Trajectoire

Footballeur, un métier comme un autre? L’interview de Samuele Campo par 11 jeunes

Le milieu offensif du Lausanne-Sport a accepté de participer à la journée découverte proposée par «Le Temps» à 11 aspirants journalistes, cette semaine. Ils l’ont interrogé sur son choix de faire carrière balle au pied

Ils sont 11, âgés de 10 à 19 ans. Certains savent parfaitement ce qu’ils souhaitent faire de leur vie, d’autres hésitent, les derniers n’en ont aucune idée. Mais les métiers exercés dans les médias les intéressent de près ou de loin. C’est pourquoi ils ont décidé de participer, mercredi, à la journée découverte organisée par Le Temps. En une journée au sein de la newsroom, ils ont assisté à une séance de rédaction, approché la stratégie du titre sur les réseaux sociaux, observé graphistes et iconographes à l’œuvre, et ils se sont mis le temps d’une interview dans la peau de journalistes.

Pour l’occasion, le milieu de terrain offensif du Lausanne-Sport Samuele Campo avait accepté de faire de la place dans son emploi du temps. En pleine opération maintien avec son club, le jeune Bâlois vit sur les rives du Léman sa première saison complète comme joueur professionnel. Le métier de footballeur fait évidemment rêver tous les gamins passionnés de ballon rond, mais qui sait exactement ce qu’il implique. Quelles sont les conditions? Les avantages, les moments plus difficiles? C’est sur ce thème, très concernant pour des jeunes qui cherchent leur voie, que nous avons décidé de lancer l’interview.

L’exercice est inédit pour tout le monde. Les voix sont timides, mais Samuele Campo – qui s’excuse pour sa maîtrise du français alors qu’il s’exprime très bien – se montre patient et son naturel finit par mettre à l’aise les journalistes en herbe. «Depuis que j’ai commencé à marcher, le football est toute ma vie. Pour être franc, j’ai toujours rêvé d’en faire mon métier. C’était mon unique but. Et aujourd’hui, j’ai réussi à l’atteindre», explique tout simplement le jeune homme de 21 ans, qui, après sa formation au FC Bâle jusqu’en janvier 2016, a signé son premier contrat pro au LS.

«Je crois que toute ma famille est fière de moi»

Ses interlocuteurs ont bien compris qu’un journaliste devait s’atteler à chercher les points de friction. En l’occurrence, un peu en vain: Samuele Campo raconte en toute sincérité un parcours fluide et naturel. «Mes parents n’ont jamais eu de problème avec le fait que je devienne footballeur, au contraire. C’est une vraie passion familiale. Mon père a longtemps joué dans des équipes amateurs, mes trois frères aussi. L’un d’entre eux est passé par Concordia Bâle, mais je suis le seul professionnel. Je crois que tout le monde est fier de moi.»

Sa famille a sans doute accepté d’autant plus facilement son choix que Samuele n’a pas délaissé les études: il terminera cet été une maturité commerciale et, aujourd’hui, il occupe ses après-midi au service comptabilité de l’entreprise d’Alain Joseph, le président du LS. «Je m’intéresse à ce que j’étudie, l’économie, assure-t-il, et c’est important d’avoir un papier en main. Mais sincèrement, je n’ai jamais pensé à faire autre chose que du foot pour gagner ma vie. Je n’ai jamais envisagé de plan B.» Pas davantage qu’à son âge il n’a de projets pour sa reconversion.

A ce stade, il se concentre sur ses rêves. En vrac: pouvoir un jour s’imposer au FC Bâle, son club formateur, jouer à l’Inter Milan, son équipe favorite, et pourquoi pas avec la Squadra Azzurra. «Je suis binational et, si j’avais le choix, je défendrais probablement les couleurs de l’Italie. Mais si la Suisse m’appelle, j’irai aussi», explique celui qui a porté le maillot rouge à croix blanche chez les espoirs de toutes les catégories d’âge dès les M16.

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Lors de la préparation de l’interview, les aspirants reporters s’interrogeaient: ça gagne combien, un footballeur, en Suisse? 2500 francs par mois, postule l’une. «Certains Youtubers gagnent 10 000 francs par mois», rétorque un autre. «On est quand même en Suisse, ce n’est pas le Real Madrid, cela ne doit pas être des millions», réfléchit une troisième à voix haute. Face à Samuele Campo, une jeune fille s’est lancée: «La question est un peu indiscrète, mais je la pose quand même: vous gagnez combien par mois?» Très poliment, le joueur du LS oppose sa pudeur de footballeur: «On ne parle pas de nos salaires, car il y a beaucoup de différences entre les différents joueurs des différentes équipes. Mais je gagne assez pour vivre.»

Surtout, c’est de l’argent gagné en se faisant plaisir. «Aller m’entraîner ne me lasse jamais, souligne-t-il. C’est ce que je préfère faire. Les moments difficiles qu’on rencontre, c’est lorsque les résultats ne sont pas là, comme quand nous avons enchaîné 14 matchs sans victoire. Là, l’ambiance change. Dans le vestiaire, cela devient pesant. Et il faut trouver les ressources pour continuer.» Samuele Campo ne témoigne pas de rituels particuliers avant les matchs. Après le coup de sifflet final, il profite du jour de congé hebdomadaire pour aller passer du temps avec sa famille. «C’est là que je trouve ma force.»

Alors, footballeur, un métier comme un autre? «Tous les boulots le sont, répond-il. Mais je crois que beaucoup sont plus durs que celui de footballeur. Qu’une passion devienne un métier, c’est une grande chance.»

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Fin de l’interview. D’habitude, les journalistes se font un plaisir d’évaluer la prestation des footballeurs. Pour le coup, on inverse les rôles. Alors, Samuele, cette brigade d’intervieweurs? «Franchement, les questions étaient bien. Certaines même difficiles! Il y a des moments où cela ne nous fait pas plaisir de devoir parler à la presse, comme après une lourde défaite, mais dans ces conditions, c’est vraiment sympa.» Tout le monde passe sur la terrasse pour un petit shooting photo que quelques-uns sont pressés de transformer en séance de dédicace. Les plus âgés débriefent: «Il était trop sympa! Il a répondu à toutes les questions, il expliquait bien…» Samuele Campo repart avec quelques fans en plus; les 11 aspirants journalistes avec une certitude: il n’y a pas que les footballeurs qui s’amusent en travaillant.

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