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Le voyagiste Karim Twerenbold devant l’un de ses 70 bus. «Même s’il devait m’arriver quelque chose, la continuité de l’entreprise est assurée.»
© Michele Limina

Succession

Soudain tout seul

Le groupe de voyages Twerenbold est dirigé par la 4e génération de la famille Twerenbold: Karim, 33 ans, dont le père est décédé inopinément. Pourtant, le passage de témoin a réussi sans problème car la famille s’était préparée à temps à la succession

« Bienvenue !» dit Karim Twerenbold en se présentant dans le petit hall d’entrée. Il ajoute : « Venez avec moi. » à grands pas, il nous précède dans son bureau qui ne se situe pas au dernier étage du siège de l’entreprise à Baden-Rütihof mais au rez-de-chaussée. Et ce n’est pas un bureau d’angle. La première chose qui attire le regard est une toile de 1 × 1,5 mètre emplie de perroquets bigarrés. Un Rolf Knie ? « Non, répond-il en riant, un jour mon père a rapporté ce tableau d’un voyage. Il a longtemps égayé la salle de conférence. Maintenant il est chez moi, j’adore les couleurs. » Et le souvenir.

Werner Twerenbold, qui avait fait croître l’entreprise de voyage de ses aïeux, a eu un accident mortel en décembre 2015. D’un coup, Karim Twerenbold perdait non seulement son père mais aussi son modèle et son formateur. Et l’entreprise de 350 collaborateurs à plein temps perdait son patron. « Nous étions tous profondément émus », avoue Karim. « Pour tout le monde, mon père a été très important ici. » Pour lui-même, cela signifiait que, d’un jour à l’autre, il serait le seul Twerenbold dans l’entreprise.

Mais ce ne fut pas un plongeon dans un monde inconnu. Depuis sa plus tendre enfance, l’entreprise a toujours fait partie de lui. Et lui était une partie de l’entreprise. « Mon père rentrait à la maison tous les midis et avait toujours beaucoup à raconter. Il m’a souvent emmené et a développé ainsi en moi la passion pour cette activité. » écolier, il a nettoyé des bus, classé des factures, rédigé des programmes de voyage. Et gagné ses premiers sous. Il était prévisible que lui, l’enfant unique, devienne le successeur. Lorsqu’il eut sa maturité en poche, son père aborda pour la première fois la question de manière concrète. « Il m’a demandé si je pouvais imaginer reprendre un jour son entreprise. J’ai répondu très clairement que je pouvais parfaitement me l’imaginer. Et cela, à n’importe quel moment. »

Dans un premier temps, son engagement demeura sans réponse. « Il m’a expliqué d’emblée que je pourrais lui succéder si j’étais la bonne personne pour ça, il ne m’a pas donné de garantie. » Pour Twerenbold senior, il ne s’agissait pas prioritairement de conserver l’entreprise dans la famille mais de la pérenniser. « J’ai dû commencer à m’habituer à cette pression », admet Karim Twerenbold. « Par ailleurs, l’attitude de mon père était évidemment la seule adéquate. »

Vraiment lâcher prise

Karim Twerenbold a acquis le bagage théorique en étudiant l’économie d’entreprise, il a réalisé plusieurs stages et prévoyait d’entamer une carrière professionnelle au controlling d’un groupe. « Il ne manquait plus que ma signature au pied du contrat. » Mais les choses se sont présentées autrement : le CEO que Werner Twerenbold avait engagé en 2010 pour se concentrer sur la présidence lui proposa d’entrer directement dans l’entreprise familiale. Un complot de papa et du CEO ? « Je l’ai demandé au CEO et il m’a assuré que ce n’était pas le cas. » Non, il n’était pas difficile de le croire, dit le jeune entrepreneur : « Mon père s’est retiré de l’opérationnel et il a vraiment lâché prise, ce qui n’allait absolument pas de soi. » Il rit et ajoute : « Parfois, il s’absentait soudainement trois ou quatre semaines. »

La grande entreprise ou plutôt la familiale ? Prendre un job ou un emploi à vie ? « À l’époque, j’ai eu de la peine à décider. À vrai dire, je voulais d’abord faire des expériences ailleurs. » Il explique aujourd’hui avoir abandonné ses plans du fait que «je n’allais pas entrer dans l’entreprise et travailler sous les ordres de mon père. Je ne voulais à aucun prix jouer le fils à papa. »

En 2011, il commence à la centrale de Baden-Rütihof sous la houlette du CEO, travaille sur « divers projets » et assume dès 2012 une première grande tâche : il est responsable de la construction du navire fluvial « Excellence Princess », plat comme une limande et long de 135 mètres. Un projet à 20 millions. « Je voulais absolument faire ça à la perfection. » Il le fit bien de A à Z, on parle d’un examen de maîtrise réussi. En 2013, deux ans après son entrée dans l’entreprise, le directeur de l’époque remet entre les mains de Karim la direction opérationnelle du groupe Twerenbold Reisen et de sa filiale, la société d’armement Swiss Excellence River Cruise, et déménage un bloc plus loin en tant que nouveau responsable de la filiale de Twerenbold, Vögele Reisen.

