«Notre objectif reste l'Inde que nous devons détruire», affirmait dans un entretien exclusif le fondateur du Lashkar-e-Taïba, Hafiz Mohammad Saeed, en 2006. Il nous avait reçu alors dans l'une de ses écoles coraniques, protégé par une milice armée, au cœur de Lahore. L'homme affirmait que le Lashkar-e-Taïba, interdit par les autorités pakistanaises en janvier 2002, n'existait plus. «Je suis responsable du Jamaat-ud-Dawa, la branche caritative de notre mouvement», disait-il.

Véritable structure militaire

Le Lashkar-e-Taïba a été fondé par trois religieux, à la fin des années 1980, dans le cadre de la lutte armée au Cachemire indien. Les trois hommes, dont Hafiz Mohammad Saeed, ont fait le djihad en Afghanistan, où ils se sont liés avec Oussama ben Laden. Forts de leurs relations avec les militaires pakistanais et les services de renseignement, l'ISI, ils imaginent qu'ils peuvent désormais transposer le djihad au Cachemire. Epaulée discrètement par l'armée, l'organisation va rapidement se doter d'une véritable structure militaire. Ses premiers faits d'armes au Cachemire sont retentissants: plusieurs dizaines de militaires et policiers indiens sont tués au début des années 1990. En 1999, des combattants du Lashkar participent à l'opération des Kargil, montée par Pervez Musharraf au cœur du Cachemire indien. Enfin, en décembre 2001, les autorités indiennes rendent le mouvement djihadiste responsable de l'attaque contre le parlement de New Delhi, qui se soldera par plusieurs mois d'un dangereux face-à-face militaire de part et d'autre de la frontière entre les deux puissances nucléaires.

Hafiz Mohammad Saeed est lié aux réseaux Al-Qaida. Il a fait ses études à Médine, en Arabie saoudite et s'est converti à l'idéologie wahhabite, véhiculée par les terroristes. «Le Lashkar-e-Taïba recrute surtout au Pendjab pakistanais. Depuis 2002, il fait plutôt profil bas, mais il faut dire qu'il n'y a pas eu de réelle répression contre ce mouvement, qui est essentiellement engagé à l'extérieur du pays, en Inde et en Afghanistan», explique Mariam Abou Zahab. Le Lashkar-e-Taïba dispose d'une vaste université près de Lahore, d'un organe de presse, d'un réseau de 500 écoles modèles au Pendjab et d'un village chariatique modèle.

Présent au Waziristan

De son côté, un diplomate en poste à Islamabad souligne qu'«après 2002, le groupe a juste changé de nom et a réduit ses activités militaires au Cachemire, pour les reporter vers les zones tribales et l'Afghanistan». Il est désormais présent dans la zone tribale du Waziristan, où il joue l'interface entre les talibans et les combattants étrangers des réseaux Al-Qaida.

«Il n'y a clairement plus de liens entre le Lashkar-e-Taïba et l'Etat pakistanais. Mais ce qui est plus probable, c'est que des officiers de l'ISI aient conservé d'étroites relations avec les groupes djihadistes qui sont pour eux une force de réserve en cas de raidissement avec l'Inde. Il ne faut surtout pas incriminer Islamabad et encore moins le nouveau gouvernement. La plupart des groupes extrémistes au Pakistan sont désormais en roue libre. Certains de leurs combattants s'en prennent, depuis 2006, à l'Etat. Et ils frappent d'abord le Pakistan, il ne faut pas l'oublier», avance Muhammad Amir Rana, chercheur au Pakistan Institute for Peace.

Connivence avec l'Etat ou non, en octobre 2005, au lendemain du tremblement de terre qui a ravagé le nord du pays, les responsables du Jamaat-ud-Dawa/Lashkar-e-Taïba ont été les premiers à se rendre sur place pour organiser les secours. Avec l'aide logistique de l'armée. Eric de Lavarène, Islamabad