Chrigu

documentaire de Jan Gassmann et Christian Ziörjen

Chrigu, c'est le surnom de Christian Ziörjen. Un beau jeune homme élevé dans une ferme jurassienne. Il aime filmer et ne voyage jamais sans sa caméra. Et puis un jour, à 24 ans, on lui diagnostique une tumeur dans la nuque. Avec son ami Jan Gassmann, il décide alors de faire un film sur lui-même, ou plutôt un documentaire sur sa lutte contre la maladie, sur la vie plus que sur la mort. La caméra est à l'épaule, ou plutôt au poing, elle est approximative, jeune, amatrice. Elle use de gros plans, se moque de la lumière, des expositions. Jan Gassmann, réalisateur improvisé, met du temps à trouver ses marques dans ce magnifique témoignage d'amitié qui échappe par bonheur au voyeurisme. Peut-être plus destiné à une diffusion télévisée, "Chrigu" est une émouvante ode à la vie. Christian se sait condamné, il lutte, se fâche avec sa mère, reproche le manque d'émotion à un de ses amis, se filme en pleine réflexion sur une société ultra-consumériste, rit de sa main déformée par la cortisone, avoue vouloir se suicider en cas de rechute, mais ne le fait pas lorsque la tumeur repart de plus belle. Ce n'est pas à la déchéance d'un jeune homme que l'on assiste, mais au regard qu'il porte sur la vie. Une vie courte, brutale mais qu'il faut savoir savourer avant qu'il ne soit trop tard.

http://www.chrigufilm.com/

http://www.looknow.ch/index.asp?loadpage=1&target=/lknconta.asp

High School Musical 3: nos années lycée (High School Musical 3: Senior Year)

de Kenny Ortega

avec Zac Efron, Vanessa Hudgens, Ashley Tisdale, Lucas Grabeel, Corbin Bleu, Monique Coleman, Bart Johnson, Olesya Rulin, Chris Warren Jr.

Walt Disney Pictures se frotte les mains. La saga "High School Musical" de Kenny Ortega (réalisateur-chorégraphe) et Peter Barsocchini (scénariste) est devenue un véritable phénomène chez les jeunes adolescents entre 8 et 12 ans. La raison principale de ce succès: le jeune Zac Efron, acteur vedette de 21 ans qui fait se pâmer un public presque exclusivement féminin. Devant le succès des deux premiers volets réalisés pour la télévision ("High School Musical" 1 et 2), Disney Channel a décidé de sortir le troisième au cinéma. Cette fois, les adolescents sont au lycée et profitent d'une dernière année avant de rentrer à l'université. Troy (Zac Efron) et Gabriella (Vanessa Anne Hudgens), avec l'aide des Wildcats, vont mettre en scène une comédie musicale évoquant leurs expériences, leurs espoirs comme leurs craintes. Au programme: musique, innocence et divertissement comme Disney en a le secret. La bande originale complète le succès, avec la vente de CD et DVD qui se compte en millions d'exemplaires. Au-delà du film générationnel (comme "Dirty Dancing" ou "Fame" en leur temps), "High School Musical 3: nos années lycée", est même d'ores et déjà devenu un produit qui se décline sous une multitude de formes: roman, spectacles live, show dans les parcs à thèmes Disney, tournée de 42 concerts, etc... Bref, il y a 20 ans, les jeunes filles rêvaient de Johnny Depp dans "21, Jump Street", aujourd'hui, c'est Zac Efron qui prend la relève. Pour les adultes en quête d'une quelconque originalité par contre, ce concentré de clichés américains semble des plus dispensables.

http://www.disney.fr/FilmsDisney/high-school-musical-3/

Import Export

d'Ulrich Seidl

avec Ekateryna Rak, Paul Hofmann, Michael Thomas, Maria Hofstätter, Georg Friedrich, Natalja Baranova, Natalja Epureanu, Erich Finsches, Susanne Lothar, Petra Morzé.

