait une décision définitive vers 18h quant à l’objectif de faire rester l’avion de 1600 kg en l’air durant la nuit. Décision qui dépendra en partie de l’état de charge des batteries en cette fin de journée, où les rayons du Soleil ne seront plus assez forts pour les recharger. Si le feu vert est donné, le Solar Impulse rejoindra alors une altitude de croisière de1500 mètres environ, qu’il gardera pendant toute la nuit. En espérant avoir emmagasiné assez d’énergie pour tenir jusqu’au matin… Si par contre les directeurs de vol prennent l’option d’interrompre cette tentative nocturne, l’aéroplane se posera à Payerne vers 22h.

A propos des batteries, les ingénieurs ont décidé d’interrompre temporairement leur charge, qui a lieu par le truchement des 12’000 cellules solaires installées sur l’aile de 63 mètres d’envergure. La raison? «Nous souhaitons voir comment elles se rechargent aussi à l’altitude de 8500 mètres», explique Peter Frei, l’ingénieur-chef. Vers 12h30, André Borschberg, en communication directe sur le site internet de l’équipe, indiquait voler à 4000 mètres environ, «au-dessus des trois lacs qui ont une couleur turquoise magnifique, et où la vue est magnifique».

La température extérieure oscille autour du 0°C, ce qui fait paradoxalement suer le pilote dans sa combinaison. «Celle-ci a en effet été pensée pour résister à des températures allant jusqu’à -40°C, comme on en trouve à l’altitude de 8500 m que nous souhaitons atteindre», explique André Borschberg.

Installé depuis près de 6 heures dans son étroit cockpit non pressurisé et non chauffé, parachute dans le dos, le pilote garde le sourire. Et indique se nourrir de «finger-food» («mais pas la même que celle que l’on trouve dans les cocktails…»: il dispose de sandwichs, de barres énergétiques, et de riz au lait) et boire beaucoup, grâce à un petit tube relié à un réservoir placé derrière le siège. Et pour se débarrasser de tout ce liquide, il recourt à bouteille en plastique, a-t-il expliqué ce matin à l’ATS. «Pour le reste, il devra atteindre demain», a ajouté son compère Bertrand Piccard.

■ 8h00

C’est parti pour le grand défi! L’avion Solar Impulse a décollé ce mercredi matin à 6h51 de l’aérodrome de Payerne, avec aux commandes André Borschberg, CEO et cofondateur du projet avec Bertrand Piccard. «Toute l’équipe travaille dur depuis 7 ans pour accomplir cette première étape du projet», a déclaré le pilote quelques minutes avant le décollage. L’aéroplane de 1600 kg qui fonctionne uniquement à l’énergie solaire doit désormais atteindre son altitude de croisière de 8500 mètres dans la journée, afin de charger ses batteries au moyen des 12000 cellules solaires installées sur son immense aile de 63 mètres d’envergure.

L’objectif de ce vol est en effet de tenter de passer la nuit en exploitant aussi efficacement que possible l’énergie solaire accumulée durant la journée. Tout dépend évidemment des conditions météo, qui sont pour l’heure très favorables. Les moments critiques auront lieu en début de soirée, alors que les rayons du soleil commenceront à baisser et n’alimenteront plus que très faiblement les cellules photovoltaïques. Si tout se déroule comme prévu, l’avion devrait alors voler horizontalement vers 1500 mètres durant la nuit, et se poser jeudi matin. Il deviendra alors le premier aéronef au monde, propulsé par énergie solaire, à pouvoir théoriquement rendre possible le vol perpétuel. Lors de la prochaine étape, encore cet été si tout se déroule bien, l’équipe tentera d’ailleurs un cycle jour-nuit-jour complet. «Car si on arrive à faire ce genre de cycle, on peut en faire autant qu’on veut», déclarait récemment au Temps Bertrand Piccard. La limitation deviendrait alors… le pilote.

Une heure après le décollage, André Borschberg, par communication radio sur le site internet de Solar Impulse, s’est déclaré «très excité. Nous avons eu un excellent décollage. Tout est calme, tout va très bien». Les problèmes qu’a connus l’avion la semaine dernière, lors de ce qui devait être la première tentative, ont donc été rapidement réglés: un petit appareil de télémétrie censé transmettre les centaines de données recueillies par divers capteurs placés sur l’avion était tombé en panne, empêchant tout décollage.

De son côté, Bertrand Piccard a déclaré qu’il s’agissait «d’un moment incroyable. Surtout parce que nous avons beaucoup d’attentes pour le futur. Ce vol est déterminant pour la crédibilité du projet. On doit montrer que l’avion fonctionne. Si cela n’est pas le cas, on devra faire un autre essai…»

Après les vols de nuit de cet été, la construction d’un deuxième avion, plus performant, pourra commencer. A priori en début d’année prochaine. Le nouveau prototype aura un auto-pilote qui doit permettre aux pilotes de faire des siestes d’une heure. Un répit appréciable, puisque le tour du monde, agendé pour l’heure en 2013, prévoit des étapes de cinq jours et cinq nuits.