Coluche - l'histoire d'un mec

d'Antoine de Caunes

avec François-Xavier Demaison, Olivier Gourmet, Léa Drucker, Laurent Bateau, Jean-Pierre Martins, Alexandre Astier, Denis Podalydès, Serge Riaboukine, Valérie Crouzet, Bernie Bonvoisin.

En septembre 1980, Coluche est un comique au faîte de sa popularité. Il remplit tous les soirs une salle parisienne avec des sketches iconoclastes qui brocardent souvent le monde politique et l'immobilisme de la France de l'époque, et sa maison est devenue le joyeux repaire d'une large bande d'amis. Un jour, pour rigoler, il décide de se présenter aux prochaines élections présidentielles, sans se douter que sa candidature va attirer de nombreux déçus de la politique, jusqu'à inquiéter sérieusement la droite comme la gauche. Pris au jeu et bien décidé à ne pas renoncer malgré les intimidations, Coluche s'aliène de nombreux proches... Loin de la catastrophe qu'on pouvait craindre, le «Coluche» d'Antoine de Caunes est un film politique autant que biographique. Plutôt que de survoler la vie, même courte, de Michel Colucci (1944-1986), il se concentre en effet sur sa candidature à la présidentielle de 1981, restée dans toutes les mémoires malgré l'élection de François Mitterrand aux dépends de Valéry Giscard d'Estaing. Un coup qui a failli mal tourner, dont les zones d'ombres ne manquent pas et qui a certainement constitué le tournant dans la vie de Coluche. Le choix paraît judicieux, la thèse crédible. Par contre, ce «retour de réel» passablement amer risque de décevoir tous ceux qui attendaient un film plus drôle. Quant à la mise en scène, strictement quelconque, elle ne tarde pas à révéler les limites de l'entreprise. De même qu'Antoine de Caunes n'est pas Milos Forman, son «Coluche» ne saurait rivaliser avec «Man on the Moon» (1999), chef-d'œuvre qui, à partir de la vie du comique américain Andy Kaufman, un contemporain très proche, sondait de vertigineux paradoxes. Malgré tout, on s'avouera surpris en bien, en particulier de la performance de François-Xavier Demaison, qui porte tout le film.

http://www.marsfilms.com/film/coluche

Le Crime est notre affaire

de Pascal Thomas

avec Catherine Frot, André Dussollier, Claude Rich, Chiara Mastroianni, Hippolyte Girardot, Annie Cordy, Melvil Poupaud, Christian Vadim, Alexandre Lafaurie, Yves Afonso, Laura Benson.

Alors que le couple Beresford coule des jours paisibles dans son manoir du lac du Bourget, Prudence commence à s'ennuyer auprès de son retraité de mari. Quand sa tante Babette débarque en lui racontant avoir été témoin du meurtre d'une femme par la fenêtre du train, elle se sent revivre. Ancien officier des services secrets, Belisaire est sceptique, d'autant plus qu'aucun cadavre ne semble avoir été retrouvé. Mais il en faut plus pour décourager Prudence, qui décide de mener sa propre enquête. Une piste la conduit vers un château valaisan habité par la famille Charpentier, composée d'un vieil avare et de ses quatre enfants. Prudence s'y fait engager comme cuisinière, tandis que Belisaire s'inquiète de la disparition de son épouse... Troisième volet d'un trio d'adaptations d'Agatha Christie par Pascal Thomas, «Le Crime est notre affaire» se situe exactement à mi-chemin entre «Mon petit doigt m'a dit...» (2005) et «L'Heure zéro» (2007). Il reprend en effet l'amusant couple Beresford du premier film, toujours incarné avec entrain par Catherine Frot et André Dussollier, mais pour le plonger dans un «whodunit» familial plus proche du deuxième film, dont on retrouve Chiara Mastroianni et Melvil Poupaud. Le tout donne un film au charme typiquement suranné, mais dont les clichés assumés et la touche de fantaisie font toujours plaisir à voir. Catherine Frot y est particulièrement en verve tandis que Claude Rich développe avec bonheur son personnage de vieillard irascible déjà interprété (hors champ) dans «Cœurs» d'Alain Resnais. Même si on souhaite à présent voir Pascal Thomas («Les Zozos», «La Dilettante») passer à autre chose, ce film de pur divertissement reste franchement agréable.

http://www.studiocanal-distribution.com/xml/flash.html?cfilm=51944

Hellboy II: les légions d'or maudites (Hellboy II: the Golden Army)

de Guillermo del Toro

avec Ron Perlman, Selma Blair, Doug Jones, James Dodd, Jeffrey Tambor, John Alexander, Brian Steele, Luke Goss, Anna Walton, John Hurt, Roy Dotrice.