Entre l'Est et l'Ouest, deux jeunes gens évoluent dans des directions opposées. Infirmière sous-payée et mère célibataire en Ukraine, Olga part à la recherche du bonheur à Vienne où elle devient femme de ménage dans un service gériatrique. Paul, quant à lui, commence comme agent de sécurité à Vienne pour finir au chômage et prendre la route de la Slovaquie et de l'Ukraine avec son beau-père qui y place de vieux distributeurs à sucreries et autres machines à sous... Arrivé tardif de Cannes 2007, ce film de l'Autrichien Ulrich Seidl ("Hundstage / Dog Days", Prix spécial du jury à Venise en 2001) est conçu pour susciter la controverse. Vous trouvez «Gomorra» terrifiant? «Funny Games» insoutenable? "Ken Park" pornographique? Préparez-vous à pire. Et à réfléchir. Car quoi qu'on en pense, les films de ce documentariste passé à la fiction comptent parmi ceux qui interpellent le plus actuellement. Filmé sans effets, «Import Export» se veut frontal et parfaitement réaliste, montrant tout ce nous préférons d'ordinaire ne pas voir. Soit des rapports humains entièrement conditionnés par l'argent, des paysages de banlieues dévastés pas le "progrès" et la "croissance", un vaste cimetière de l'amour, de la solidarité et de la morale. C'est indéniablement puissant, très révélateur de l'actuel fossé Est-Ouest, sans céder au simplisme (tant Olga que Paul résistent à leur manière). On en regrette d'autant plus le penchant du cinéaste pour l'abjection et l'humiliation, qui lui fait plusieurs fois franchir la ligne interdite, comme lorsqu'il utilise/exploite à son tour des prostituées ou de vieux grabataires. Etait-ce bien nécessaire? Moraliste, Seidl l'est à la manière d'un sadique qui vous plongerait la tête dans l'assiette pour mieux voir ce que vous mangez. On est libre de refuser de telles tactiques, tout en lui reconnaissant un talent et une importance certains.

http://importexport.ulrichseidl.com/en/

http://www.xenixfilm.ch/de/film_info.php?ID=695

http://www.importexportmovie.co.uk/

Mesrine - L'instinct de mort

de Jean-François Richet

avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu, Gilles Lellouche, Roy Dupuis, Elena Anaya, Michel duchaussoy, Myriam Boyer, Florence Thomassin, Ludivine Sagnier.

La première chose que l'on apprend avec "Mesrine: L'Instinct de mort", c'est que l'on ne prononce pas le "S" de Mesrine. Déformation de la police et des médias de l'époque. La seconde, c'est que Jacques Mesrine n'était pas le Robin des bois décrit par certaines personnes en quête, certainement, de romantisme. Mesrine était un criminel, un vrai de vrai, un braqueur de banque, un kidnappeur. Bref, Mesrine n'était pas un gentil. Mais il était charismatique, il a réussi des évasions extraordinaires, des casses incroyables. Il se moquait de la police, sabrait le champagne devant les commissaires venus pour l'arrêté, etc. Il a même fait la Une de Paris Match, masque à gaz sur le nez et mitraillette à la main. L'imaginaire collectif a fait le reste et Jacques Mesrine (né le 28 décembre 1936 à Clichy-La-Garenne et abattu par la police le 2 novembre 1979 à Paris) est devenu la figure emblématique du grand banditisme français. Le premier volet du "biopic" de Jean-François Richet ("Etats des lieux", "Ma 6-T va crack-er", "De l'amour" et le récent remake d'"Assault on Precinct 13" de John Carpenter) couvre les années 1950 - 1960. On y découvre un jeune homme qui se cherche et qui se trouve, en voyou. De son premier mort durant la guerre d'Algérie à son exil meurtrier au Canada, Vincent Cassel incarne avec force et charisme ce personnage d'une violence inouïe. Ce premier volet est noir, aussi sombre que la personnalité de Mesrine lui-même. Si les premières scènes laissent à présager du pire, le film prend très vite son envol notamment grâce au grain de folie insufflé par Cassel et une mise en scène très "sixties" et résolument efficace. "Y'a pas de héros dans la criminalité. Y'a que des hommes qui sont marginaux» écrivait Mesrine. Une pensée scrupuleusement respectée par Richet.

http://www.mesrine-lefilm.com/

Premières neiges (Snijeg/Snow)

d'Aida Begic

avec Zana Marjanovic, Jasna Ornela Berry, Jelena Kordic, Sadzida Setic, Vesna Masic, Muhamed Hadzovic, Jasmin Geljo, Dejan Spasic, Emir Hadzihafizbegovic, Irena Malamuhi.

