Tennis

Roger Federer, et maintenant la «remontada»?

Sixième mondial à la faveur de son titre à Indian Wells, le Bâlois admet que ses perspectives ont changé. Viser la place de numéro un mondial est désormais tentant mais également dangereux

Plus que les victoires, c’est la manière qui impressionne. Roger Federer ne gagne pas; il conquiert, il estoque, il survole. A Indian Wells, le Bâlois a dominé Stan Wawrinka en finale (6-4 7-5) comme il avait surclassé Rafael Nadal en huitième (6-3 6-2). Il remporte le premier Masters 1000 de la saison comme il avait raflé le premier tournoi du Grand Chelem fin janvier à Melbourne.

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Le voici aujourd’hui sixième au classement ATP. Il avait débuté la saison au dix-septième rang. Au classement de la Race, qui remet tous les compteurs à zéro au 1er janvier, Federer est en tête, avec 1410 points d’avance sur son poursuivant immédiat (Rafael Nadal) et autant que les deuxième et troisième (Wawrinka) cumulés! A propos de Nadal, il reste sur trois victoires consécutives contre sa bête noire (à Bâle, Melbourne, Indian Wells). En 2017, il a gagné ses six matchs contre des membres du top 10 (Wawrinka deux fois, Nadal deux fois, Berdych, Nishikori).

Pour le dire clairement: Roger Federer est actuellement le meilleur joueur de tennis au monde. L’envoyé spécial du journal L’Equipe à Indian Wells n’hésite pas à tracer un parallèle avec le Federer des grandes années (2004-2007), qu’il retrouve «léger dans ses déplacements, clair dans ses intentions et incisif dans ses frappes».

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Les trois raisons d’un retour

Trois facteurs expliquent ce retour au premier plan. Physiquement, Roger Federer a profité de sa longue pause de six mois (de juillet à décembre 2016) pour régler le problème de ses douleurs au genou. Il a ensuite pu entreprendre un vrai travail de fond avec son préparateur Pierre Paganini, qui lui a permis d’arriver en Australie en janvier en excellente condition physique.

Mais ces six mois, et notamment les six dernières semaines de travail technique à Dubaï, lui auront également permis de régler son jeu d’attaque et de travailler son revers. Cela peut paraître incroyable mais en trois ans, il n’avait jamais eu vraiment le temps d’apprivoiser complètement sa nouvelle raquette, plus grande (tamis de 97 cm2, contre 85 cm2 jusque-là). «Seul l’entraînement permet de taper cent fois le même coup», nous expliquait-il en février à Dubaï. Son entraîneur Ivan Ljubicic l’incitait, comme le faisaient ses prédécesseurs, à frapper plus, à moins lifter. Il n’osait pas. Le temps à disposition lui a enfin permis de prendre ses marques, de se faire confiance. «Longtemps, j’ai eu peur que cela affecte mes points forts. Il m’a fallu du temps pour m’en servir pleinement en revers. Le bloc de six semaines d’entraînement que nous avons pu faire en novembre-décembre m’a permis de passer un cap.»

«Le plan a changé»

Le troisième facteur est mental. Roger Federer est revenu avec l’idée que rejouer était déjà une victoire et qu’il n’avait plus rien à prouver. Cela l’a libéré. «Couper m’a fait du bien. J’ai pu souffler, me reposer, réfléchir. Cette blessure a recalibré ma vie», nous disait-il encore à Dubaï. En 2015, Federer avait été tout proche de redevenir numéro un mondial et cette quête lui avait coûté cher en 2016. Il en a tiré une leçon. «Avant, je luttais pour les titres et les classements. Maintenant, j’accepte de me dire qu’il sera très difficile de redevenir numéro un un jour. Je ne dis pas que ça me fait plaisir, mais je l’accepte.»

C’était en février. Dimanche, après sa victoire, Roger Federer a admis que ses perspectives avaient changé. «Le plan n’était pas de gagner l’Australie et Indian Wells. Le plan était de figurer dans le top 8 de l’ATP avant Wimbledon […] Les objectifs ne sont désormais plus les mêmes. Je vais devoir réfléchir sur mon calendrier pour la saison sur terre battue.»

La place de numéro un mondial, dont il avait fait son deuil, peut-elle redevenir un objectif? Il n’a pas esquivé la question en conférence de presse, mais sa réponse est surtout mathématique. «Comme je ne vais pas beaucoup jouer, il me faudra sans doute une autre victoire dans un tournoi du Grand Chelem pour l’obtenir», jauge-t-il.

Mathématiquement accessible, physiquement dangereux

D’un point de vue comptable, la première place mondiale est atteignable. Federer n’a disputé que sept tournois en 2016 et n’a en gros que les points de sa demi-finale à Wimbledon à défendre. Ses adversaires, Andy Murray et Novak Djokovic, vont au contraire remettre en jeu énormément de points, alors qu’ils sont actuellement blessés au coude. Ils viennent de déclarer forfait pour le Masters 1000 de Miami après avoir été rapidement éliminés de celui d’Indian Wells.

Mais Federer doit-il se (re) prendre au jeu au moment même où il s’en est affranchi? Pourra-t-il alors supporter la pression négative du «match à ne pas perdre»? Son corps encaissera-t-il l’enchaînement des matchs, le problème le plus délicat à son âge (35 ans et 7 mois)? S’astreindra-t-il à une véritable saison sur terre battue pour bien préparer Roland-Garros, le tournoi du Grand Chelem qui exige le plus de préparation pour le moins de garantie? Partagé entre l’orgueil (il en a, n’en doutez pas) et la raison, Roger Federer va devoir réfléchir à tout cela. Il écoutera son équipe et plus encore son corps, mais le simple fait qu’il puisse se poser la question est déjà ahurissant. La plus folle remontada de l’histoire moderne du tennis est peut-être en marche.

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