Gianni Infantino président de la FIFA

Spécialiste des tirages au sort de l’UEFA, où il était le zélé bras droit de Michel Platini un an plus tôt, Gianni Infantino semble sortir vainqueur d’un incroyable concours de circonstances lorsqu’il devient, à la surprise générale mais avec une confortable avance, le nouveau président de la FIFA, le 26 février à Zurich. La stupeur passée, on découvre que l’Italo-Valaisan avait parfaitement préparé son affaire.

Maria Sharapova contrôlée positive

Les nuages noirs du dopage ont fait de 2016 une année sombre pour le sport russe. Avant la disqualification des athlètes aux Jeux olympiques de Rio, avant les accusations de dopage d’Etat portées dans le rapport McLaren, tout avait commencé par une autre affaire. Une autre image. La joueuse de tennis Maria Sharapova, debout à l’estrade le 7 mars à Los Angeles, qui annonce qu’elle a «échoué à un contrôle antidopage». Elle avait convoqué la presse elle-même pour s’expliquer: elle prend depuis des années une substance qui vient de devenir interdite, le meldonium. Victime (d’inattention) ou coupable (de dopage)? Les observateurs se déchirent. Les nuages s’épaississent.

Chronique d’un sacre annoncé

Gagner le classement général de la Coupe du monde de ski alpin. Depuis ses débuts à 15 ans, Lara Gut y est promise. Lorsque la plupart de ses rivales déclarent forfait au début de la saison 2015-2016, c’est l’occasion ou jamais. Lorsque Lindsey Vonn se blesse, ça n’est plus qu’une question de temps. Le titre ne sera mathématiquement acquis que le 13 mars, mais dès février les médias la sacrent, la consacrent et promènent même le gros globe de cristal dans son village natal. Quant à elle, elle tente de rester concentrée jusqu’au bout. Lorsqu’elle peut enfin se libérer, il n’y a plus rien à fêter. Plus d’émotion. On lui a volé sa joie.

Les champions sont comme nous

Scène surréaliste le 7 avril au Masters d’Augusta, où le golfeur sud-africain Ernie Els (quatre titres en Grand Chelem tout de même) se fend d’un sextuple bogey: 10 coups au lieu de 4, dont 7 au putting, qu’il achève comme un touriste lassé par sa partie de minigolf. On peut se passer la séquence en accéléré avec la musique de Benny Hill et se dire en souriant que, parfois, les champions sont aussi des sportifs comme les autres.

Estelle Balet, mort d’une étoile

La disparition d’Estelle Balet a ému la Suisse aux larmes. La jeune femme n’avait que 21 ans. Elle a été emportée par une avalanche le 19 avril à Orsières en pratiquant sa passion, le snowboard. Deux semaines plus tôt, elle remportait l’Xtreme de Verbier pour la deuxième fois de sa jeune carrière. Elle décollait. Les experts promettaient qu’elle allait marquer l’histoire du freeride. Tragique en soi, son accident a trouvé un écho symbolique dans un pays amoureux de ses sommets; la montagne avait repris trop tôt sa fille prodigue, rappelant sa puissance du bras de l’injustice.

Xherdan Shaqiri renversant!

Il reste une dizaine de minutes à l’équipe de Suisse pour égaliser contre la Pologne, le 25 juin à Saint-Etienne, en huitièmes de finale de l’Euro, quand Xherdan Shaqiri s’envole dans les airs. Le cœur des supporters suisses s’arrête. La star de la Nati déclenche une bicyclette. Apoplexie collective. Eternité d’une fraction de seconde. Le ballon entre dans le but. Des bistrots d’Appenzell aux tribunes du stade Geoffroy-Guichard, c’est l’explosion de joie. Shaqiri vient de marquer le but de l’Euro, le but de l’année. Vertige. Larmes. Moins d’une heure plus tard, la Nati quittera l’Euro, éliminée aux tirs au but. Reste la terrible beauté de l’inutile.

Clapping pour l’Islande

L’Euro 2016 restera dans l’histoire comme le tournoi où les stars se sont effacées derrière les équipes. Et l’Islande comme la plus populaire d’entre elles. Les Nordiques, qualifiés pour la première fois, sont entrés dans la légende grâce à leurs performances sur le terrain (l’élimination de l’Angleterre en huitièmes de finale) mais surtout par leur charisme. Ils ont fait du clapping (les joueurs face au public qui applaudissent de plus en plus vite au-dessus de leur tête) le mouvement collectif de l’Euro, repris par plusieurs équipes. Même la France, à domicile, n’a pas résisté à la hype viking pour célébrer ses victoires.

Cristiano Ronaldo entraîneur

Pendant l’Euro, Cristiano Ronaldo a balancé dans un lac le micro d’un journaliste qui l’importunait. Il a ironisé sur la performance de l’équipe d’Islande contre son Portugal. Rien qui le rende très sympathique aux yeux d’une opinion publique très divisée à son sujet. Jusqu’à la finale. Contre la France, la star de la Seleção a dû sortir, blessé et en larmes, dès la 25e minute de jeu. Mais lorsqu’il est réapparu au bord du terrain, il a livré sa prestation la plus bluffante du tournoi, coachant, encourageant, exhortant ses coéquipiers à se dépasser. Véritablement au service de l’équipe. Plus attachant que jamais. Un beau champion d’Europe.