Là où Tim Story, le réalisateur des «Quatre Fantastiques» se plante sur toute la longueur, Guillermo del Toro réussit à signer un second volet de «Hellboy» tout aussi bon, voire meilleur, que le premier. Son secret tient, à l'instar d'un Tim Burton ou d'un Jean-Pierre Jeunet, en un univers visuel et imaginaire particulier qui n'appartient qu'à lui-même. De ses autres réalisations, Guillermo del Toro garde d'ailleurs certains collaborateurs clés, dont le directeur de photographie Guillermo Navarro avec qui il a travaillé sur «Cronos», «L'Echine du diable», «Hellboy» et le «Le Labyrinthe de Pan», ainsi que le comédien-caméléon Doug Jones, qui interprétait le faune dans ce dernier fim. Ici, Jones incarne l'aquatique érudit Abe Sapien, éternel compagnon de Hellboy (Ron Perlman). Avec la petite amie de ce dernier, Liz (Selma Blair) et un mystérieux homme-scaphandre protoplasmique, ils vont devoir déjouer le machiavélique plan de l'ennemi juré de la Terre, l'infâme Prince Nuada (Luke Goss). Le réalisateur mexicain emmène son spectateur dans un univers merveilleux peuplé de monstres pâles et faunesques, entre réalité et mondes engloutis. Car s'il filme le monde des hommes de façon assez convenue, c'est bien dans ses univers parallèles qu'il excelle. Avec une belle musique composée par Danny Elfman (compositeur fétiche de Tim Burton), une bonne touche d'humour et un bon brin d'action, ce énième film puisant dans les mythologies de «comics» américains rivalise avec les meilleurs du genre.

http://www.hellboy-2.fr/

Home

d'Ursula Meier

avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adélaïde Leroux, Madeleine Budd, Kacey Mottet Klein.

On l'aura entendu venir, ne reste plus qu'à trouver l'envie de le voir. Tout sauf un film avec Isabelle Huppert et Olivier Gourmet de plus, «Home» d'Ursula Meier est avant tout un de ces films d'auteur qui font plaisir à voir, nettement plus que n'importe quel produit industriel. Un film profondément original mais tout de même parfaitement accessible, réalisé par une cinéaste qui croit encore en la force poétique du cinéma tout en faisant preuve d'un équilibre rare entre ses exigences plastique et narrative. Bref, un film de fiction suisse (encore que tout aussi français et belge) comme on n'en a plus vu depuis «Tout un hiver sans feu» de Greg Zglinski (2004).

Tout part d'une idée-dispositif assez simple. Au milieu d'une rase campagne traversée par une autoroute laissée à l'abandon, une famille vit tranquille dans sa maison isolée au bord du bitume. Le jour où le tronçon est ouvert à la circulation, le fragile équilibre entre ses cinq membres se trouve totalement remis en question. Alors que la mère exclut de partir, le bruit et la difficulté de traverser rend la vie infernale, suscitant des tentations de repli et de fuite également extrêmes...

Bref, cela pourrait s'appeler «La Maison et le monde» si ce n'était déjà le titre d'un beau film de Satyajit Ray. Apparemment évidente, mais guettée par l'irrationnel et la folie, la fable parvient à rester mystérieuse jusqu'au bout dans un parfait mélange de haute théorie et de forte incarnation - comme si on avait mélangé les styles de Michael Haneke et de Maurice Pialat. Autant dire que, comme dans «Des épaules solides», son téléfilm de 2003, Ursula Meier n'a pas cherché un ton particulièrement aimable. Le film auquel «Home» ressemble le plus dans sa forme de «malaise poétique» est peut-être le méconnu «The Cement Garden» d'Andrew Birkin, d'après Ian McEwan (1993), autre histoire de repli familial mortifère. Sauf que son refus du morbide pour au contraire affirmer une certaine force vitale finit par en faire un film étonnement positif, malgré toutes les agressions qu'il évoque et les névroses qu'il remue.

http://home-lefilm.blogspot.com/

Une semaine algérienne

En cette année «off» pour le jeune Festival des cinémas arabes de Genève, l'association Suisse-Algérie-harmonie propose un programme spécial de 17 films algériens, anciens et récents, toujours au CAC-Voltaire. Chaque film ne passant que deux fois, on aura tendance à privilégier des classiques peu montrés par rapport à des titres récents qui n'ont pas encore fait leurs preuves. Ce sera ainsi l'occasion de voir ou revoir plusieurs films montrant «l'autre côté» de la guerre d'Algérie: «Le Vent des Aurès» (Mohammed Lakhdar-Hamina), «Les hors-la-loi» (Tewfik Farès), «L'Opium et le bâton» (Ahmed Rachedi, avec Marie-José Nat et Jean-Louis Trintignant) et «Le Charbonnier» (Mohammed Bouamari). Mais aussi celle de découvrir les promesses du jeune Etat algérien vues par Merzak allouache dans son fameux «Omar Gatlato» (1976) et quelques réussites plus récentes comme «L'Epopée du cheikh Bouamama» (Benamar Bakhti, 1983), «La Citadelle» (Mohammed Chouik, 1989) et «Le Harem de Madame Osmane» (Nadir Moknèche, 2000). Le tout annoncé dans de belles copies 35mm (c'est devenu rare!), avec comme cerise sur le gâteau le controversé dernier film de feu Youssef Chahine, «Le Chaos», cosigné par son assistant Khaled Youssef.

Semaine algérienne. Du 17 au 22 octobre. CAC-Voltaire, Maison des Arts du Grülti, Général-Dufour 16, Genève. Tél: 022/320 78 78