Running

Le boom du running, le problème de riches des courses populaires

Les grandes courses du pays rencontrent un succès important qui met leur modèle à l'épreuve. Les 20 Kilomètres de Lausanne, l'Escalade et les autres dessinent l'avenir entre menues retouches et révolutions

Stupeur. Ils ne seront «que» 27 124 à participer aux 20 Kilomètres de Lausanne ce week-end. Soit 1291 de moins que l'an dernier. Plutôt étonnant par les temps qui courent (beaucoup, partout, tout le temps). Le boom du running a-t-il atteint son apogée? Le peuple fluo de l'effort érigé en mode de vie s'essouffle-t-il? «Oh non, pas du tout, corrige Patrice Iseli, patron de la manifestation vaudoise. Cette année, nous tombons pendant les vacances scolaires. A chaque fois que c'est le cas, la fréquentation s'en ressent, notamment chez les enfants. Mais sur la distance de 20 kilomètres, nous constatons une augmentation de 9% du nombre d'inscrits et, ça, c'est un indice fiable: nous sommes encore en plein dans l'essor de la course à pied.»

En 2016, les trois plus importantes courses populaires de Suisse ont battu leur record. Ils étaient 42 456 inscrits à l'Escalade de Genève (en décembre), 32 255 au Grand Prix de Berne (en mai) et 28 402 aux 20 Kilomètres de Lausanne (en avril). Rien n'indique que la courbe est sur le point de s'inverser. Dirigeants, entraîneurs et athlètes rencontrés ces derniers mois sont unanimes: parce qu'il s'imbrique idéalement dans les modes de vie actuels, parce qu'il est facile d'accès, le running n'a pas fini de faire de nouveaux adeptes.

Pour les organisateurs de course populaire, c'est une bénédiction autant qu'un casse-tête. En dix ans, la participation aux 20 Kilomètres de Lausanne a augmenté de 100%. Le nom demeure mais l'événement n'est pas le même, avec 12 000 ou 24 000 «finishers». Sécurité, accès, parking, budget: tout doit être repensé. «Il existe un certain nombre de défis logistiques, mais il faut être clair: ce sont des problèmes de riches», lance Patrice Iseli. Au bout du lac, la Course de l'Escalade s'acquitte de la rançon du succès avec le même plaisir: «Devoir réfléchir à la manière d'adapter une manifestation parce qu'elle rencontre un immense succès, c'est un souci que nous sommes ravis d'avoir», glisse Jean-Louis Bottani, membre fondateur et président de l'organisation.

Deux jours au lieu d'un

A l'instar de Morat-Fribourg dont le record de participation (16 338 coureurs) date de 1985, certaines courses ont encore un peu de marge avant d'arriver à saturation. D'autres se savent à l'étroit et doivent répondre à la problématique. Dans cette optique, les 20 Kilomètres de Lausanne se sont déroulés pour la première fois sur deux jours au lieu d'un seul l'année dernière. Une mesure d'abord présentée comme un test réalisé à l'occasion de la 35e édition de la manifestation, mais désormais entérinée après les retours positifs formulés à l'unanimité par les coureurs, sponsors et autorités. Ainsi, la ville est moins congestionnée le samedi, jour de shopping, et la le site de l'événement est désengorgé.

«Chaque année, nous essayons d'apporter de petites réponses à la croissance du nombre de participants», explique Patrice Iseli. Cette année, il y en a deux: un partenariat conclu avec les CFF pour que les inscrits puissent bénéficier des transports publics gratuitement afin de limiter le nombre de voitures en ville; et un déplacement de la ligne de départ sur l'avenue de Rhodanie, devant la Maison du sport international, pour bénéficier de plus de place. Une politique d'évolution menée dans un but bien précis: éviter d'avoir à fixer un numerus clausus, soit une limite du nombre de participants.

Beaucoup d'organisateurs jugent ce principe contraire à l'esprit des courses populaires. Ils gardent l'idée en tête uniquement en dernier recours. «Le problème de la hausse de la participation existe à l'Escalade depuis six ou sept ans, reprend Jean-Louis Bottani. Il n'y a que deux solutions pour le résoudre définitivement: instaurer un numerus clausus ou organiser la manifestation sur un jour supplémentaire. La seconde n'est pas plus idéale que la première: on n'aurait plus la même ambiance, cela forcerait certains parents à venir pour leurs enfants le samedi puis pour courir le dimanche, et cela aurait un impact sur les coûts liés à la manifestation.»

Petits ajustements

Alors, le comité de la course genevoise temporise à coups de petits ajustements. En décembre, les deux courses mixtes seront dédoublées, de même qu'un bloc d'allure chez les hommes. Pour faire de la place à ces trois nouveaux départs, celui de «La Marmite» (la course costumée) devra être repoussé de 18h30 à 20h30 environ. Une journée à rallonge plutôt que deux jours... «Si la participation croît encore, nous serons ces toutes prochaines années contraints d'adopter une mesure plus radicale», précise néanmoins Jean-Louis Bottani.

Au-delà des considérations logistiques, c'est le bien-être des participants qui prime aux yeux des responsables. «L’important, c’est d’assurer notre niveau de prestations, quel que soit le nombre d’inscriptions, en termes de transports, de prix souvenirs...», nous expliquait Laurent Meuwly, organisateur de Morat-Fribourg, en 2016. «A une époque, nous disions que notre limite se situait à 25 000 participants, se souvient Patrice Iseli. Puis nous avons dit 30 000. Aujourd'hui, nous ne l'avons pas formellement fixée. Mais il est clair qu'elle existe: il ne faut pas que la foule nuise au confort des coureurs et des spectateurs.» Ce week-end, les 20 Kilomètres de Lausanne draineront quelque 70 000 personnes dans la capitale olympique.


Les 20 Kilomètres de Lausanne en bref

Samedi, les courses des enfants se dérouleront dès 9h et jusqu'en fin d'après-midi. Dimanche, place aux grands sur 20 et 10 kilomètres (départs à 9h30 et 12h15). Sur la distance reine, les favoris viennent d'Ethiopie chez les hommes comme chez les dames, mais la Vaudoise Laura Hrebec (troisième en 2016) aura une carte à jouer.

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