L’or au bout de l’effort

Une course d’aviron, c’est un peu comme un vol spatial. Le démarrage est superbe, majestueux, sans accroc; l’arrivée est un sauve-qui-peut, l’embarcation une capsule de survie dans laquelle l’équipage résiste à la fusion des muscles, à la fission de la volonté, dans un vacarme infernal. Au bout du supplice, le quatre poids léger sans barreur suisse est champion olympique le 11 août à Rio. Complètement tétanisés, Gyr, Niepmann, Schürch et Tramèr mettront plusieurs minutes à sortir du bateau, à se hisser sur le ponton, à remonter l’échelle. Ils reviennent d’où ils n’étaient encore jamais allés. Au bout d’eux-mêmes.

Entraide sur la piste

Esprit olympique es-tu là? Oui, sur une série de 5000 mètres, le 17 août à Rio. Après une dizaine de minutes de course, la Néo-Zélandaise Nikki Hamblin trébuche dans la ligne droite et tombe, entraînant dans sa chute l’Américaine Abbey D’Agostino. Cette dernière se relève immédiatement, se retourne et aide son adversaire à en faire de même. Quelques mètres plus loin, D’Agostino se remet au sol, visiblement touchée à un genou. Hamblin la réconforte avant de repartir. Sur la ligne d’arrivée, les deux camarades d’infortune se tombent dans les bras l’une de l’autre. Le sport à son meilleur.

Goooooooool au Maracanã

Il faut avoir vu ça une fois dans sa vie. Un but du Brésil (Neymar contre l’Allemagne, en finale du tournoi olympique, le 20 août) marqué au Maracanã. Il faut avoir vu 100 000 personnes vêtues de jaune entrer dans une immense transe collective et transformer le vaste stade de béton en une houle interminable. Ce n’est pas que c’est bruyant, c’est juste que c’est infini. On se croit plongé dans le didjeridoo d’un Aborigène pratiquant la respiration circulaire. Et il y a quelque chose de profondément mystique dans cette célébration irréelle.

Une médaille politique

Les deux bras croisés au-dessus de la tête, mimant des menottes sur la ligne d’arrivée, Feyisa Lilesa a réalisé le geste politique des JO de Rio en même temps qu’il gagnait la médaille d’argent du marathon. Ce «X», c’est celui de l’ethnie oromo dans sa lutte contre l’autoritarisme et la répression du gouvernement éthiopien. Il a été censuré à la télévision d’Etat, mais les autorités ont assuré que Lilesa serait bien accueilli à son retour au pays. Le marathonien ne s’y est jamais risqué et s’est exilé aux Etats-Unis, d’où il a appelé de ses vœux la communauté internationale à agir.

L’hommage à Del Potro

Certes Murray, bien sûr Djokovic, évidemment Wawrinka, mais l’homme de l’année en tennis, c’est Juan Martin del Potro. Opéré trois fois du poignet en quinze mois, l’Argentin revient de nulle part. Chacun de ses matches est un combat contre le sort. Il lutte toujours, perd souvent, et ses défaites sont encore plus belles que ses victoires. Ce Sisyphe moderne déclenche partout des manifestations de sympathie et, le 8 septembre à New York, une longue standing ovation en plein match (qu’il va perdre) contre Stan Wawrinka. La larme à l’œil, «Delpo» prend le temps d’apprécier l’hommage.

Jamais sans mon frère

D’habitude, ils font 1 et 2. Pour une fois, Jonathan est devant Alistair à la finale de la Coupe du monde de triathlon, le 18 septembre à Mexico. Mais le cadet des frères Brownlee est victime d’une défaillance à 400 m de la ligne. Son aîné peut gagner; il préfère s’arrêter. Indifférent au troisième, le Sud-Africain Schoeman qui s’envole seul vers la victoire, Alistair relève Jonathan, le soutient et le porte jusqu’à l’arrivée. Une belle histoire qui n’est pas que morale: ces images font le tour du monde et leur apportent bien plus que toutes leurs victoires. Le respect.

En direct de Tachkent

Par quel maléfice étrange restons-nous là cloués devant le petit écran? Une caméra qu’on dirait de surveillance filme deux jeunes inconnus sur un petit court de tennis. On voit la rue derrière, des gens qui passent. Le grand en rouge, c’est Antoine Bellier, un jeune Genevois que «Le Temps» suit depuis ses débuts professionnel. Ce 18 septembre, il n’est alors que 600e mondial. Il ne joue pas son meilleur match mais c’est le plus grand moment de sa carrière: dans sa raquette, la balle de match du cinquième match décisif qui peut sauver la place de la Suisse dans le groupe mondial de Coupe Davis. Il gagne.

Naissance d’un prodige

Quatre buts lors d’un premier match de NHL. C’est un exploit sans précédent dans l’ère moderne qu’a réalisé Auston Matthews avec les Maple Leafs de Toronto contre les Ottawa Senators le 12 octobre à Ottawa. Il n’a pas empêché la défaite de son équipe (5-4), mais prouvé sa singularité. Le prodige américain, trop jeune pour être drafté une année plus tôt mais trop fort pour végéter en ligue mineure, venait de disputer une saison chez les Zurich Lions. Une sorte de stage sur mesure pour un talent hors norme. Les voyages forment la jeunesse.