Le navire construit sous l’égide du jeune homme et aménagé par sa mère est baptisé en 2014 et, en novembre 2015, il remporte le prix « Navire fluvial de l’année ». Deux semaines avant l’accident du père… Karim interrompt un instant sa narration et remonte le temps. « Vue d’aujourd’hui, la décision que j’ai prise il y a sept ans était à 100% correcte. » C’est surtout la décision de son père de ne pas procrastiner quant à sa succession mais de l’empoigner à bras-le-corps qui fut 100% correcte. « Quand il est mort, tout était réglé. »

Le passage de témoin entre le père et le fils était également réglé depuis longtemps. « Le calendrier prévoyait d’informer début 2016 que j’avais repris l’entreprise en quatrième génération. » Il relevait un grand défi en reprenant les rênes de l’entreprise en une période rendue compliquée par l’avènement des bus bon marché, des billets bon marché, des voyages bon marché. « Mon père m’a toujours dit qu’il ne m’enviait pas », dit Karim Twerenbold avec le plus grand sérieux, mais il ajoute : « Notre mode de fonctionnement, nos décisions, notre structure nous assureront le succès à l’avenir aussi. » En tant que successeur, il s’est fixé pour objectif de non seulement préserver l’héritage mais de poursuivre son développement « à la mode Twerenbold » : croissance oui, mais pas à n’importe quel prix ; ne pas écrémer les bénéfices mais les réinvestir : demeurer financièrement indépendant.

Le passage de témoin entre le père et le fils était également réglé depuis longtemps. «Le calendrier prévoyait d’informer début 2016 que j’avais repris l’entreprise en quatrième génération.» Il relevait un grand défi en reprenant les rênes de l’entreprise en une période rendue compliquée par l’avènement des bus bon marché, des billets bon marché, des voyages bon marché. «Mon père m’a toujours dit qu’il ne m’enviait pas», dit Karim Twerenbold avec le plus grand sérieux, mais il ajoute: «Notre mode de fonctionnement, nos décisions, notre structure nous assureront le succès à l’avenir aussi.» En tant que successeur, il s’est fixé pour objectif de non seulement préserver l’héritage mais de poursuivre son développement «à la mode Twerenbold»: croissance oui, mais pas à n’importe quel prix; ne pas écrémer les bénéfices mais les réinvestir: demeurer financièrement indépendant.

Innover par tradition

Sa devise : « Innover par tradition. » Une contradiction ? « Pas le moins du monde. Tradition ne signifie pas stagnation, cela signifie que nous réfléchissons peut-être deux ou trois fois avant de prendre une décision car nous sommes conscients qu’elle peut avoir des répercussions sur l’ensemble. » Conserver ce qui marche bien et si possible le développer, changer ce qui s’avère nécessaire, telle est la stratégie du jeune patron. Il a pris des mesures en matière de numérisation : « J’ai joué un rôle moteur sur ce thème. » Pas de manière soudaine et brutale, mais sous forme de processus régulier.

L’objectif n’était pas de conserver l’entreprise dans la famille mais de préserver l’entreprise.

Karim Twerenbold paraît être un homme discret, il n’est pas du genre à vouloir être sous les feux de la rampe. L’entreprise publie rarement des communiqués de presse, d’ailleurs la marche des affaires relève du privé. Reste que l’hiver dernier le nom du voyagiste était sur toutes les lèvres, quand Twerenbold s’est allié avec le milliardaire égyptien Samih Sawiris pour proposer des liaisons en bus depuis le Plateau jusqu’à Andermatt, afin de combler la lacune née de l’affaiblissement de l’offre des CFF en direction de cette région de sports d’hiver.

Je ne voulais surtout pas débarquer comme un fils à papa.

À 33 ans tout juste, Karim Twerenbold ne veut pas qu’on l’appelle patron. « Mon père représentait ici une figure paternelle. Je ne le suis pas et je n’entends pas l’être. Je veux être le supérieur hiérarchique qui s’implique. D’ailleurs, on n’est pas patron, on le devient. C’est aussi une question d’expérience, et l’expérience prend du temps. » N’empêche que le jeune entrepreneur a déjà quelque chose d’un patron, quand il souligne que ce sont ses collaborateurs qui font l’entreprise : « Ils conduisent les bus, ils sont au front, ils constituent l’ADN. » Et aussi parce que, tout en étant très jeune, bientôt marié, il a déjà organisé sa succession, au cas où il lui arriverait quelque chose. « La continuité de la société est assurée. » Si en revanche tout se passe bien, le scénario de succession sera sûrement révisé et adapté aux souhaits de son successeur. « Si tout va bien, ce sera la cinquième génération. »


Leader sur un marché de niche

Le groupe Twerenbold Reisen compte, outre le voyagiste avec sa flotte de 70 bus, le spécialiste des croisières fluviales Reisebüro Mittelthurgau avec sa flotte de bientôt dix bateaux fluviaux, les spécialistes des randonnées pédestres Imbach Reisen ainsi que Vögele Reisen, qui se concentre sur les voyages en avion. En outre, Twerenbold exploite la société de navigation Swiss Excellence River Cruise. Karim Twerenbold, CEO et président du conseil d’administration, incarne la quatrième génération à la tête de l’entreprise. Le groupe compte 350 emplois à plein temps. Chiffre d’affaires et bénéfice ne sont pas dévoilés.


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