Slavno, 1997, un petit village de Bosnie-Herzégovine peu après la fin de la guerre. Les femmes, les enfants et les anciens ont survécu, mais restent hantés par le souvenir des hommes disparus, dont les corps n'ont toujours pas été retrouvés. Menées par la jeune Alma, les femmes tentent d'échapper à la misère en fabriquant des confitures. Un jour, un camionneur leur propose d'emmener leur marchandise en Allemagne. Peu après, deux hommes d'affaires débarquent, qui proposent de racheter tout le village. Mais lorsqu'arrive la première tempête de l'automne, piègeant les visiteurs, sonne l'heure vérité... Prix de la Semaine de la critique à Cannes cette année, ce premier film d'une jeune cinéaste bosniaque a aussi obtenu toutes les aides internationales qui comptent. C'est dire si "Premières neiges" est un film valable, même inattaquable. A défaut d'être vraiment passionnant. Se déroulant sur une semaine et chapitré par jour, il chronique de manière réaliste la survie de ce groupe de femmes bientôt confrontées à un choix crucial. On apprécie le refus de la cinéaste de les magnifier à tout prix, préférant au contraire observer les caractères en présence et les tensions qui en découlent. Par contre, lorsque la fable vire clairement vers une sorte de "réalisme magique", la main de la cinéaste se fait plus lourde. Même si l'on adhère à son propos, pour la préservation d'une âme des lieux (musulmane, traditionnelle) et contre les profiteurs de toutes sortes (Serbes, capitalistes), la fable paraît soudain bien transparente. Il n'empêche qu'après "No Man's Land" (Danis Tanovic, 2001), "Gori Vatra" (Pjer Zalica, 2003) et "Grbavica" (Jasmila Zbanic, 2006), le cinéma bosniaque s'enrichit ici d'une nouvelle tonalité, plus poétique et apaisée.

http://www.trigon-film.ch/fr/movies/snow

Un petit coin de paradis

documentaire de Jacqueline Veuve

Etonnante et ravigorante Jacqueline Veuve! Après avoir filmé son marché adoré ("Jour de marché"), s'être regardé le coeur ("La Nébuleuse du coeur") et être montée au créneau pour "La petite dame du Capitole", la voilà qui revient de trois ans dans "Un petit coin de paradis". Trois ans de tournage dans le village abandonné d'Ossona, dans le Val d'Hérens. Elle a eu l'idée d'en filmer la réfection par des jeunes de 14 à 16 ans, adolescents de Suisse, d'Haïti ou du Maroc qui ont connu des enfances difficiles. Belle idée de documentaire, d'autant que ces apprentis maçons, jardiniers et menuisiers sont épaulés par les derniers vieux habitants du village, qui ont passé leur enfance en autarcie entre ces raccards. On entre donc dans la salle persuadés de découvrir, un documentaire, au choix, sur le choc des générations, sur l'amour de la nature, sur l'écotourisme, sur l'abandon des villages, sur le passé enfoui, etc. Sauf qu'il ne s'agit ni d'un film de Fernand Melgar ni de Michael Moore, mais bien de Jacqueline Veuve, ce qui induit un refus à peu près total d'une quelconque focalisation. Parce que la cinéaste septuagénaire aime papillonner: ses films, surtout ces dernières années, passent d'un sujet à l'autre, d'une couleur ou d'un rythme à l'autre sans aucune forme de complexe. Certains en arriveront à soupçonner une forme de nonchalance. Mais il y a tout lieu de croire, d'abord parce que Jacqueline Veuve commence toujours par une longue phase de recherche et de documentation, que c'est exactement l'inverse: qu'y a-t-il de plus difficile, au cinéma, que de donner le sentiment de la spontanéité, d'amener le spectateur dans un lieu comme si c'était la première fois, de lui donner l'illusion de vivre ce qu'il voit comme s'il s'agissait d'une retransmission en direct?

http://jmhsa.ch/distributions/fr/film_133.html

http://www.jacquelineveuve.ch/dsp_1f.php?lg=fr&fid=63