Doit-on y voir un symbole? Vendredi matin, quand la piste de l'Albert Park de Melbourne a été ouverte aux Formules 1, donnant ainsi le coup d'envoi de la saison 2005, c'est Jacques Villeneuve qui a été le premier en action. Recruté par l'écurie suisse Sauber pour faire équipe avec le jeune Brésilien Felipe Massa, le Québécois marquait son impatience d'en découdre et de laisser derrière lui un interminable hiver au cours duquel les nombreuses séances d'essais n'ont pas toujours apporté les satisfactions attendues.

Peter Sauber sait que la saison 2005 sera déterminante pour la survie de l'équipe qui porte son nom, en espérant que cette treizième année de F1 lui porte bonheur. Même si une partie des cartes sont redistribuées grâce aux nouvelles règles techniques et sportives, Sauber sait aussi qu'il sera très difficile de faire beaucoup mieux qu'en 2004 et cette sixième place au classement des constructeurs. Les cinq équipes (Ferrari, BAR-Honda, Renault, Williams-BMW et McLaren-Mercedes) ayant précédé Sauber l'année dernière restent les plus fortes sur le papier et Sauber devra même se méfier de la montée en puissance attendue de l'équipe Toyota.

Malgré un budget stabilisé aux alentours de 160 millions de francs, et une soufflerie ultramoderne enfin efficiente, l'écurie Sauber s'attend à une saison difficile tout simplement parce que celle-ci marquera la fin d'un cycle. 2005 sera en effet marqué par la fin de la collaboration entre Sauber et Ferrari, qui fournissait des moteurs à l'équipe suisse depuis 1997. Déjà, Sauber fabrique sa propre boîte de vitesses et prépare ce changement de motorisation. Une charge de travail supplémentaire pour le bureau d'études d'Hinwill dont la réactivité n'a pas toujours été la première des qualités ces dernières saisons. La bonne nouvelle pour cette petite formation est de disposer désormais des pneus Michelin. Depuis plusieurs saisons, Peter Sauber ne faisait pas mystère de son mécontentement d'avoir à composer avec les pneus Bridgestone étudiés en priorité pour Ferrari et même pour le pilotage de Michael Schumacher. Felipe Massa et Jacques Villeneuve, les principaux intéressés espèrent que ces pneus Michelin auront le même effet bénéfique que celui produit chez BAR-Honda la saison passée. Michael Schumacher n'a d'ailleurs pas caché sa surprise de voir une Sauber (celle de Massa a la 6e place) aussi bien classée à l'issue de la première journée d'essais. Cette dernière a donné une petite indication sur le potentiel des différentes monoplaces.

Au sein de l'écurie suisse, le duel que se livreront le Brésilien Massa, qui entame sa troisième saison, et Villeneuve, qui aborde son neuvième championnat et dont le titre mondial de 1997 paraît bien loin, s'annonce passionnant. Ces deux hommes seront sans aucun doute très complémentaires et leur duel devrait offrir un parallèle intéressant entre la fougue de la jeunesse et l'expérience qu'offre la maturité.

Dans les coulisses, malgré la modestie de ses résultats ces dernières années, l'écurie Sauber attise quelques convoitises. Ainsi, une partie de cette équipe pourrait être mise en vente dans un proche avenir pour une somme estimée à plus de 60 millions de dollars. A ce jour, Credit Suisse en détient un peu plus de 60% du capital et ces parts intéressent le constructeur BMW qui sera probablement le prochain motoriste de l'écurie suisse. Les Allemands n'ont jamais caché qu'ils ambitionnent de disposer d'une écurie à leur nom dans un proche avenir. Le constructeur de Munich espère faire avec Sauber ce qu'il n'a pas réussi avec Williams.

C'est d'ailleurs le destin des petites écuries que d'être rachetées par de puissants groupes ou par un grand constructeur automobile tant les budgets deviennent difficiles à réunir. Les aménagements des règlements techniques et sportifs n'auront probablement pas d'influence en termes d'économies.

Ainsi l'équipe Jaguar a été rachetée par la société de boisson énergétique Red Bull, qui était un important sponsor et partenaire de Sauber depuis plusieurs années et que l'écurie suisse doit remplacer.

La moribonde écurie Jordan, elle, a été reprise par la mystérieuse société Midland, propriété d'un groupe industriel russe dont le patron est d'origine canadienne. Reste le cas, quasi désespéré, de Minardi achetée à la fin de l'année 2000 par Paul Stoddart un richissime homme d'affaire australien dont la fortune semble d'ailleurs se tarir. Vendredi, les Minardi n'ont pas participé à la première journée d'essais du Grand Prix d'Australie, faute d'avoir présenté des voitures, en conformité avec le nouveau règlement que son propriétaire jugeait trop coûteux à appliquer.