Jeux olympiques

A 100 jours des Jeux olympiques, Rio a la tête ailleurs

La ville olympique entame cette dernière ligne droite avec des infrastructures encore inachevées et une ambiance plombée par la crise politique et économique que vit le Brésil

C’est un accident tragique qui a réveillé les vieux démons du Brésil. Jeudi 21 avril, à Rio, un tronçon d’une piste cyclable inaugurée il y a seulement trois mois s’est effondré dans l’océan, provoquant la mort de deux personnes. L’entreprise maître d’œuvre, chargée aussi de la construction de six autres sites liés aux Jeux olympiques, est citée dans le Lava Jato, cette énorme affaire de corruption qui secoue le Brésil. La piste cyclable, inaugurée avec six mois de retard, et un important surcoût, a par ailleurs été livrée avec des malfaçons… «Tout cela est arrivé le jour même où la torche olympique était allumée en Grèce, comme si les dieux de l’Olympe s’étaient révoltés pour lancer une malédiction contre Rio», se désole l’éditorialiste Arnaldo Bloch dans le quotidien «O Globo».

Loin de la préparation chaotique du Mondial 2014, Rio est pourtant globalement prête. Dix milliards d’euros ont été dépensés pour recevoir 10 500 athlètes dans des conditions optimales et améliorer les infrastructures urbaines. Quinze nouvelles installations ont été construites et testées lors d’un programme de compétitions préparatoires. La gymnastique s’est achevée le 22 avril, l’escrime et le water-polo sont en cours, le handball et l’athlétisme vont suivre. L’occasion de mobiliser les volontaires et d’inviter les Cariocas à découvrir des sports qu’ils méconnaissent.

«On peut voir évoluer les meilleurs athlètes dans leur discipline, parcourir le Parc olympique, pour huit francs la journée», se félicitent Daniel et Paola, qui se prennent en photo devant la torche olympique. «Un test event sert à évaluer l’ensemble des installations, de la technologie, des équipes, pour être sûr que nous sommes au point, explique Delphine Moulin, qui dirige ce programme pour Rio 2016. Quarante-quatre compétitions ont été programmées depuis juillet 2015, nous en avons réalisé trente-huit… Nous sommes presque au bout!»

Le métro achevé en juillet?

Cet optimisme ne doit pourtant pas faire oublier une autre réalité. Lorsque les spectateurs traversent le Parc olympique, ils doivent passer devant un vélodrome où les ouvriers en sont encore à couler du béton et à couper des poutrelles. Difficile d’imaginer que cet équipement très technique sera prêt dans un peu plus de trois mois! Sur le site de Deodoro, c’est le centre équestre qui a du retard. La baie de Guanabara, où vont se tenir les épreuves de voile, n’a pas été dépolluée, malgré la promesse faite au Comité international olympique (CIO) de traiter 80% des égouts qui s’y jettent. Le dossier transport est aussi suivi de près par Lausanne: le métro ne relie toujours pas Rio au Parc olympique – le tunnel a été percé il y a un mois – et le tramway qui doit desservir le centre n’est pas sur les rails.

Même sur les sites officiellement prêts, certains athlètes sont inquiets. Felix Stingelin, chef du sport d’élite à la Fédération suisse de gymnastique a dû composer avec un sens de l’organisation très «free style» des Brésiliens: «Les dates du test event ont changé, on a dû prendre nos billets d’avion au dernier moment. Pendant la compétition, un générateur électrique a lâché. Le système de comptage électronique a été perturbé et la lumière dans la salle était trop faible… Je pense qu’on va être plus proche des Jeux d’Athènes que de la rigueur des Jeux de Londres», lâche-t-il.

Le nombre de problèmes qui restent à résoudre est plus élevé que dans les éditions précédentes des Jeux.

Des critiques qui ne sont pas isolées. Le 19 avril dernier, à Lausanne, Francesco Ricci Bitti, président de l’Association des fédérations olympiques internationales d’été, a tiré la sonnette d’alarme et demandé l’envoi d’une équipe d’urgence du CIO: «Il manque quelques détails très importants sur chacun des sites de compétition… Le nombre de problèmes qui restent à résoudre est plus élevé que dans les éditions précédentes des Jeux.»

Le centre rendu aux Cariocas

Du côté du Pain de Sucre, les Cariocas suivent cette situation avec fatalité. L’une des rares satisfactions qu’ils tirent pour l’instant des Jeux, c’est la réouverture de la place Maua, sur le port de Rio, devenue le nouveau rendez-vous des touristes et des habitants du centre-ville. «Ici, il y a encore quelques années, une autoroute urbaine longeait le bord de mer et des terrains militaires interdisaient tout accès, rappelle Milton Guran, un photographe très engagé dans la défense du patrimoine local. Aujourd’hui vous avez cette immense esplanade rendue aux piétons, le magnifique Musée de demain signé par l’architecte espagnol Calatrava, et une promenade qui, à terme, va faire plus de trois kilomètres… C’est un acquis historique!» «Rio a changé, et ces travaux vont profiter à terme à la population», ajoute Christophe Vauthey, le consul adjoint de la Suisse à Rio.

Pas de fièvre olympique

Mais ce nouveau visage de la ville ne suffit pas à attiser la fièvre olympique. Ici, personne ne parle encore des Jeux. Le plus grand événement sportif de la planète est éclipsé par la crise que traverse en ce moment le Brésil, et qui sature les médias. Une crise politique, avec la destitution possible de la présidente, Dilma Rousseff, et des manifestations récurrentes où défilent des millions de personnes. Mais aussi une crise économique, avec une récession frôlant les 4% et un chômage qui explose. «C’est clair que nous ne sommes plus en 2009, quand les Jeux ont été attribués à un Brésil prospère et conquérant, constate Alexandre Bazire, l’attaché olympique français à Rio. Le pays est comme à l’arrêt, il attend des décisions historiques. Cela ne remet pas en cause le projet olympique, mais ça pèse sur l’ambiance.»

Oui nous avons beaucoup de problèmes à régler, mais moi je suis confiante. Ici on a l’habitude de tout faire au dernier moment.

A 100 jours du coup d’envoi, les Brésiliens ne savent même pas qui sera dans la tribune officielle lors de l’ouverture de la compétition au stade Maracana. Dilma Rousseff, la présidente en sursis? Ou Michel Temer, vice-président et ancien allié qui pourrait prendre sa place? Des incertitudes que Mariana, une mère de famille venue découvrir le Parc olympique avec ses enfants, balaie du revers de la main: «Oui nous avons beaucoup de problèmes à régler, mais moi je suis confiante. Ici on a l’habitude de tout faire au dernier moment. Nous serons prêts!»


«Une équipe de football en morts»

L’Inspection du travail de l’Etat régional de Rio dénonce dans un rapport la mort sur les chantiers olympiques de 11 ouvriers. «Tout vient du manque de planification et de la course contre la montre», a déclaré Elaine Castilho, responsable de l’audit sur les travaux olympiques. «Il y avait eu huit morts lors des travaux du Mondial 2014 de football, mais dans tout le Brésil», a regretté Robson Leite, responsable de l’Inspection du travail locale, qui souligne qu’aucun mort n’avait été déploré lors des travaux sur les JO 2012 de Londres. (AFP)


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