Toute cette semaine, «Le Temps» raconte le Mondial de foot de 1990, il y a donc exactement trente de cela ans, en Italie. Une édition exceptionnelle, à tout point de vue.

«All’alba vincerò! Vincerò! Vincerò!» Dans le cadre antique des Thermes de Caracalla, Luciano Pavarotti interprète un vibrant et puissant Nessun Dorma qui l’émeut aux larmes. A ses côtés, José Carreras et Placido Domingo. Les trois ténors ont donné à 1 milliard de téléspectateurs un concert exceptionnel qui va devenir une marque déposée, changer la musique classique et consacrer Pavarotti et la culture italienne. Mais ce 7 juillet 1990, la fête est finie pour l’Italie, qui ne participera pas le lendemain à la finale de «sa» Coupe du monde. «Le Mondiale Novanta n’existe pas, il n’a jamais existé. C’était une invention pour refaire les routes», lance un humoriste.

L’Italie avait obtenu l’organisation de la Coupe du monde 1990 le 19 mai 1984 à Zurich, par 11 voix contre 5 pour l’Union soviétique. Avec une idée précise en tête. «En 1982, l’Italie avait gagné la Coupe du monde par surprise, explique l’historien Fabien Archambault, spécialiste de l’Italie contemporaine. Elle l’avait fait aux dépens de l’Allemagne, une grande puissance, ce qui avait eu un fort retentissement dans le pays et permettait de clore quelque chose de douloureux – les années de plomb, une économie de sous-traitance, un Calcio en retrait, fermé aux étrangers – et d’ouvrir un nouveau chapitre.» On entre dans le boom du made in Italy. Le pays exporte dans le monde entier ses produits et sa culture. En 1987, le PIB de l’Italie dépasse celui du Royaume-Uni de Margaret Thatcher.