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Le défenseur de l'Albanie Lorik Cana (à droite) pose pour une selfie avec des supporters au cours d'une session de formation à Perros-Guirec en France.
© FRED TANNEAU

Euro 2016

100 000 Albanais voulaient des billets pour l’Euro

Les supporters albanais auraient pu à eux seuls remplir le stade samedi à Lens pour le premier match contre la Suisse. Mais ce ne seront pas forcément les plus «chauds» qui verront l’Euro 2016

Aucun stade de France ne serait assez grand pour accueillir la ferveur des Albanais pour leur équipe de football. Près de 100 000 d’entre eux ont cherché à acheter des billets afin d’assister à l’Euro 2016.

A Lens, où l’Albanie jouera son premier match samedi contre la Suisse, le légendaire stade Bollaert a beau compter plus de sièges (35 000 places) que la ville n’a d’habitants (31 647), cela ne suffit pas à répondre aux attentes des fans. La Fédération albanaise de football (FSHF) a reçu 40 000 demandes de billets, et seulement 5000 à 6000 tickets de la part de l’UEFA. Tous ont été vendus en un temps record et le marché noir est désormais le seul espoir.

Lire aussi: Suisse et Albanie, deux destins liés à l’Euro

Pour chacun de ses matchs, la fédération albanaise se voit mettre à disposition 16% de la capacité du stade, tout comme son adversaire. Les quelque 70% de places restantes sont attribuées à des spectateurs neutres. En réalité, la plupart des sièges «neutres» seront utilisés par des Albanais binationaux qui, pour remporter l’un des billets attribués suivant un système de loterie, se sont enregistrés en tant que spectateurs neutres dans les pays où ils vivent.

En Albanie, le plus grand fan-club de l’équipe nationale, connu sous le nom de «Tifozat kuq e Zi», n’a pas réussi à obtenir de billets de façon centralisée auprès de la FSHF, alors que cette dernière en attribuait en même temps à un autre fan-club tout fraîchement créé sous son impulsion, le «Tifozët e Kombëtares». C’est du moins ce que rapportent Shkëlqim Destani et Shpëtim Brahaj, représentants suisses des «Tifozat kuq e Zi».

Les supporters albanais appréciés des organisateurs

Les relations entre les fans du «Tifozat Kuq e Zi» et le président de la FSHF ne semblent pas être au beau fixe, ce que confirment les deux représentants suisses. «L’attitude de la fédération nous laisse penser qu’une utilisation frauduleuse de ces billets servirait à alimenter le marché noir.» Contactée, la FSHF n’a voulu donner aucune explication. «Nous avons trouvé nos billets à titre individuel», reprend Shpëtim Brahajet.

Les supporters de l’équipe nationale albanaise bénéficient d’un grand soutien à l’étranger, notamment au Kosovo, en Macédoine, en Serbie (dans la vallée de Presevo) et surtout au sein de l’importante diaspora. Les «Kuq e Zi» (Rouge et Noir) sont les représentants du football albanais à l’étranger. Ce groupe existe depuis 2002 et est reconnu comme le plus grand fan-club organisé de l’équipe nationale albanaise. Sur Facebook, la page officielle compte plus de 300 000 abonnés. Il se dit modéré. «Nous ne sommes pas de ces groupes ultras, nous disons non à la violence et au racisme, affirme Shkëlqim Destani. Contrairement à certains fan-clubs problématiques des Balkans, l’histoire du football albanais est pacifique, sans violence ni excès.»

«Nous voulons des fans avec une mentalité ultra, capables durant 90 minutes de soutenir l’équipe dans le froid, la pluie, la neige et même en cas de défaite.»

Les supporters albanais sont généralement appréciés des organisateurs. «Pour notre politesse, nous avons reçu plusieurs fois les remerciements de la police suisse, de celles des Pays-Bas, de la Slovénie, de la Hongrie, du Danemark et du Luxembourg», ajoute Shkëlqim Destani. Ce comportement exemplaire ne semble pas du goût de tous. Un nouveau club, «Illyrian Elite», s’est créé pour représenter les nouveaux ultras de l’équipe nationale albanaise. «Il n’y a pas de fans authentiques sans ultras», déclare Nderim Buja, l’un des anciens membres des fans rouges et noirs. «Nous voulons des fans avec une mentalité ultra, capables durant 90 minutes de soutenir l’équipe dans le froid, la pluie, la neige et même en cas de défaite.»

«Notre objectif n’est pas de devenir très nombreux, mais d’être très actifs et de tout faire pour l’équipe nationale, explique Gani Aliji, le représentant du groupe «Illyrian Elite». Nos fans ne sont pas de ceux qui assistent aux matchs assis à manger des pipas.»

Ce nouveau groupe s’attend à une ambiance un peu tiède. «Malgré le fort intérêt témoigné par la diaspora albanaise qui souhaite assister au match contre la Suisse, l’ambiance créée par les ultras va manquer, regrette Gani Aliji. Beaucoup de gens assisteront pour la première fois à un match en direct, on peut donc oublier l’ambiance enflammée», ajoute le représentant du groupe «Illyrian Elite».

Gani Aliji est un passionné qui ne pense qu’au football. Lorsqu’il ne supporte pas l’Albanie, il fait partie du célèbre groupe d’ultras du FC Saint-Gall. Il assiste à plus de 45 matchs par an: «Pour chaque match hors de Suisse, je dépense en moyenne 500 francs», calcule-t-il. Le prix de la passion.

Traduction: Vera Kika


Perros-Guirec est albanaise

Le chauffeur du bus me menant de Lannion à Perros-Guirec, remarquant mon impatience à cause du long trajet, me lance dans un mélange de français et d’anglais «Guirec est big», accompagnant la plaisanterie d’un clin d’œil. En fait, cette ville ne compte qu’environ 7000 habitants et est située au fin fond de la France. Jusqu’à récemment, cette cité bretonne n’avait probablement jamais entendu parler des Albanais. Elle ne ressemble en rien aux villes suisses où nous avons l’habitude de nous saluer en albanais.

Pourtant, Perros-Guirec vit à l’heure albanaise. Les panneaux décorés de petits et grands drapeaux avec l’aigle bicéphale s’affichent partout en ville: du bâtiment de la mairie jusqu’à l’hôtel central en passant par les magasins et bien entendu au commencement de la route menant à l’hôtel L’Agapa, résidence de l’équipe nationale albanaise.
Cet hôtel cinq étoiles situé dans un vaste espace aux douces odeurs de pins a été littéralement transformé en forteresse. Une voiture de gendarmerie assure la sécurité devant la porte de la cour, les pandores ne permettant à personne d’entrer au château, ni de prendre des photos.

Presque tous les restaurants et cafés arborent le drapeau albanais. Sur une grande pancarte le long de la route principale, on peut lire «Bienvenue à l’Albanie», en français et en albanais. Il semble que les habitants de la petite ville soient ravis de rompre, quelques jours durant, la monotonie habituelle de l’avant-saison touristique.

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