Sport de salle

Les lettres de noblesse perdues du basket vaudois

Il fut un temps où cinq clubs lémaniques s’affrontaient en Ligue nationale A. Il n’y en a plus qu’un, le BBC Lausanne, en proie aux pires difficultés financières

«Redonner ses lettres de noblesse au basket-ball vaudois.» C’était l’objectif de l’entraîneur Randoald Dessarzin, en 2013, à son arrivée au BBC Lausanne. Trois ans et demi plus tard, l’ambitieux capitaine de navire a dû se résoudre à employer son charisme pour appeler à l’aide. A la mi-temps d’un match contre les Lions de Genève, il a pris le micro pour s’adresser aux spectateurs et expliquer que, faute de réunir 45 000 francs avant vendredi 13 janvier, le club partirait en faillite.

Campagne de crowdfunding

Depuis, c’est le branle-bas de combat; un véritable buzz comme le basket-ball suisse en génère rarement. Une campagne de crowdfunding a été lancée sur le site du club (elle a dépassé la barre des 20 000 francs de promesse de don mercredi après-midi) et des personnalités ont associé leur nom à l’opération #sauvezlebbclausanne. Depuis l’Australie où il est en vacances, l’humoriste Thomas Wiesel a fait parler sa force de frappe sur les réseaux sociaux et promis de faire la cheerleader lors d’un match si le club parvenait à se sauver. Le président du Lausanne-Sport Alain Joseph s’est engagé à hauteur de 5000 francs, glissant au Matin que «dans l’urgence, on doit tous se mobiliser, chacun à son niveau».

Mais même si le BBC Lausanne parvient à réunir les 45 000 francs de l’espoir, il ne sera pas au bout de ses efforts pour autant. Les dirigeants parlent de 150 000 francs supplémentaires à trouver pour terminer la saison. Cette triste histoire remue le couteau de l’actualité dans une plaie de nostalgie: jadis triomphant, le basket-ball vaudois n’est plus ce qu’il était.

Un âge d’or

Historiquement, en Suisse, le basket est une affaire latine, un sport qui concerne pour l’essentiel la Romandie et le Tessin. Le canton de Vaud fut souvent en première ligne. Dans le sillage de Pully Basket (quatre championnats, cinq Coupes), les clubs lémaniques ont remporté neuf titres de champion de Suisse, avec notamment une réussite insolente entre 1983 et 1991 (sept titres en neuf saisons remportés par Pully, Vevey et Nyon). Du milieu des années 1970 à cet âge d’or, jusqu’à cinq clubs vaudois s’affrontent, lorsque Lausanne et Lémania Morges s’y hissent, dans une Ligue nationale A à douze équipes. Cossonay ou encore Renens ont également évolué au plus haut niveau.

«Tout coûtait moins cher»

Les temps ont bien changé. Depuis la relégation de Nyon en 2013, le canton n’était plus représenté dans l’élite avant que le BBC Lausanne n’y accède au printemps dernier. Avec les soucis financiers pour y survivre que chacun sait désormais; arbre malade qui cache une forêt en friche. Mais qu’a-t-il donc bien pu arriver au basket-ball vaudois? «Moi qui viens de ce canton et qui ai joué à la grande époque, je n’arrête pas de me poser la question, reconnaît Giancarlo Sergi, président de Swiss basket-ball. A-t-on oublié de travailler? Y avait-il trop d’équipes de LNA dans le canton à un certain moment? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a eu une sorte d’exception vaudoise, une génération dorée, avec de nombreux joueurs locaux d’excellent niveau qui permettaient d’alimenter autant de clubs d’élite.»

Surtout, jouer en Ligue nationale A demandait des ressources financières moins importantes. «Tout coûtait moins cher, valide Giancarlo Sergi. Il n’y avait que deux arbitres contre trois aujourd’hui, deux étrangers maximum par équipe contre quatre désormais… Avec moins de 400 000 francs, un club a maintenant de la peine à s’en sortir en LNA.» En début de saison, le BBC Lausanne articulait un budget de 350 000 francs. Modeste. Et il peine néanmoins à le couvrir.

Tourmente financière

Ce n’est pas le premier club vaudois dans la tourmente. Lausanne Basket a fait faillite en 2010, Nyon Basket en 1991. L’historique dressé sur le site internet de Pully Basket fait état de problèmes «menaçant l’existence du club» en 1998. Il y avait une ardoise de 150 000 francs à régler lorsque René Gubler est arrivé à la présidence de Vevey Riviera Basket voilà dix ans. Aujourd’hui, la première équipe du club domine le championnat de Ligue nationale B, où jouent aussi Nyon et Pully, mais on mesure prudemment les enjeux d’une ascension à l’échelon supérieur. «Incontestablement, nous aimerions rejoindre la LNA, assure René Gubler. Mais pour cela, il faudrait doubler notre budget et nous ne monterons pas sans avoir la garantie d’en être capables, nous revenons de trop loin pour cela. Nous avons d’ailleurs refusé plusieurs fois une promotion sur le tapis vert. Nous n’étions tout simplement pas prêts.»

«Aujourd’hui, nous avons zéro sponsor»

Prendre l’envergure financière de l’élite peut ainsi se révéler plus difficile que d’en acquérir le niveau sportif. En LNA, le BBC Lausanne (neuvième sur onze) ne démérite pas mais avait perdu le match du sponsoring avant de commencer le championnat. «Aujourd’hui, nous avons zéro sponsor», avouait le président Sergio Rey-Bello à 24 heures en octobre. «La problématique concerne de nombreux clubs, regrette le président de la fédération Giancarlo Sergi. Et c’est sans doute plus difficile de trouver des sponsors à Lausanne, où le club de basket est en concurrence avec le LHC, le LS et le LUC, que dans de plus petites villes.»

Mais le BBC Lausanne ne lâchera pas l’affaire avant que résonne le gong. Les dirigeants rencontraient Swiss basket-ball mercredi soir pour tenter de trouver une solution. Faire en sorte que la demi-finale de Coupe de Suisse, prévue samedi contre Monthey, puisse avoir lieu. Puis que l’équipe aille au bout de la saison. Quant à retrouver ses lettres de noblesse, le basket-ball vaudois peut patienter encore un peu.

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