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Toni Nadal ne lâchera pas complètement la carrière de son neveu mais souhaite voyager moins et se consacrer à l’académie de tennis que la famille a ouverte l’an dernier sur l’île de Majorque.
© Richard Heathcote/Getty Images

Tennis

Toni Nadal, fin du népotisme

La victoire à l’US Open est le dernier titre du Grand Chelem remporté par Rafael Nadal avec son oncle Toni. L’une des aventures familiales les plus prolifiques de l’histoire du tennis

Pour fêter le seizième titre de Rafael Nadal, le quotidien sportif Marca a sorti les «tapas». Pas les amuse-gueules. Les unes (tapa, en espagnol) de chacune des quinze victoires précédentes. Avec en titre cette apostrophe au vainqueur de l’US Open: «¿Te lo imaginabas?» (Tu te l’imaginais?). Vous pensez que non? Tout le monde pense que non. Rafael Nadal pensait que non. Mais son oncle Toni, lui, oui il se l’imaginait.

Il l’a avoué au travers d’une anecdote assez incroyable, dans une interview donnée en mai dernier au site Tennis Legend. La scène se passe en 2002, Rafael Nadal a 16 ans, il est avec son oncle dans la maison de Carlos Moya. C’est Toni Nadal qui parle:

«Carlos m’a demandé: – S’il y a un papier ici qui dit que ton neveu sera le nouvel Albert Costa [qui venait de gagner à Roland-Garros], est-ce que tu signes? Je lui ai dit: – Non, non, non, jamais je ne signe ça. Je pense que mon neveu sera plus fort. Carlos Moya était surpris: – Wow, tu es un peu fou. Et pour une carrière à la Carlos Moya, tu signes? Il avait été numéro un mondial, il avait gagné aussi à Roland-Garros (en 1998), et il avait participé cinq fois au Masters. Je lui ai répondu: – Pour être un Carlos Moya, je signe… Mais en sortant de la maison, j’ai dit à Rafa: – Jamais je n’aurais signé ça. J’ai dit oui car nous étions dans sa maison.»

Aujourd’hui, Toni Nadal s’apprête à transmettre sa casquette de coach à Carlos Moya et à mettre fin au plus flagrant mais aussi au plus magnifique cas de népotisme du sport moderne. «Oncle Toni» a placé son neveu (du latin: nepotem) au sommet du tennis mondial. Un projet initié il y a 28 ans, alors que le fils de son frère Sebastián n’avait que 3 ans.

La recherche plus que la victoire

Toni Nadal souhaite désormais prendre du recul et se consacrer à l’académie de tennis que la famille a ouverte à l’automne 2016 sur ses terres majorquines. L’US Open était son dernier tournoi du Grand Chelem et son dernier grand titre. Son seizième. Il l’a accueilli comme les précédents. Avec beaucoup de recul, au propre comme au figuré. Question d’attitude. Ce n’est pas la victoire qui l’intéresse mais la recherche, le perfectionnement.

Toni Nadal a toujours visé haut et regardé loin. Sous sa férule (l’expression est ici employée à dessein), Rafael Nadal n’a cessé de faire évoluer son jeu, de s’améliorer. Simple «terrien», joueur uniquement défensif, qui doit la moitié de son palmarès au seul fait qu’il soit gaucher, qui va rapidement «casser» physiquement; les Nadal n’ont cessé de travailler pour combattre les clichés et donner tort à leurs contempteurs.

Au panthéon des coaches

«Leur mode par défaut est le pessimisme, qui est parfois pris pour de la fausse modestie mais qui a duré trop longtemps pour n’être qu’une façade», écrit Christopher Clarey, fin observateur du tennis, dans le New York Times. Cet art de l’humilité déterminée a fait de Toni Nadal un coach aussi ambigu que Richard Williams (avec ses deux filles, Venus et Serena), aussi fusionnel que Lennart Bergelin et Björn Borg, aussi récompensé que Tony Roche (avec Lendl, Rafter, Hewitt, Federer).

Une seule fois, bien obligé, il a dérogé à sa légendaire discrétion. En juin dernier, lorsque «Rafa» gagna son dixième Roland-Garros, les organisateurs lui firent un trophée spécial et chargèrent l’oncle de venir le remettre sur le court. Le neveu se fit un malin plaisir à l’obliger à rester en pleine lumière. Juste retour des choses, aussi bien pour la lumière que pour la malice.

Lire aussi: Rafael Nadal remporte sa «decima» à Roland-Garros

Certains reprochent à Toni d’avoir usé de pressions psychologiques, jouant de la naïveté, voire de la crédulité de Rafael enfant, de ses doutes et de ses peurs. A l’entraînement, il s’ingéniait à le frustrer (le laissant presque gagner avant de le battre finalement), à lui imposer des balles trop molles et des terrains pourris.

«Il l’a systématiquement sorti de sa zone de confort», témoigne Marc Rosset. Il voulait le rendre fort, dans son corps comme dans sa tête. Il était dur, «le plus sévère qu’on puisse imaginer, admet Rafael Nadal dans son autobiographie. Il me mettait une pression très forte, usait d’un langage brutal, criait souvent; j’avais peur de lui.»

Une transition en douceur

Toni Nadal l’avoue: il ne parvient pas à être aussi dur avec ses propres enfants. Mais «Rafa» était réceptif, doué et lui voue une confiance aveugle. Avec la bénédiction du père, qui salarie Toni dans l’entreprise familiale.

Ces dernières semaines, oncle et neveu se sont efforcés de dédramatiser le moment. «Ce n’est pas mon dernier match avec lui», a répété Rafael Nadal, ajoutant qu’il avait trois coaches et qu’il lui en reste deux. Dont Carlos Moya, le modèle du neveu devenu l’héritier de l’oncle.

«A Roland-Garros, se souvient Marc Rosset, il frappait déjà ses revers beaucoup plus fort et plus à plat et se tenait plus haut en retour. Avec le recul, je me demande s’il ne préparait pas déjà la saison sur dur. Et ça, à mon avis, c’est déjà la patte de Carlos Moya.»

Toujours visionnaire et manipulateur, Toni Nadal a parfaitement préparé la suite. Comme un oncle qui apprend à son neveu à faire du vélo et lui fait croire qu’il le tient solidement alors qu’il a déjà ôté les petites roulettes.

Lire aussi: Rafael Nadal remporte facilement l'US Open

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