En Ecosse, qui dit golf dit Saint Andrews. C'est pourtant sur le parcours de Carnoustie que se disputera à partir d'aujourd'hui le 128e British Open, en présence des meilleurs golfeurs mondiaux. Un parcours où le British Open n'avait plus été organisé depuis 1975 mais susceptible, à l'avenir, de disputer la vedette à Saint Andrews, Mecque incontestée du golf écossais.

Situé à quelques kilomètres de Dundee, triste et glauque cité industrielle de la région de Fife, Carnoustie ne dispose pas d'un environnement grandiose, ni d'un club-house prestigieux. En revanche, l'atmosphère qui règne sur le parcours et dans ce club-house est unique, car empreinte des années de gloire d'un golf à la réputation internationale. Et si Carnoustie avait jusque-là disparu de la programmation du British Open, c'est simplement parce que les commodités environnantes ne correspondaient plus aux exigences d'une compétition majeure. Aujourd'hui, la construction d'un hôtel a remis le parcours écossais au goût du jour, même si les fairways et les greens de Carnoustie n'ont pas changé depuis des dizaines d'années.

La fondation du club date officiellement de 1842. Disposant de 10 trous dans un premier temps, puis de 18 grâce au travail de Old Tom Morris, légende écossaise de la discipline, le golf de Carnoustie sera modifié par James Braid en 1926. Le vainqueur de cinq titres du British Open lui ajoutera une soixantaine de bunkers! Avec 6700 mètres, pour un par 71, ce links est atrocement long. Et comme le vent a la désagréable habitude de le balayer dans tous les sens, il représente le challenge le plus relevé de l'Ecosse.

De nombreux pièges

Le dernier vainqueur à Carnoustie se nomme Tom Watson. En 1975, l'Américain a remporté sur ce parcours la première de ses cinq victoires dans le British Open. Et ce titre devait le marquer à jamais, puisque depuis lors, jamais Watson n'a manqué de revenir à Carnoustie pour son seul plaisir. Avant chaque British Open, il revient humer l'air marin du lieu, profitant de son passage pour rejouer le parcours en essayant d'en maîtriser une nouvelle fois les nombreux pièges.

Si Tom Watson fut un vainqueur prestigieux, que dire de Gary Player, Ben Hogan, Henry Cotton ou Tommy Armour? Tous donnèrent à leur palmarès un relief supplémentaire en s'imposant ici. C'est assurément le privilège qui attend le vainqueur de cette 128e édition.

Les membres du club de Carnoustie espèrent bien que l'édition du siècle sera celle disputée sur leur parcours. Et tout porte à croire que le millésime 1999 a les qualités nécessaires à ce sacre officieux. Les favoris se bousculent, parmi lesquels Tiger Woods. Vainqueur à trois reprises sur le circuit américain, notamment le week-end dernier, le jeune prodige américain est à la recherche d'une nouvelle consécration dans une épreuve du Grand Chelem. Il a manqué le coche d'un rien lors du précédent US Open et il ne va pas laisser passer une nouvelle chance, s'il est en forme. Même chose pour David Duval. Propulsé en tête du «box office» du golf, l'Américain n'a pas encore concrétisé son talent dans une épreuve majeure.

Et que dire de Colin Montgomerie? Vainqueur de l'Open d'Ecosse il y a quelques jours, le leader européen n'est jamais arrivé dans un tournoi majeur avec une telle confiance. Bien que le British Open ait souvent été source de désillusion pour lui, cet ombrageux personnage entend ne pas être toujours la victime d'un coup du sort. Son talent est immense, et déjà reconnu par ses pairs.

Mais la véritable coqueluche du tournoi sera espagnole. Le vent qui va souffler sur Carnoustie se nommera «El Niño». Sergio Garcia est un golfeur étonnant. A 19 ans, il éclate au grand jour, après avoir gagné pratiquement tout ce qui était à la portée d'un amateur. Vainqueur de l'Open d'Irlande il y a dix jours, son sixième tournoi depuis qu'il est passé professionnel, Garcia est le nouveau Severiano Ballesteros.

Avec le prestige du tournoi, l'histoire du parcours et le talent des joueurs, le British Open 1999 a tout d'un must.